Etrange et beau

#agendaironique

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Deux amoureux devant la mer respirent l’air iodé. 

Assis sur le muret, les pieds dans le vide, ils scrutent le lointain, le mirage des trois-huit marins. Sereins…

( L’énigme de l’océan dérobé puis restitué ayant été résolue  : pour plus d’informations, lire les faits, contés par Carnetsparesseux et Laurence dans de précédents agendas ironiques). 

Le mouvement lancinant des vagues, leur musique impérieuse, rythment l’horizon. Elles réjouissent nos deux chéris.

En contrebas, la danse d’un cerf-volant, esquissée au fil de la tendresse entre père et fils. Le vrombissement de l’engin face au vent qui se lève, arrache des cris de joie à l’enfant.

Sur le muret, la femme enfonce son bonnet et l’homme cale contre lui son sac à dos. 

Au fur et à mesure du ressac, l’île se forme devant eux.  Elle surgit comme la veille, langue à géométrie variable, visible à marée basse. 

Des fans de cyclopousse à voile- un sport nouveauté 2021 « slow tourism » de la station balnéaire- s’approchent, l’espace de quelques heures, pour profiter de la terre blonde, éphémère et sableuse. 

Des promeneurs se croisent. Ils s’amusent d’observer les reliefs et couleurs de coquillages striés comme des pulls marins. 

Au loin, l’écho de la fine ligne de vagues, écumeuses d’horizon, convoque, sur la grève, l’image d’un lagon bleu transparent. Un temps en suspens… 

Derrière les deux amoureux , se tiennent deux mouettes, plus blanches qu’une fleur de poirier. Elles ne perdent pas une miette de la geste des humains. 

Toute ouïe,  leur bec est tourné dans la même direction qu’eux. L’un des deux volatiles fait des aller-retour fébriles et revient à son poste, derrière la femme au bonnet.  L’autre, immobile, lorgne le sac à dos de l’homme, et, de temps à autre, tente de le picorer en vain, en allongeant son cou.

Les deux mouettes collent insensiblement le dos de l’homme, de minute en minute, en décalant latéralement leurs pattes, par petites touches. Elles voient soudain l’humain se tourner vers la besace. 

Elles se regardent, vivement intéressées, se rapprochent encore.

« Écoute bien » graille soudain l’oiseau le plus près de l’homme : Le sac va produire un bruit étrange et beau … Dès que tu l’auras entendu, tu fonces droit devant et toutes deux, nous emporterons le garde manger qui est caché l’intérieur ».

C’est alors que l’homme eût à peine le temps de dézipper le sac à dos, de dégager le noeud du pochon de sandwiches, que les deux volatiles partirent à coups d’ailes lourdes, en emportant cette pitence vilement acquise. 

Point de corbeau, point de renard. 

Un sandwich au fromage sans doûte, pour une histoire de marée inouïe depuis tant de temps et de mouettes privées de touristes et de leurs curiosités, pour, assez folles, de rieuses en devenir picoreuses ou joueuses.

©Véronique Bonnet 2021

Voilà pour ma participation à l’agenda ironique organisé ce mois-ci par Laurence Delis, de Palette d’expressions. Quel était le sujet? : c’est ICI

(En résumé il fallait : Ecrire un texte contenant la phrase  » un bruit étrange et beau » du roman graphique de ZEP, y insérer 3 mots : ïle, cyclo-pousse, poirier)

Sur la plage en fin de semaine dernière, j’observais le manège de ces deux mouettes quand le doux bruit de la mer m’a rappelé d’écrire un petit KEKCHOSE pour l’agenda ironique …

Des maux (agenda ironique avril 2021)

#agendaironique#hopper#haiku

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Edward Hopper, Shop suey, 1929

Bruits alentour, bourdonnements d’accordage

Dans le bar bondé

Flot continu de mots vides

Empêchent la rencontre.

La pensée se noie

-Cause toujours tu m’intéresses

-Rapproche toi de moi

Face à face en silence.

Silence qui protège

Silence qui reçoit.

Elles tissent, déposent la parole, rajoutent un point d’humour, sur le grand plaid de l’amitié.

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« Entre amis, il est si beau que le silence soit d’or, mais le rire bon et frais l’est beaucoup plus encore. » *

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Dehors il fait beau

Beau jusque sur les trottoirs

Terres-pleins sauvageons

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Pissenlits dorés

Petites têtes au soleil

Charment le silence

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©Véronique Bonnet 2021

Ce texte est ma participation à l’agenda ironique d’avril 2021, organisé ce mois-ci par le blog de Jean-

Pierre Lacombe  » Des arts et Des Mots ». Il fallait choisir l’un des trois tableaux proposés, pour imaginer un

récit, poème, haïku ou autre, la contrainte étant de placer la phrase  » cause toujours tu m’intéresses » et

quelques jeux de mots… Pour toutes les explications CLIQUEZ LÀ

Rv à la fin du mois sur  » Des Arts et Des Mots » pour la lecture de tous les textes et faire votre choix !

*citation : Friedrich Nietzsche

Atelier méditation

#méditation#nature#souffle#respiration#autohypnose

Une fois n’est pas coutume, je mêle ce texte parlant de méditation aux poésies et autres textes du blog…

« Le souffle c’est la conscience et la conscience c’est le souffle. »

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Ainsi les pensées qui veulent contrôler le champ de l’être sont-elles invitées à occuper une place qui prend en compte le corps, la respiration, comme le suggère la parole ancestrale. 

Si vous vous reconnaissez au moins une fois dans ce qui suit, vous êtes éligible, selon un terme officiel  à …  reprendre ou continuer ( ou commencer) vos séances de méditation !

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Les pensées font partie de nous mais ne sont pas nous. Pourtant, confusion, hyperactivité et désir de garder le contrôle,  nous conduisent au réflexe bizarre de nous appuyer sur des pensées qui sont des suppositions parfois délétères. 

Alors que s’appuyer sur des forces vitales est une ressource sûre, nous ne le faisons pas toujours en priorité.

Pourquoi?

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La force de persuasion des pensées négatives nous coupe de la sensation de notre corps, et de la relation entre le corps et l’esprit. Elle maintient une alerte y compris sur du virtuel.

C’est dire la puissance de nos pensées. 

Nous pouvons nous en servir pour laisser revenir le « contrôle positif », celui de la réinitialisation écologique, de notre fonctionnement global basé sur l’écoute, la perception, l’attention au corps…

Mais cela ne veut pas dire :  s’écouter, s’écouter trop, ou s’auto -centrer en boucle et oublier de se mettre en relation…

Au contraire, la petite phrase ancestrale aborde une notion simple, et terriblement moderne sur la respiration : 

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Porter son attention au corps. Percevoir son corps et respirer. S’y prendre un peu tous les jours. Même 10mn à sa chaise de bureau, quitte à mettre une alarme sur son téléphone. 

Nous sommes alors étonnés de constater que cela change notre rapport à nous-mêmes, à l’autre et au monde. 

Comme nous pouvons être étonnés que toute brassée de mauvaises nouvelles peut éloigner de nos pratiques les plus vertueuses ! Que dire alors si une chaîne de tv ( ou plusieurs ) les diffusent en boucle (les mauvaises nouvelles, pas les pratiques vertueuses) … 

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La méditation et la méditation «  en mouvement » aident à reprendre contact, régulièrement avec nous-mêmes. Ce sont des pratiques de re connexion, à nous, aux autres, au monde. 

La respiration,  est une porte accessible vers le coeur, le nôtre et le cœur des choses de l’esprit, en direction d’une relation à l’autre et à la nature. Une ruse pour ne pas subir de front un assaut de pensées, et le flot des émotions, ou l’écran neutre, mais pas anodin, que l’on met pour cacher nos émotions. 

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Si l’on n’arrive toujours  pas à se poser, prendre avec soi simplement un rendez-vous pour méditer, peut permettre de déjouer la tyrannie du mental. On peut observer combien de pensées, croyances nous éloignent de ce moment qui est pourtant naturel. 

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Si l’on n’y arrive toujours pas, oser se désobéir, faire le « Boudha rebelle » (pour reprendre le terme de Dzogchen Ponlop, et sans plus se poser de question), s’y mettre. 

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Si cela vous tient toujours éloigné du coussin ou de la chaise ( en position assise, dos droit, dans la sensation des points d’appui du corps , dans la sensation virtuelle entre le corps et le support qui vous reçoit, dans la sensation des bruits autour, d’une image ) 

alors, c’est que vous préférez peut-être «  la méditation en action » comme le disent certains méditants dans notre atelier. Vous êtes plus sensible au positionnement du corps dans l’espace, vous préférez bouger. 

Partir dans la nature, pratiquer le jardinage,  des activités créatives manuelles ou d’écriture. Ecouter ou faire de la musique. Lire.

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Alors, vous méditerez en marchant, ou en faisant du vélo de façon « consciente », du sport. Vous trouverez une façon de vous sentir bien. 

Alors, vous aimerez peut-être revenir vers les activités dédiées au souffle et à la conscience du corps qui permettent de faire l’expérience de l’unité corps-esprit-coeur. 

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Vous avez le choix de vous installer pour faire des mouvements de yoga, de gi gong, de danse spontanée, dans l’intention de porter votre attention au corps, à la respiration sur l’une partie ou l’autre du corps. Puis de laisser le corps respirer et de l’observer.

Nous avons nos cinq sens et aussi la proprioception ( le sens de position du corps dans l’espace, en statique ou en dynamique). 

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Laisser les sens observer ce qu’il y a autour, puis le ralentissement  du mouvement comme une curiosité de sentir combien, au lieu de faire perdre du temps, ça nous fait gagner du temps. 

Celui où, présent à soi, à l’autre et au monde, nous nous sentons heureux de vivre, dans le monde, dans la nature, présents comme ils sont présents, à chaque instant. 

Vous trouverez. 

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Et si parfois nous nous sentons découragés, prenons le temps de recevoir cette information  «  je suis découragé.e » ( nous recevons bien les mauvaises infos de la TV et nous ne nous écouterions pas dans notre météo intérieure? La blague …). 

Prenons le temps d’en prendre soin, de cette émotion, comme dit Thich Nhat Hanh ( nous n’aurions pas droit à ça ? Quelle blague …) avant de laisser le flux de la vie couler. Le sentir couler dans vos veines. 

Humains que nous sommes, à vouloir être plus que nous ne sommes, ou alors à ne pas nous autoriser à dépasser nos croyances.

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A chaque instant vous pouvez travailler à être là, relié d’une autre façon. C’est vous en « augmenté » de cette parcelle consciente de ce qu’Hegel appelait « l’âme sentante ». 

Alors vous faites plus confiance à la vie et vous vous faites confiance à aimer la vie et vous pouvez sentir que la vie nous aime. Jusqu’à l’aspect spirituel de la vie en tant que reliance au monde. 

Vous ancrez cette expérience de façon corporelle en refaisant un exercice de présence régulièrement. Vous ricanez moins, vous souriez, vous riez. Vous vous surprenez à patienter même …  Tant de choses sont plus grandes que nous, nous dépassent. Et nous donnent confiance aussi, comme la lumière d’un matin de printemps par exemple.

Et vous savez que c’est une affaire de tissage qui évolue jour après jour, et se partage.

Belle journée à vous ! 

©Véronique Bonnet 2021

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  • ateliermeditationchevreuse.com ( ARC de Chevreuse) 
  • atelier avec l’AFHTSMA

« Nous sommes toutes le courage l’une de l’autre » : tous les textes de l’agenda ironique de mars 2021

#agendaironique

Il est temps d’aller sur le blog de Joséphine , « Nervures et Entailles », qui organisait ce mois-ci l’agenda ironique, pour découvrir les textes des participantes et participants (et nous aider à en choisir un(e)! , ainsi que désigner le prochain organisateur de l’agenda ironique).

J’ai découvert aussi sur le site « Nervures et Entailles » des articles très intéressants sur les courants du féminisme. Je vous invite à aller voir chez Joséphine!

A bientôt

Véronique Bonnet

Incendie du coeur : agenda ironique mars 2021

#agendaironique

Voici pour ma participation à l’agenda ironique de mars, sur le thème ( t’aime) des femmes, le courage des fleurs et de l’incendie : pour toutes les explications du thème du mois : LA chez Joséphine du blog Nervures et Entailles ou ICI chez carnetsparesseux

L et Aile

L arrive à ses fins, mais à quel prix… Sur les genoux parfois, fébrile quand les semaines sont longues. Elle organise, tâche de tout faire, s’occupe de son petit monde, prend soin.

Il paraît qu’il n’y a rien de mieux à faire lorsqu’une tâche urgente est à réaliser que de demander à la plus occupée : C’est elle qui pourrait bien répondre le plus vite… L le regrette parfois…

L peut bien avoir toutes les professions, ou pas de profession, d’ailleurs. Elle fait, elle avance.

Pendant ce temps, dans son jardin, Aile se pose délicieusement, un thé parfumé à la menthe maison et un bon bouquin sur la table à côté … Elle a l’éternité devant elle lorsque ses sens s’emplissent des couleurs, des odeurs et saveurs du jardin, des sons de la vie autour. Enfin, Aile se pose au fond du jardin, délicieusement.

Elle rêve l’envol et son corps vibre du bonheur de le sentir dans l’amplitude de sa respiration, et la profondeur de cet espace-temps.

L est Aile font la paire, mais chacune l’oublie parfois pour une dichotomie éreintante. Et gare à la confusion si les autres femmes intérieures décident de prendre la parole à leur tour.

C’est alors que le vent du Nord se met à siffler dans les sapins : Wu shuuuu wu shuuuu wu shuuu …

Il semble que Wu Shu, gardien du fleurissement des prairies et des forêts, revienne onduler par ici son corps de dragon métaphorique dans l’indicible invisible (enfin, au moins pendant les giloulées de Mars…).

Certains dans le voisinage de la rue de l’agenda, jurent l’entendre murmurer :

« Nous ne sommes pas des fleurs, nous sommes un incendie … Nous sommes le courage l’une de l’autre »…

Dans le jardin, les mimosas se mettent alors à onduler, à flamboyer. Les fruitiers en fleurs à postillonner des confettis roses éphémères. Les pistils renflés et recroquevillés à s’accrocher farouchement aux branches. Le carré de plantes aromatiques exulte.

En ville, L part comme une ombre ployée sous la tempête pour une journée dense, courage chevillé au coeur

– ce qui n’est pas banal pour un coeur, vous avouerez – mais qui aide à avancer plus sûrement dans le feu de l’action.

Du reste, elle avait déjà testé le coeur en bandoulière. Nettement moins pratique pour tout ce qu’elle devait faire avant le repos de fin de semaine.

Ailleurs, c’est tout un poème :

Dragon d’amour dans le bas de ses reins

Mains sensorielles enfantent le sensuel

Amants caressent l’instant après instant

Wu Shu wu shu wu shu … Les interstices des murs, des toitures, laissent le vent chanter, un truc du genre :

(traduction approximative):

« Vive le vent vive le vent vive le vent d’amour délibéré

Pour les ailes déployées de ceux et celles qui veulent s’élancer »

Les femmes avaient passé beaucoup de temps à lutter pour la vie.

Maintenant elles avaient toute latitude pour accueillir la vie.

Dans le nid du Nous

Incendie du coeur agit

Alchimie d’une vie sans peur

Source de bonheur

©Véronique Bonnet 2021

Agenda ironique de Février 2021 : tous les textes

Vous avez jusqu’au 27 février pour aller voir sur le blog de IN THE WRITING GARDEN, ( en cliquant sur le lien bleu) où nous avons été raconter une histoire de dragon, sur un sujet concocté par Frog, qui tenait ce mois-ci de main de maître l’agenda ironique. Lisez et votez pour le texte que vous préférez et pour le prochain organisateur !

A bientôt

Véronique

Questions et réponses : agenda ironique de février 2021 (2)

#agenda ironique février 2021

par Rémige

*

C’était une merveille à nulle autre pareille.

Un anneau d’or mêlé des plus précieux métaux,

            « J’ai eu chaud ! » Il enleva prestement l’anneau de son doigt et le glissa entre les pages du livre. Ranquel referma le gros volume aux pages jaunies par le temps, à la reliure en cuir de buffle décorée de petites écailles. Il tentait vainement depuis des heures d’ en déchiffrer les secrets.

            Il ajusta les parchemins enroulés qui parsemaient la table de bois sombre en prenant l’air affairé, et accueilli dans la pièce le vieillard chenu qui entrait.

            « Alors, Ranquel, tu as avancé ton ouvrage, ce matin ? » dit le magicien avec un regard bienveillant.

            «  Oui, oui, maitre, j’étais sur l’ Irae Draconis depuis l’ aube. C’est une source intarissable d’ enseignements. » Il arborait un sourire satisfait pour dissimuler son trouble.

            Le vieux mage observa le recueil vénérable. La désapprobation qui se lisait sur son visage augmenta la nervosité de Ranquel.

            «  Tu sais que seules les premières pages de ce livre de haute magie te sont accessibles bien sûr. Que de toute façon les autres, qui nécessitent de longues études préalables, ne seront que signes mouvants et incompréhensibles si tu avais l’ imprudence – ou plutôt la folie pensa le magicien – de chercher à les lire. »

            L’ étude de l’ Irae Draconis n’était pas au programme des novices. L’ ouvrage renfermait des trésors qu’il fallait mériter. Et contenir même, pour certains .

Lorsqu’ on ouvrait le livre, les pages des sorts mineurs étaient lisibles, mais les autres étaient remplies de signes mouvants qui se déplaçaient sans ordre sut tous les feuillets. Ils s’ arrêtaient subitement, formant un baragouin incompréhensible aux mages inexpérimentés, pour repartir dans une danse chaotique au long des pages du codex.

            Ranquel redressa la tête d’un air de défi.

« Je ne suis pas archi-mage, certes, mais mon rang et ma haute naissance me donnent des droits ! Ma famille te paye pour ces études fastidieuse. Et tu sais parfaitement que ta propre magie me permettrai de les écourter si tu n’avais pas peur de me voir te rattraper sur le chemin de la connaissance arcanique. »

 L’apprenti pensa avec envie à l’anneau qu’il venait d’ esssayer de voler, caché maintenant entre les pages du livre. Houaïde Ouaibe , l’ anneau de savoir.

Il donnait à celui qui le portait le savoir de tous les livres réunis. Qui posait la bonne question avait la connaissance de toutes les réponses écrites. Le porter trop longtemps était un fardeau, faire appel à lui de manière inconsidérée pouvait être une douleur.

            Le regard du vieillard se voilà quelque peu. « Tu me paraît bien impérieux, ici tu n’es qu’au début de ton parcours .

  • Mais j’ai déjà bien avancé sur ce livre » dit Ranquel d’un air de défi en posant la main sur la reliure cramoisie.

Le mage caressa les larges écailles aux reflets mouvants qui décoraient ses poignets.

            «  Certes. Mais il suffit, tu ne garderas de son étude que ce qui se trouve dans les pages réservées aux novices. Tu n’iras pas plus loin, je te chasse de cette salle, et de ma demeure. »

            Sous le choc de la déclaration, Ranquel regarda le livre de magie. Avec un sourire mauvais, apercevant la forme de l’anneau coincé entre les premières pages, celles des novices, il répondit au magicien :

« Entre les premières pages dis-tu, vieux fou ? Alors je pars avec mon dû. Regarde ce que j’y trouve ! »

Ouvrant le livre et passant prestement l’anneau à son doigt, il montra fièrement l’ objet de sa convoitise. Stupéfait, le vieil homme eut un mouvement de recul.

            « Malheureux, qu’as-tu fait ! Cet anneau se mérite ! Le possèder est une charge, sais-tu ? Tu pourrais par ma folie le réclamer. Quand à le porter, c’est lui qui te porterait. Il te faut pour le brandir ainsi répondre à mes questions.

  • Mais pose les donc, homme dont le temps est passé. J’ai toutes les réponses à ma main » répondit Ranquel.

Les yeux du sorcier se plissèrent et une crispation de dureté déforma ses traits. Il leva les bras en l’ air , faisant descendre les larges manches de sa tenue. Les lords bracelets d’écailles de ses poignets ne glissèrent pas vers le bas. Ils se mirent à luire doucement, puis de plus en plus fort.

Leurs couleurs se firent plus intenses. Jaune, orange, rouge, noir, gris. Toutes les couleurs du feu. Une vapeur méphitique sortit des écailles, qui se mirent recouvrir les bras du magicien.

            Ses traits se déformèrent, il tomba à genoux. Tandis que les écailles recouvraient tout son corps dévêtu, il se redressa enfin pour se présenter en majesté.

            «  Je suis Vermitrax . Seigneur des braises , Ami des fumées. Qui es-tu pour me faire sortir de ma retraite ? Réponds maintenant, être de peu de vie. Une question pour survivre, une question pour l’anneau.     

            Ecrit, il disparaît.

            Il se dit sans un mot

Quelle est ta réponse ? »

Ranquel réflèchit un moment. Ne trouvant rien, il fit appel au pouvoir de l’anneau magique. Il entendit à l’intérieur de sa tête une voix lui souffler , comme avec regret, une réponse.

            « Un message ! Cria-t-il avec un sourire victorieux, puisant sa réponse dans les livres qu’il n’avait pas lus. Une fois écrit il disparaît dans une enveloppe, ou bien il est roulé et protègé. Il se dit sans un mot s’il n’est pas prononcé mais simplement lu. »

            Le dragon eut un sourire mauvais.

            « Ce n’est pas ta réponse, c’est celle de l’ anneau. Alors donne moi la tienne ou la vie te fera défaut. ».

            Consterné, Ranquel se figea.Il réfléchissait, paniqué, tandis que Vermitrax le regardait dans un silence lourd de futurs désagréables. Un silence… Le silence…

            «  le silence ! S’écria-t-il, béat de soulagement. Oui le silence qui disparaît quand on l’écrit expliqu’a-t-il en montrant la table devant lui. Les plumes, les encriers, les rouleaux de sorts n’y étaient pas encore rangés. Le silence disparaît quand la plume gratte le papier pour écrire « silence »

            Et il se dit sans l’aide d’un mot lorsqu’on ne prononce aucun son ! »

            Vermitrax eut un soupir désappointé.

            «  Alors c’est bon, tu auras la vie sauve. Après tout ton forfait n’est pas encore accompli. Mais, ajouta le dragon en souriant, pour l’anneau tu mes dois une réponse ». Il inspira lentement, gonflant ses poches à feu-ardent, sous sa gorge écailleuse.

            «  Alors pour ta contrition tu auras deux énigmes. La première tu la connais :

            Ecrite, elle disparaît.

            Elle se dit sans un mot .

            La seconde, la voici :

            Elle en a deux,

            Et pourtant, aile n’en a qu’un.

            Qu’est-ce que c’est ? »

Abattu, Ranquel regarda avec espoir l’anneau magique. Il réalisa que le métal semblait se déformer légèrement ; Les délicates ciselures évoquant des reptiles ailés commençaient à s ‘animer, tandis que le métal paraissait s’échauffer un peu.

            « Pour la première, je t’ai déjà donné la réponse, ne te déjuge pas », risqua Ranquel par bravade.

            « C est une mauvaise réponse, dit le dragon en gonflant encore ses poches à feu-ardent. Alors, la seconde, et maintenant, » cria-t-il en se déployant au dessus du novice effrayé.

            « Pitié, Maitre des flammes, Grand ver du feu maitrisé, comment pourrais-je trouver la réponse ?

Elle en a deux, et pourtant elle n’en a qu’un ?

Je ne sais pas… Si ! C’est une femme, qui a un mari et un amant . Deux hommes qui l’aiment, et un seul mari.

Ou bien une mère, qui a deux enfants. Elle n’a qu’un fils, car elle a aussi une fille » ajouta Ranquel, désespéré.

            « Assez est assez, dit le dragon. Il suffit. Je te reprends l’anneau. En échange je te donne deux réponses, qui ne sont qu’une et sans un mot.

La seconde énigme est la réponse de la première.

C’est l’énigme elle même qui disparaît si on l’écrit : en la lisant, point de question.

« Elle » a deux « l », tandis qu’ « aile » n’en a qu’un.

Elle se dit sans un mot , car « l » n’est qu’une lettre…

Comme celle que l’on  met dans l’enveloppe,

 qui va disparaître,

puis être révélée

sans un

mot

L

©Rémige 2021

C’était la première participation à l’agenda ironique de février 2021 par Remige qui dépose son texte ici sur poesie-de-nature. Pour avoir le détail du thème du mois « dragons et chimères », c’est chez Frog, de In the writing garden qu’il faut aller voir : ICI. car c’est elle qui orchestre ce mois-ci l’agenda!

*amuletjewelry Etsy

Wu Shu : agenda ironique de fée Vrillée 2021

#agendaironique février 2021

De la poudreuse partout. Wu Shu souffla dans le blanc et déblaya le passage. Il est facile de déneiger pour un dragon. Sous le souffle chaud, la cime des arbres, la tête des arbustes s’ébrouent, les primevères et les crocus émergent, fringants de vert, de jaune et de violet.Wu Shu battait la neige de son arrière train, inlassablement, marchait, accompagnait la nature, dans l’intime des rouages du vivant. Wu Shu portait son attention sur chaque chose. dans les moindres recoins. Elle savait le fil de la merveille, même derrière le parterres de petites fleurs naïves.
Larmes de rosée changées en diamants éphémères, givre brûlant à l’aube, croutes de glace de la rivière, elle passait partout. Chacune de ses ondulations soulevait ses écailles aux reflets arc-en-ciel.Pour la première fois de la saison, elle croisa Rêve-Herbert, la luciole qui la somma sur le champ de laisser la neige en place, car la mode était au duvet blanc dans le coin. Wu Shu lui lança un oeil glacé.« Si tu ne le sais pas, tu n’es qu’une ignorante » continue la luciole.Wu shu se garda de répondre que dans le monde des dragons de la nature auquel elle appartenait, chasse avait été faite à l’ignorance, à l’avidité, à la colère.

« Rêve-Herbert, si tu continues à m’assommer de réflexions, je vais te donner matière à râler… La neige qui dure, ça va ralentir ta métamorphose. Alors, cet été il faudra te démener encore plus pour batifoler avec une femelle si tu arrives après tous les autres ! ». Chacun sait que dans la logique des dragons, il faut faire attention à ce que l’on dit car l’on finit par l’obtenir.

Ce n’est pas dans l’ordre des choses de manigancer. Mais râler n’était pas non plus dans l’ordre des choses, sur le plan de la forêt. La luciole qui n’était pas une lumière se le tint pour dit. Wu Shu pouvait en effet faire éternuer la lune, ça rentrait dans le plan des astres qui, parfois ne savent plus à quel saint se vouer, ce qui dérègle les saisons.Wu shu était plus qu’un souffleur d’air chaud. C’était un souffleur de vie, un insuffleur de vitalité. Ça, l’énergie, personne n’aurait pu dire ce que c’était, pas plus au temps des dragons que maintenant, mais tout le monde en voulait! Enfin, à ce qu’on dit. Mais pour quoi faire?Wu Shu s’en fichait, elle inscrivait la patience dans le cycle, elle réenclenchait la roue. Et son moment favori était le printemps …

Elle aimait voir naître les petits d’animaux, faire monter la sève dans chaque plante et arbre, peaufiner la lumière claire d’un lever de soleil, comme un premier jour. Ça l’amusait d’observer les humains sortir de de leur torpeur hivernale, les voir tout ébaubis devant le renouveau du cosmos. Bien sûr, les êtres dragons de la forêt étaient nombreux. Du réveil de la nature, pourtant, certains s’en méfiaient. Je veux parler des dragons noirs aux relents méphitiques des profondes heures dont il ne faut pas prononcer le nom, même pas en baragouin de peur de les réveiller …Si Rêve-Herbert fut facile à dérouter, Wu-Shu se souvint avoir dû, certaines années, se faire aider par les dragons cracheurs de feu, ceux qui font dévaler les torrents sur un clin d’œil d’Uranus.Ce qu’elle aimait, Wu Shu, c’était mettre en avant la beauté, comme la forme parfaite du flocon de neige. Elle assistait d’ailleurs le travail d’orfèvres des membres de la confrérie des dompteurs de feu. Elle ne se doutait pas que dans le futur, les dragons seraient représentés en papier, lors du défilé au nouvel an chinois, aux prémices du printemps. Non! Dans les temps anciens, Wu Shu rappelait aux humains l’attention aux choses et aux êtres. Elle leur apprenait à manier l’intention de la couleur du fil.Mais c’était moins amusant que de faire fondre la neige vaporeuse. Les dragons restent facétieux dans le fond…
C’est dans cette lignée de souffleurs que Wu Shu œuvrait. De saisons en saisons, il y eut tant de détracteurs que le gardien de la forêt multiplia les dragons pour chaque famille d’arbre, de plante, d’animaux puis d’humains.


Wu Shu devint dragon de maison. Son effigie était gravée sur une boîte à bijoux en laque rouge et dorée, sortie du bazar de Pingyao, la ville aux cent mille lampions rouges.
Quand Wu Shu se posait le matin sur le coeur de Manu qui rêvait, celle-ci s’éveillait quelque part, dans la sensation d’un voyage.Aux confins des limbes du pacifique, Manu commença son vendredi.(NB : Manu n’habite pas en Asie, chers lecteurs, car chacun sait qu’en Asie les dragons n’ont pas d’ailes, et justement Wu Shu se sentait pousser des ailes).Manu n’aimait pas l’opéra chinois que son voisin mettait à tue-tête à côté. ( Elle avait l’impression d’entendre des chats écorchés chanter avec une girouette rouillée en forme de buffle). Elle ajusta son casque aux oreilles et opta pour un tube d’Imagine Dragon.

« Believer » ( cliquer ICI pour voir Imagine Dragon BELIEVER).

Et en se rendant à son travail, elle se mit à fredonner:

« Il y a, Ceux qui allument les feux de joie , Ceux qui s’émerveillent de l’éclosion, Des saisons, Ceux qui les crament, Ceux qui rêvent, Ceux qui agissent, Ceux qui ne font rien »

Manu se sentait un peu tout ça.  Wu Shu le savait. Affaire de saison …  Les veines sous sa peau de dragonne (rien à voir avec le lien des bâtons de marche nordique),  se gonflèrent de vitalité contagieuse, qui est la marque du printemps ( rien à voir avec les soldes ). Son avatar d’été verra bien comment prendre la suite… 

©Véronique Bonnet 2021

Texte pour ma participation à l’Agenda Ironique de 2021 organisé ce mois-ci par Frog du blog « in the writing garden ». De quoi s’agissait-il? D’hydres et chimères. Toutes les explications sur le sujet ICI, chez Frog

Méditerranée en hiver

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La colline autour s’enfle

Le vent balaie le passage

L’arbre dénudé dessine l’estampe

Ombres et racines comme un sillage.

©Véronique Bonnet 2021

Regarder les photos de vacances, et faire une poésie, c’est l’hiver 2021, en voyage domestiqué

Bleu Méditerranée je te vois

agenda ironique de janvier 2021 : tous les textes « en ville étrangère »

#agendaironique @poesiedenature photo : Presicce, Pouilles, Italie

Bonjour, je vous laisse découvrir sur le lien ci-dessous, les textes de l’Agenda Ironique, jeu d’écriture itinérant, organisé par Carnetsparesseux ce mois-ci, Merci Carnets

Une douzaine d’écrits très variés autour du thème du mois : une semaine en ville, contrainte d’écriture pimentant l’exercice.

Ça donne : drôleries, ironie, tendresse, onirisme, poésie, imagination, musiques et autres tissages

https://carnetsparesseux.wordpress.com/2021/01/27/votez-villes-etrangeres-agenda-ironique-de-janvier/

©Véronique Bonnet 2021

Une semaine en ville : agenda ironique de janvier 2021

#agendaironique

Raconter une semaine en ville inconnue, réelle ou imaginaire à la Calvino. Y insérer une liste en sept points, le nom Onésime, le mot réverbère. Y mettre à discrétion une pincée d’agenda et une autre d’ironie. Voilà ce que proposait Carnetsparesseux ce mois-ci dans le jeu d’écriture itinérant, j’ai nommé « l’agenda ironique ». Pour les explications plus complètes : C’est ICI.

Au pied du réverbère, il fouille le fond du cabas. Avec ces lampadaires basse consommation dernier cri, on n’y voit plus rien, et ce matin, c’est purée de pois… Monsieur Ledoux s’agite. Il se souvient qu’il y avait sept choses à faire sur la liste, ça ne devrait pas être difficile de la reconstituer s’il ne la retrouve pas. Enfin ça, c’est vite dit. Sa fille appelle ses petits bouts de papier griffonnés son « rappelle-tout ». C’est dire si c’est important.

Elle est gentille la fille de Monsieur Ledoux. Elle travaille à la pharmacie. Elle va livrer les médicaments des personnes qui ne peuvent pas se déplacer. Et les gens lui rendent bien. Par exemple l’autre jour une petite dame qui s’était fait livrer n’avait pas la monnaie. La fille de Monsieur Ledoux lui a dit « c’est pas grave ». Et bien le lendemain matin, ni une ni deux, la dame était dans la pharmacie pour rendre la monnaie. La fille de Monsieur Ledoux était une peu verte quand même : » Ben si vous êtes là ce matin, c’était pas la peine que mon GPS se perde dans votre campagne hier soir.

-Pour sûr, si, c’était gentil de venir me voir. Et puis là en plus de la monnaie, je venais vous prendre la boite de Dolicrane que j’ai oubliée de noter sur ma commande ». Les listes, c’est important…

Le matin avant d’aller travailler, la fille de Monsieur Ledoux va porter les courses qu’elle fait à son père depuis cette semaine. Elle lui dit ce qu’elle a trouvé ou pas au magasin, et laisse le filet de Garofour sur le palier. Lui, fait un signe de la main et la regarde partir par l’ascenceur. Aucun son ne sort de sa gorge. Puis il ferme doucement la porte, saisit son chapeau, son manteau, les clés de voiture et sort acheter son journal dans la galerie de Garofour. C’est important d’avoir le journal le matin…

C’est si bizarre cette semaine en ville. A croire la télé, c’est la guerre. Monsieur Ledoux, lui, il a connu la guerre. Paris bombardée, il l’a entendue depuis son dortoir, tout seul, quand les autres étaient chez eux. Il se souvient quand il rentrait de la pension, tout gamin, le vendredi soir, avec un copain, mais parfois seul. Dans le train qui parcourait la campagne il lui est arrivé de voir depuis la fenêtre les avions bombardiers passer. Le ciel se barrait d’éclairs et la ligne des collines avait un éclat bizarre. C’était tombé quelque part. Mais quand il arrivait au village, tout allait bien. Jamais il n’aurait eu l’idée de raconter cette histoire à sa famille à ce moment là. D’ailleurs il ne l’a jamais racontée non plus plus tard à ses enfants et petits enfants. Juste au gérant de son restaurant préféré du midi… Et encore, il lui en avait parlé parce qu’ils ne se connaissaient pas depuis longtemps.

« En ville étrange, j’erre » avait -il dit en passant à celle qui s’est installée depuis peu au rez-de-chaussée. Et il lui demande aussi où était parti son cousin Monsieur Onésime qui était venu quelques jours lui rendre visite. Un gars sympa qui avait l’air de bien vadrouiller : Parti après avoir écouté les nouvelles à la radio.

Tout fonctionnait parfaitement jusqu’à ce matin humide, sous le réverbère. Il retrouve la liste dans sa poche. Ça le rassure les listes:

-acheter une carte d’anniversaire à ma fillefaire changer les deux lampes du couloir par son ffaire changer les deux lampes du couloir à mon fils

-faire changer les deux lampes du couloir par mon fils

-lui faire acheter les lampes aussi

-demander comment on installe le bridge sur la tablette à mon fils;

-et s’il ne sait pas, lui demander d’installer des sodoku sur la tablette. Sinon demander à Monsieur Onésime s’il est encore là, il est débrouillard en ordinateur

-demander à mon fils de réparer le radiateur près de la télé ou acheter un bonnet

-demander à mon fils ( ou à un autre de mes fils) de m’expliquer le niveau médium du vélo d’appartement que j’ai eu à mon anniversaire

-acheter le journal

Et puis sans savoir comment, dans ce brouillard à couper au couteau, Monsieur Ledoux trébuche et tombe de tout son long sur le parking de Garofour. Il crie à l’aide très fort bien sûr. Un vigile du centre commercial se précipite.

« Faites attention , dit-il à celui qui le ramasse. Je suis sous anti-coagulants, je saigne beaucoup. Ni une ni deux, Monsieur Ledoux se retrouve alors dans une ambulance qui l’amène aux urgences. Il en sort deux heures plus tard avec un bandage du poignet droit, une suture de l’avant bras et un sourire ravi. Ils sont tellement aux petits soins là-bas. Et puis, c’est quand même animé les urgences à l’heure de pointe, ça distrait, c’est vivant… Sa fille qui vient le chercher fulmine de le voir là en pleine épidémie …

Mais non, faut pas … il y a un temps pour tout. Monsieur Ledoux fait le confinement puis il a besoin de sortir, de prendre un temps où il peut bouger, voir du monde. Alors s’il peut voir du monde, le personnel hospitalier par exemple, il pourrait peut-être voir sa fille? Ben non, c’est une soignante, elle voit trop de gens à risque…

Aux dernière nouvelles, Monsieur Ledoux fait ses courses lui-même depuis cet épisode. Mais au deuxième confinement, il se sent seul. Il décide d’aller en maison de retraite pour personne valide. Après avoir tourné et viré dans la région, il choisit le lieu idéal. Pensez donc, un restaurant tous les midis sur place. Il emménage dans un studio tout neuf. Ça dure très exactement 4 jours – quatre – l’affaire. Puis au matin du cinquième jour, Monsieur Ledoux prend rendez-vous avec la directrice et décrète qu’il ne va pas moisir ici. Au restaurant beaucoup sont très invalides et qu’il n’y a pas grand monde qui parle de foot. Sa fille lui fait remarquer que malgré son grand âge, il est dans les plus vifs parmi ceux qui vont au restaurant de l’établissement. Mais il peut aussi faire la popote dans son studio. Non, pas de temps à perdre…

Ni une ni deux, il fait redémonter la télé par un de ses fils et revient en ville. Il trouve qu’il a exagéré cette peur de tomber, et qu’un bracelet électronique de surveillance fera l’affaire. Son appartement lui semble à nouveau plein de charme, et il va faire ses petites courses en voiture ou à pied. La contrainte du masque, il en fait son affaire.

©Véronique Bonnet 2021 

Blanc : haïku d’Hiver

Vie en étincelles

-Flocons de neige au soleil-

Fondu de lumière.

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©Véronique Bonnet 2021

Flâneries et émerveillements

Très heureuse de vous faire partager la sortie du recueil… Pour flâner un peu…

Véronique

Le temps s’étire (slam)

* photo : L. Cattin

#agendaironique

Tu dis temps difforme, 

Tu dis temporiser

Risette, reset 

En pointillé, titillé,

T’y es… 

Be sex style!

Bretzel liquide, 

Tout fout le camp…

Le temps…

Inconséquent, vacant, grandiloquent,

Manquant, provoquant, impliquant, pratiquant, urticant…

Puis…

Tu ne penses qu’au vide

Te mouches dans ton coude

Et t’appuies sur le vent- à défaut de t’appuyer sur du vent-

Pendant que les hoquets du temps

Egrennent les jours 

D’une année noire

En fin d’année blanche.

Telle une damnée

Elle sonne déjà la fin d’un temps gaté

Sauvegardé, ligoté, piloté.

Un rien me dit alors…

Voici venir le temps des livres-

Le temps de l’âme 

Le temps de ta flamme-

Alors, si je comprends bien,

Voici venir le temps de vivre…

La vie émerge partout, en flux continu. 

Averses passent, arc en ciel en vue

Gouttes unies en fractales et vibrations

Ajoutent voile de douceur au quotidien. 

Un futur pas si éloigné que ça décrit des brochettes de criquets grillés, des consommés de petits animaux rampants à la menthe du jardin, et autres délices locaux à partager avec convivialité autour du feu, dans une version alterne d’un album d’Uderzo ( avec pages Vegan en bonus pour les irréductibles). Certains en regretteraient presque le temps béni de la bombance plus classique des confinements …

Y aurait-il un temps pour tout?

©Véronique Bonnet

( partie finale en musique, bien sûr, compte tenu de notre organisateur du mois ! )

C’est un écrit en participation pour l’agenda ironique, défi d’écriture itinérant, de blog en blog tous les mois. En novembre, le blog Toutloperaoupresque nous proposait de nous inspirer très librement d’Ecclesiaste 3 pour un texte comportant l’expression « Bretzel liquide », et de rajouter un anapodoton, qui est une forme d’anacoluthe ( je ne connaissais pas ces bestioles, aussi, veuillez recevoir toutes mes excuses à l’avance, chers participants et lecteurs si je n’ai pas élucidé ce point-là… qui reste un peu confus en moi…). Pour les explications plus complètes, VEUILLEZ CLIQUER LA OU LA.

et LA POUR AGENDA IRONIQUE KEZAKO *photo L. Cattin

A bientôt !

Et comme tout finit en chansons chez toutloperaoupresque :

Tiempo cubano, heure cubaine … une version très réussie de Chan-chan

Demain, demain, une spéciale qui reporte à demain

Carmina burana
Le reste du temps

One love

Ici jaimelamusiquemaisjenyconnaisrienenenchainement, à vous presquetoutloperaoupresque, merci pour ce thème original de l’agenda ironique où il n’a pas été aisé de faire fondre un Bretzel…

L’amour va…

Au confin de contrées étranges du quotidien

Flottent des villes individus-

Îles invisibles pour le coeur-

Dit-on.

Indivisibles croit-on-

Pourtant combien d’éboulis individuels en

Tombent

Face à la force qui ravive le coeur des humains.

Exit le romantisme des ruines,

Bonjour la pulsation intime du tambour

Le partage en corps accords,

En coeurs accords

Encore à coeur

Un thème : Amour.

©Véronique Bonnet