Fenêtre paradoxale

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Du relatif de la vue ( les états du moi 2)

Scène : un château de campagne dans son jus, peu rénové… Je vois les douves pleines de nénuphars et la campagne verte autour, depuis la fenêtre ornée de bois peint couleur parme. Le désuet me fait sourire, mais ça fonctionne. C’est juste très charmant et ça me touche…

Mon imaginaire se glisse dans une main fine au dos couvert de dentelles blanches précieuses. La femme écrit, lève les yeux de temps à autre, et dans son décolleté, la poitrine respire d’aise devant la nature splendide de fin d’été. Elle dit tout son détachement de la vie citadine…

Un autre regard y verrait tout aussi bien le calme pesant, l’immobilité séculaire angoissante de ce lieu (et c’est plutôt le deuxième retour que me fait mon fils quand je lui décris l’endroit).

Pour moi, c’est un splendide décor de film et d’Histoire, et, celui d’un magnifique mariage pour lequel j’étais invitée la veille. Que de beaux moments conviviaux, intimes aux chandelles, puis débordants, pêle-mêle, de bulles de champagne, de sourires, de joie, de pas de danse, de bras enlacés…

 

Dans la vie de tous les jours, notre soit-disant rationalité est souvent battue en brèche par un bricolage de suppositions, d’émotions, d’imaginaire. Ce sont autant de propositions qui éloignent une discussion de la réalité. Mais de quelle réalité parle t-on? Je vous en ai écrit une, mais elle dépend de mon contexte …

 

Dès le lundi matin, je croise une connaissance alors que je me pressais pour attraper le RER. On se sourit. Elle me dit, avant même que je n’aie eu le temps de lui dire bonjour :

 » tu n’as pas l’air en forme, tu as mauvaise mine ».

Il est vrai que j’avais bien fais la fête, au mariage.

Et en regardant fixement mon sac (qui contenait mes affaires de danse), elle dit :  » Et tu as l’air d’être débordée de travail « . L’espace de quelques secondes, je me sens chargée d’un fardeau, d’un découragement…le sien, en fait…

Au bord de mes lèvres, une question s’évanouit. Puis la projection me fait rire, et tout en reprenant la marche – histoire de sortir de cette émotion plombante – je zappe :

 » Ah non, là je pars danser ! »

Et je la laisse dans la rue, me suivre des yeux avec une bouche ébahie.

 

Oui, je vous fais une confidence… je ne suis pas une femme tronc derrière un bureau… Je danse, je m’amuse, et la vie est belle…

©Véronique Bonnet

 

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