Rêveur

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Dans le silence de la nuit

Glissent les pas du rêveur

Comme ceux d’un acteur

Dans le théâtre d’un temps éphémère.

Danse étrange, battement de cils,

Ombres portées intérieures

Musique des éléments

Stores instrumentistes.

Les possibles se devinent

Se mettent en forme, s’étirent et vire voltent.

Nocturnes artistes, étoiles moirées, clowns tristes,

Se télescopent dans l’humour et l’intime de la chambre

Sous les paupières closes.

 

©Véronique Bonnet

 

 

Coeur de vie

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Emoi et moi… Histoires des petits moi ( épisode 1)

 Le glacier fond et roulent les monceaux de débris,

La moraine de la vie, les cailloux de mes chemins.

En descente ou en montée, la balade vaut le détour,

Moi l’amour, je suis pour. 

Dans les décombres de la susceptibilité, du doute, des peurs, des désirs, 

Le cœur palpitant, impatient même, attend l’heure,

Celle de la découverte,

D’une aurore boréale, bref, l’espoir d’y voir clair…

En attendant, il éblaie l’inutile, le clinquant, le souffreteux, la chimère,

l’idéal, pour échapper à la perte 

et garder la voie ouverte. 

 

  ©Véronique Bonnet

 

Réveil

 

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En vibration claire, ce matin, 

Le pouillot véloce se balance. 

Direct, puissant,  le chant du petit oiseau résonne  jusqu’au tréfond,

Et touche soudain la cible mouvante…

L’oreille s’ouvre, et peut entendre, encore une fois… peut-être…

Les remous grondants se diffractent dans le corps palpitant…

Les griffes enterrent l’ombre insoumise

Et  la peau frissonne de la caresse d’une plume…

Un libre bouquet de parfums

Emane les couleurs d’un châle nomade.

D’étranges fleurs gitanes emmêlées,

À la lumière traversante de racines,

Sont déposées sur la table…

Le bois délavé  se remet juste d’un hiver éprouvant,

Les écailles de la peinture blanche révèlent la trame,

La peau du bois tendre.

Sur les cendres encore chaudes

Le feu se ravive, déjà confiant? 

Un souffle de rien passe… 

Mais n’est-ce pas tout? Qui sait…

 Il embrase les ventres,

les coeurs s’apaisent, 

et les corps s’enlacent.

Il passe et repasse, ce parfum d’amour…

L’animal, à côté, se repait, se lèche et s’allonge lascivement. 

Il regarde la femme, effrontément, intensément. 

Et ses yeux se tournent vers l’amant. 

 

©Véronique Bonnet

 

 

Un bruit de balançoire

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La tonnelle sent bon la peau du raisin vert

Et le soleil est tout près du canal du midi.

Elle l’entend encore, grincer,

La balançoire.

Elle sent encore l’oscillation, 

La corde qui chauffe les paumes,

Le frisson du dos qui part vers le vide en arrière

Pour aller chercher de la vitesse,

Un vertige, une première ivresse.

Si seulement les cheveux pouvaient suivre le vent…

 

©Véronique Bonnet

 

Un bruit de balançoire de Christian BOBIN  : 
Tout est bijou dans ce livre qui me fait défaillir de tendresse… mais pas que…
En voici un extrait, qu’en pensez-vous? 

« Ma main droite se détache de moi. Elle ouvre un livre de Ryokan : un poème écrit au septième mois de l’année 1830. Il dit qu’il est malade, qu’il ne mange plus, qu’il dort mal. Ma main se pose sur son front pour le guérir. Je crois que j’ai toujours écrit pour sauver quelque chose ou quelqu’un. Les lettres arrivent toujours à leur destinataire, même quand on ne les envoie  pas, ou que leur destinataire n’est plus.

Les calligraphies de Ryokan ressemblent à ces filaments qui apparaissent entre le monde et nous, quand nous pressons nos pouces sur nos paupières closes.

Alors c’est vrai que désormais on ne verra plus d’écriture manuscrite, plus de main humaine qui danse, nulle part, c’est vrai? » 

 

« Je rêve d’une écriture qui ne ferait pas plus de bruit qu’un rayon de soleil heurtant un verre d’eau fraiche. Ils ont ça, au Japon. « 

 

Désir et présence

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                                                                      Graphiste illustration : Aurélien Cattin

 

Le désir comme un lac asséché réclame de l’eau à tout prix. 

Où sont passés, son parfum fort et entêtant, sa couleur tapageuse des premiers temps,

Les bruits assourdissants ? Qui le sait ?

Maintenant, c’est un lieu privé de sa source, aux failles lézardant le fond. 

Les échos sont glauques et la pensée tourne en rond,

A la recherche du temps des baigneurs, des peaux chauffées par le soleil,

des rires insouciants, des coupes débordantes.

On ne sait plus qui est là.

Tant de vies traversent les êtres, tant d’êtres traversent les histoires…

Elles sont rivières grondantes, ruisseaux chantants, sources merveilleuses

Où la boue est si proche, parfois, de la splendeur émergeante du lotus. 

Qui sait les fractures du sol ou les changements de saison ?

Cœurs en perdition ou nouvelles partitions ?

Notes de brumes ou cornes d’abondance ?

 

Entre vivre et vivre ses désirs, qui sait où se situent :

Plaisir, choisir, mourir ? Ephémère ou éphéméride?

Tant de vies rencontrées, d’humeurs multiples, 

où chacune se vit en singulier. 

Oeil espiègle, ouvre-toi! 

Les portes sont nombreuses et les chemins sont de travers.

Qui sait la vibration qui emplit de présence, même dans les creux oscillants,

Dans les palpitants?

Pour aller dans la vie, chacun a ses rêves, ses envies, ses paris. 

C’est le trait d’un peintre, nature, cru, libre, sur une nouvelle toile.

C’est un nouveau rythme, une unité de mesure.

C’est la main qui protège la flamme précieuse, 

Une poitrine contre une autre,

Des souffles chauds mêlés et l’émotion partagée,

Celle d’une belle musique,

Celle d’être là.

Le désir de vivre oscille vers la présence.

Regarde là, qui sait, sinon toi ?

 

            ©Véronique Bonnet

            

 

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Messagers

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Les magnolias dans la douceur de l’air,

comme des montgolfières roses

S’envolent délicatement. 

Elles envoient des messages aux amoureux.

Quelque chose de la beauté qui élève le cœur, va leur plaire 

et les guider vers l’évidence de l’instant heureux. 

 

         ©  Véronique Bonnet

 

J’écris, c’est juste là… Qui sait?

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Je regarde les chats impassibles ,

Installés, l’un sur une chaise , l’autre sur le canapé.

Hier, ils étaient côte à côte , immobiles
et abandonnés au sommeil, comme deux sculptures jumelles.

D’humeur versatile,

Les chats apparaissent dans le calme de la maison comme des gardiens du temps,

Les gardiens d’une tendresse infinie, et pulsatile,

Les gardiens d’un temple étrange.

J’écris, je suis attirée par le fond.

Le fond de quoi? Le fond, là-dedans.

 

© Véronique Bonnet

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Temps à l’envers

 

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« Le temps est court », me dit ce matin une femme. Le temps, c’est aussi celui que l’on peut, ou que l’on veut s’accorder… Temps à l’envers, un pas dans ce sens…

 

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Cité universitaire,

Je sors du flot déversé par le train. 

Le quai est un paysage de béton,

où d’immenses dalles laissent passer un rayon puissant blanc

et un morceau de ciel pendu aux grilles. 

Cité universitaire, temps à l’envers 

Je remonte les escaliers,

Je prends un journal d’activités parisiennes,

Je l’espère plus fun que l’underground humide.

Cité universitaire, temps à l’envers

Dans le hall les guichetiers souriants font face aux machines capricieuses

Et aux grimaces des usagers pressés. 

Cité universitaire, temps à l’envers

Le verre coloré en façade se laisse traverser par la lumière et

L’horloge marque un temps

Qui semble suspendu dans le vide transparent. 

Je la vois côté pile,

Et l’envers du décor ouvre à une autre réalité.

Cité universitaire, temps à l’envers

Je franchis la sortie sous un soleil printanier

Et prends le tramway pour descendre quelques portes plus loin.

Cité universitaire, temps à l’envers

Je reprends mon sac,

Il tinte de cette ceinture qui bouge déjà de joie, 

Avant le voile, avant les hanches. 

Ce matin pas de travail mais de la danse

Cité universitaire, temps à l’envers.

Pile ou face, à toi de choisir !

 

                              ©   Véronique Bonnet

 

 

Résurgence

 

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Les souvenirs arrivent,

Ils sont à l’envers.

Les souvenirs arrivent,

Adoucis de la distance,

du grain de la photo, et parfois du noir noir et blanc.

Les souvenirs arrivent,

Dans la tendresse du temps présent.

Je décroche mon téléphone, et je t’appelle, au bout de quinze ans de silence,

Mon amie  d’enfance.

Sorties de la cour toutes les deux, nous rencontrons à présent nos petites filles intérieures.

Un inter-rieur tout simple, pourquoi tant de pudeur?

 

                                                        Véronique Bonnet

Poésie en cristal

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Dans la boule de cristal,

 

Dont on ne sait si elle est liquide ou solide,

 

L’œil est suspendu à la curieuse apparition du matin pâle.

 

Surpris de la beauté de l’éphémère

 

Et de la transparence de la matière, ils sont là,

 

Rosier de chagrin ou larmes de joie de la rose.

 

Qui sait la profondeur et les couleurs des gouttes de pluie suspendues aux feuilles ?

 

L’arc-en-ciel attend.

 

Véronique Bonnet

 

Et vice versa

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L’informe a besoin de la forme et vice versa.

Il  faut, dans le matériel, aussi de l’immatériel pour ne pas se laisser absorber, plomber, immobiliser …

De la matière pour ne pas s’éparpiller dans la vie, dans ses pensées, dans l’imaginaire,

De l’immatériel pour alléger, inventer, rêver,

Et de la matière pour en témoigner.

Au bord du chemin ou au bord du vide, se tient là l’écriture.

 

Véronique Bonnet

 

 

 

Temps volé

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L’instant volé, sur un trottoir, d’une clope grillée…

Quel est donc ce baiser de mort que la bouche accepte?

L’association à une inspiration et expiration,

Un rythme de vie, que l’on emplit à pleins poumons dans la goulée de fumée d’une cigarette,

Confusionnant pour le corps comme pour l’esprit,

La dépendance au tabac.

Qui est caché derrière le geste ?  Une fusion erronée à laquelle on croit,

Détournement d’intention par un chemin goudronné,

Un rapt de l’instant présent, de la liberté de l’ être .

Qui sait?

 

Véronique Bonnet

 

Météo

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Temps suspendu en vol

Temps rapace, temps vorace

Temps transparent, temps marrant

Temps présent

Temps Bizance, temps romance

Temps d’amour, toujours temps

Temps pourri

Temps gris :  souris

Temps bleu tant mieux

Temps des cerises

Cerises sur le gâteau

Tarte à la crème

Temps tendresse, temps caresse

Temps en photo, c’est rigolo

Temps des secrets, temps révélé

Temps beige,

Tempête tant pis

Pivoine, temps des récoltes

Temps pour tout, Temps pour rien.

Temps qui changent, temps de chien

Temps passé, au singulier

Temps futurs, dans le pluriel des possibles

Temps d attente,  tant d’attente

Temps perdu, temps retrouvé

Temps compté, temps décompté.

Temps partage, tant partagé.

 

Il faisait mauvais, hier, dites-vous ?

Mais aujourd’hui, le temps, c’est pire !

 

Pourtant le Printemps va refleurir

Et la roue nous entrainer dans un tourbillon de tant de vies.

 

Véronique Bonnet

 

Consolante

 

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Les tempêtes et les orages amènent, les jours suivants,
Leur lot de débris, d’objets brisés

Dont la vision est partagée entre incrédulité, douleur, envie d’aller de l’avant.
La sensation de la vague claire qui éponge le bord de mer et repart vers les profondeurs.
Une consolante.
Il en est de même avec les prises de conscience.
Des bois flottés …
Blanchis jusqu’à l’os, rongés de sel et de tumultes inutiles.
Là, sont présents dans leur candeur légère et infantile.
Des morceaux incongrus de passé qui gisent au milieu du présent
D’où se dégage l’instant clair et vif,
Dans la beauté du blanc.
Ainsi s’ouvre  la promenade matinale
au voyageur imaginatif.

 

Véronique Bonnet
Extrait de « Poésies de l’antre-temps » édition Edilivre

 

 

Contemplation

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Devant cette vibrante étendue outremer

caressé par un soleil de fin de journée,

le corps respire, le vent vient chercher une place.
Des rayons doux mais pourtant plus profonds qu’au zénith où ils brûlent la surface…

Capables de dissoudre dans la scintillante bleutée,

l’humeur, la réactivité, et renvoyer un miroir de beauté

dans lequel je plonge avec un ravissement sans mot,

le temps d’une vague qui s’étale sur la grève.

Que dire devant l’écho d’un monde parfait en essence,

en présence.

Quand aimerons-nous assez

ces éléments qui nous aiment?

 

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extrait de « poésies de l’antre-temps »   Véronique Bonnet,     éditions Edilivre