Un mot après

(agenda ironique de juin la « brocante de mots »)

« Approchez, approchez mesdames et messieurs car aujourd’hui grande vente aux enchères! Dans quelques instants de jeunes apprentis saltimbanques vont vous présenter des mots! Un mot pour tous, tous pour un mot!
Des gros mots, pour les grossistes,
Des mots de tête, pour les charlatans,
Des jeux de mots pour les artistes,
Des mots d’amour pour les amants. »

« La lune est presque pleine ce soir… Tiens, ça doit être les encombrants demain! Baisse un peu cette musique et viens m’aider à sortir la table de jardin et les vieilles chaises! »

Les trottoirs sont déjà jonchés d’immondices. Des restes d’étagères moisies, vieille table lépreuse en bois qui n’en peut plus de voir passer les saisons et les familles affamées, quelque menu trésor aussi qui attendent un preneur. Commence le ballet des voitures discrètes d’où sortent des ombres pressées, des mains anonymes qui soupèsent, palpent et évaluent l’éventuel service rendu.

Avant la date des encombrants, ça marche aussi : mettez un meuble devant votre trottoir, et dans les deux ou trois heures qui suivent, l’objet sera récupéré.

Mais le mystère de la main qui donne demeure entier : une chaise défraîchie, cabossée, à la toile fendillée attendait certainement depuis longtemps le verdict de l’expulsion. Quelle est l’histoire qui se retrouve à la rue ? Comment se fait-il que ce meuble soit dehors ce jour- là, précisément ? Il contraste terriblement avec le soleil roux d’un dimanche soir de fin de printemps. Il se plait bien aussi sous la pluie qui l’aide à chialer ses dernières couleurs et ses vielles crasses.

Mystère, la circonstance décide soudain du détachement, du top départ de sortie. Sitôt les porteurs d’histoires évacués et autres objets de service congédiés, le lifting de maison se prépare.

Et puis il y a les meubles résistants au temps, les laissés pour compte, comme ceux du garage. 

C’était sûrement une étagère rescapée d’une chambre ou d’une ancienne cuisine, d’une précédente maison peut-être ou encore de l’ancien propriétaire des lieux. Quand elle termine sur le pavé, elle est aussi déformée et rouillée qu’une vieille boîte de conserves. L’objet a tout donné. Il est vermoulu, humide. Peut-être même a t- il été hérité. Une partie de moi ose à peine le montrer quand je le dépose dehors : l’objet porte la déchéance, la fin de vie, l’abandon. Et puis, je vois sur le trottoir en face, d’autres objets de « longue vie » qui sont là à attendre leur sort ultime.

Il faudrait les brûler par respect. Je me dis : « il a bien tenu celui-là », toute fière de ne pas avoir gaspillée mais contente de faire place nette. 

Quand je garde, c’est utilitaire mais c’est aussi parce que l’objet a des choses à dire…

Je peux me débarrasser de lui quand il a fini de me raconter son histoire, car alors, il m’encombre soudain terriblement. Quand il faut préparer un déménagement, le tri, l’ajustement vont plus vite. 

Mais, le mystère de la main qui lâche reste entier.

Je me retourne : le réverbère de la rue éclaire la vieille table de jardin en bois, et des chaises dépareillées en plastique blanc jauni, au milieu d’étagères déglinguées, invitées de dernière minute, une trottinette rouillée, des pots cassés, un matelas en mousse. Le reste se perd dans la nuit.

Entends-tu, les mots tus?

Je me retourne. Une chouette hulule et les collines sentent bon les fleurs d’acacia et de sureau.

Motus, je rentre, légère.

©Véronique Bonnet

Agenda ironique de juin : toutes les explications ici ! :

https://poesie-de-nature.com/2019/06/02/agenda-ironique-de-juin-la-brocante-dete-cest-ici/‎(s’ouvre dans un nouvel onglet)

Agenda ironique de juin : le saltimbanque d’à côté

« Et les enfants s’en vont devant
Les autres suivent en rêvant« 
Le clown, on le croisait dans les rues du village, sans son nez rouge. Les voeux du maire avaient grand succès, car on savait que Raymond Devos toujours présent, ne se ferait pas prier pour faire une digression délirante, l’air étonné de ses propres propos, devant un ‘auditoire gondolé.

On m’a raconté qu’il invitait les voisins à monter dans son petit théâtre sous les combles. Il les faisait asseoir et jouait sous leurs yeux médusés, certains de ses nouveaux effets, en scrutant attentivement le jaillissement du rire.

C’est une maison qui se visite aujourd’hui, et qui allume la tendresse amusée, et la magie du spectacle.
©Véronique Bonnet

Les saltimbanques
Guillaume Apollinaire
Dans la plaine les baladins
S’éloignent au long des jardins
Devant l’huis des auberges grises
Par les villages sans églises.
Et les enfants s’en vont devant
Les autres suivent en rêvant
Chaque arbre fruitier se résigne
Quand de très loin ils lui font signe.
Ils ont des poids ronds ou carrés
Des tambours, des cerceaux dorés
L’ours et le singe, animaux sages
Quêtent des sous sur leur passage.
Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913

a

slam ironique

Le thème de l’AGENDA IRONIQUE de juin que je vous propose : Voilà l’été !! TOUTES LES FOLIES ET DERISIONS SONT BIENVENUES, MAIS… votre texte fera suite à ce début de la chanson « les mots » de la rue Kétanou).

Voilà ma tentative à l’agenda … Pas si facile de raccrocher le propos, j’avoue…

« Approchez, approchez mesdames et messieurs car aujourd’hui grande vente aux enchères! Dans quelques instants de jeunes apprentis saltimbanques vont vous présenter des mots! Un mot pour tous, tous pour un mot!
Des gros mots, pour les grossistes,
Des mots de tête, pour les charlatans,
Des jeux de mots pour les artistes,
Des mots d’amour pour les amants. »

« Un mot pour tous, tous pour un mot »… L’air a commencé à me reprendre sur le site de Chachashire, « différences propres et singularité ». De hameau d’amour en maquis-art et zones portuaires, aux limites limites, je me suis souvenue d’un petit rien composé pour des amis, après un voyage qui nous avait rendu à notre propre solidarité. Le petit « rien » à partager qui apparaissait là-bas si naturel, l’était moins ici dès le retour. Alors un slalom biz-art plus qu’un slam vrai j’avais composé, pour leur témoigner une tendresse, un machin, un baz-art. Allez, c’est l’été, j’ouvre la fenêtre du truc à l’air libre, des mots courts qui vont plus vite :

J’suis là dans mon falzart 

Je vous lis et ça repart

Non c’est pas biz-art

C’est sm-art, smurf, c’est du trip -art

Chacun sa quote part

Cot cot cot? 

Ça sonne comme un faire-part

Rancart, encarts, flambart 

Tout ça c’est plein de brocart

D’amour, pas de traquenard!

Pas de rempart mais un nouveau départ ! 

Salut les gaies- parts, les guêpes-arts, les guépards, les queutards !

J’en perds le nard! Même pas fumé d’pétard! Même pas d’cafard!

Alors, qu’on soit les arpions en éventail, 

Ou à arpenter la vie dans ses artifices, 

Nous voilà, sans sacrifice, sans rockstar,

A sortir de notre coltard !      

Top départ !

©Véronique Bonnet

Organisé sur le site ce mois-ci, infos et participation :

) :https://poesie-de-nature.com/2019/06/02/agenda-ironique-de-juin-la-brocante-dete-cest-ici/

Agenda ironique de juin : la brocante d’été! c’est ici

A  mon tour d’accueillir l’Agenda ironique de juin, ce que je fais avec le plaisir anticipé de vous rencontrer dans vos bouquets variés…

Chers auteurs, lecteurs, abonnés, jongleurs de mots, oyez! oyez !
« Des mots de passe pour les méfiants et des mots clés pour les prisonniers», en attendant la caravane, voilà l’été et brocante de mots. Les négresses vertes et la rue Ketanou donnent le ton! ( le lien est au bas de la page pour les écouter). Laissez vous inspirer par leur ambiance…



Voilà l’été !! TOUTES LES FOLIES ET DERISIONS SONT BIENVENUES, MAIS… votre texte fera suite à ce paragraphe ( début de la chanson « les mots » de la rue Kétanou) :
« Approchez, approchez mesdames et messieurs car aujourd’hui grande vente aux enchères! Dans quelques instants de jeunes apprentis saltimbanques vont vous présenter des mots! Un mot pour tous, tous pour un mot! Des gros mots, pour les grossistes, Des mots de tête, pour les charlatans, Des jeux de mots pour les artistes, Des mots d’amour pour les amants. »
Il suffit de reporter le lien de votre texte ici, et n’oubliez pas, sur votre blog, de reporter le lien de cette page. Rendez-vous ici tout le mois pour découvrir les écrits et à la fin du mois pour les votes!
À très bientôt
Véronique

Instant d’équilibre

I

Quand la conscience du fil grandit,

Quand l’intérieur s’accorde, 

Et les liens se tissent au dehors,

Quand l’imaginaire dessine des ponts et des merveilles,

Des monts, et des cristaux,

Des terres à délices, des prémices d’Alice,

Quand le moment est capturé, non pas par une photo 

Mais par les filtres sensoriels et l’invisible subtil, 

L’instant peut alors se respirer

Et le corps s’allonger en étoile sur la pelouse…

Magique comme le violoncelle de Yo-Yo Ma jouant les suites de Bach…

Perdre la notion du temps n’est pas loin. 

Entre lâcher prise et discernement, 

Equilibriste de vie, 

Profite!

©Véronique Bonnet


suites pour violoncelle seul de Bach

Clair hier

Vient ce temps 

En histoires contées 

Où les écureuils de guerre lasse 

Viennent partager leurs fantasques récoltes.

De la découverte du fruit nouveau

Au cœur de la froidure

Au bord des chemins, 

Jusqu’aux sauts de rivières grondantes et cailloux trébuchants,

Caresse d’arbres

Echos d’été, sous-bois  de champignons, 

Craquantes noisettes et traces de neige

Bleus de ciels intemporels,

Intempéries et douceurs de lune rousse

Fondus de soleils rouges, 

Camaïeux hérissés de sapins de montagne,

Etoiles de mousse, 

Vents passés déchaînés 

Et printemps avenir.

Sous l’arc en ciel dégagé du paysage compassé,

Le feu apparaît.

D’un orange chuchoté, 

Il crépite dans la clairière, 

Au milieu des danses de vie

Des panaches et des crinières.

Tourments d’amour, solitude glacée, 

Passions chimères, liens cendrés, 

Font aussi la flamme apaisée! 

Les animaux tombent d’accord :

« Le meilleur moyen d’éviter la chute des cheveux, c’est de faire un pas de côté. »

©Véronique Bonnet


Bonjour! Voici donc ce petit texte pour l’agenda ironique de Février, tenu  par Ecri ‘Turbulente. http://ecriturbulente.com/2019/02/19/lagenda-ironique-meme-pas-en-reve/

Le jeu d’écriture proposé :

Après beaucoup de péripéties (mais lesquelles ?) on me propose de rêver le rêve absolu.
Comment en est-on arrivé là ?

Eugène Ionesco – Journal en miettes

Au pied de la lettre, imaginez ces péripéties chargées d’un puissant magnétisme onirique, rêves de réalités de plus en plus intenses.

Rêver pour de vrai, jusqu’au rêve absolu.

Seule une « petite » contrainte : votre texte devra se terminer par cette phrase de Groucho Marx :

« Le meilleur moyen d’éviter la chute des cheveux, c’est de faire un pas de côté. »

Dans le secret d’une journée de Printemps

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Le bruissement passe, 

D’un ou d’une…

Peut être une fine guêpe, ou alors un bourdon dans le vent chaud…

Laissez donc vos oreilles ouvertes, 

A d’autres vibrations entendues.

Sentez, ces parfums de  fleurs attirantes que vous ne voyez pas encore… 

Caressez lui le coin de la bouche

Et laisser le sourire faire apparaître la fossette, la douceur attendrir la pointe de sensualité,

Et la sensualité faire dresser l’essaim des désirs… 

Soupesez la proposition… 

Humer le parfum de lilas, ou peut-être, celui de l’ylang Ylang, et commencez à agiter le lac intérieur en profondeur.

Comment faire, dites-vous?

Ma foi, je n’en sais rien, on a rarement tous les ingrédients… 

Laissez -vous surprendre, improviser, par ce qui est là, jusqu’à  ce que la préparation chauffe.

Laissez frissonner  et rougir…

Alors, à bonne température – que vous seuls connaissez –

Laissez le mouvement lent délier les corps et la nudité nimber la nuit d’amour et de suaves paysages. 

À ce moment précis , et si vous  preniez un temps pour  laisser la guitare gratter la peau,

Amplir les coeurs brûlants?

Vous pourriez peut-être, de mouvements en mélanges, 

De sensations tutti frutti en dunes douces , en sable émouvant,

Vous laisser ravir par le parfum.

Sa présence est dense, puissante.

Prenez votre temps pour écouter alors la vibration agir, rugir , 

Et la vague venir de loin et éclabousser les corps.

©Véronique Bonnet

La lecture conjointe des deux sujets du mois m’a inspiré ce texte. C’est donc ma participation aux deux  défis suivants :

  • Pour : A vos claviers :  » Composer un texte sous la forme d’une recette qui ne se mange pas « , thème proposé par Estelle de  « L’atelier sous les feuilles ».
  • Pour : L’agenda ironique de mai : « NU, NUE, NUS, NUES…. déshabillez-vous! » , proposé par Valentyne de « La jument verte ».

Fenêtre paradoxale

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Du relatif de la vue ( les états du moi 2)

Scène : un château de campagne dans son jus, peu rénové… Je vois les douves pleines de nénuphars et la campagne verte autour, depuis la fenêtre ornée de bois peint couleur parme. Le désuet me fait sourire, mais ça fonctionne. C’est juste très charmant et ça me touche…

Mon imaginaire se glisse dans une main fine au dos couvert de dentelles blanches précieuses. La femme écrit, lève les yeux de temps à autre, et dans son décolleté, la poitrine respire d’aise devant la nature splendide de fin d’été. Elle dit tout son détachement de la vie citadine…

Un autre regard y verrait tout aussi bien le calme pesant, l’immobilité séculaire angoissante de ce lieu (et c’est plutôt le deuxième retour que me fait mon fils quand je lui décris l’endroit).

Pour moi, c’est un splendide décor de film et d’Histoire, et, celui d’un magnifique mariage pour lequel j’étais invitée la veille. Que de beaux moments conviviaux, intimes aux chandelles, puis débordants, pêle-mêle, de bulles de champagne, de sourires, de joie, de pas de danse, de bras enlacés…

 

Dans la vie de tous les jours, notre soit-disant rationalité est souvent battue en brèche par un bricolage de suppositions, d’émotions, d’imaginaire. Ce sont autant de propositions qui éloignent une discussion de la réalité. Mais de quelle réalité parle t-on? Je vous en ai écrit une, mais elle dépend de mon contexte …

 

Dès le lundi matin, je croise une connaissance alors que je me pressais pour attraper le RER. On se sourit. Elle me dit, avant même que je n’aie eu le temps de lui dire bonjour :

 » tu n’as pas l’air en forme, tu as mauvaise mine ».

Il est vrai que j’avais bien fais la fête, au mariage.

Et en regardant fixement mon sac (qui contenait mes affaires de danse), elle dit :  » Et tu as l’air d’être débordée de travail « . L’espace de quelques secondes, je me sens chargée d’un fardeau, d’un découragement…le sien, en fait…

Au bord de mes lèvres, une question s’évanouit. Puis la projection me fait rire, et tout en reprenant la marche – histoire de sortir de cette émotion plombante – je zappe :

 » Ah non, là je pars danser ! »

Et je la laisse dans la rue, me suivre des yeux avec une bouche ébahie.

 

Oui, je vous fais une confidence… je ne suis pas une femme tronc derrière un bureau… Je danse, je m’amuse, et la vie est belle…

©Véronique Bonnet