Clair hier

Vient ce temps 

En histoires contées 

Où les écureuils de guerre lasse 

Viennent partager leurs fantasques récoltes.

De la découverte du fruit nouveau

Au cœur de la froidure

Au bord des chemins, 

Jusqu’aux sauts de rivières grondantes et cailloux trébuchants,

Caresse d’arbres

Echos d’été, sous-bois  de champignons, 

Craquantes noisettes et traces de neige

Bleus de ciels intemporels,

Intempéries et douceurs de lune rousse

Fondus de soleils rouges, 

Camaïeux hérissés de sapins de montagne,

Etoiles de mousse, 

Vents passés déchaînés 

Et printemps avenir.

Sous l’arc en ciel dégagé du paysage compassé,

Le feu apparaît.

D’un orange chuchoté, 

Il crépite dans la clairière, 

Au milieu des danses de vie

Des panaches et des crinières.

Tourments d’amour, solitude glacée, 

Passions chimères, liens cendrés, 

Font aussi la flamme apaisée! 

Les animaux tombent d’accord :

« Le meilleur moyen d’éviter la chute des cheveux, c’est de faire un pas de côté. »

©Véronique Bonnet


Bonjour! Voici donc ce petit texte pour l’agenda ironique de Février, tenu  par Ecri ‘Turbulente. http://ecriturbulente.com/2019/02/19/lagenda-ironique-meme-pas-en-reve/

Le jeu d’écriture proposé :

Après beaucoup de péripéties (mais lesquelles ?) on me propose de rêver le rêve absolu.
Comment en est-on arrivé là ?

Eugène Ionesco – Journal en miettes

Au pied de la lettre, imaginez ces péripéties chargées d’un puissant magnétisme onirique, rêves de réalités de plus en plus intenses.

Rêver pour de vrai, jusqu’au rêve absolu.

Seule une « petite » contrainte : votre texte devra se terminer par cette phrase de Groucho Marx :

« Le meilleur moyen d’éviter la chute des cheveux, c’est de faire un pas de côté. »

Chut…

Eclipse de lune sur le lac Majeur, photo Alberto Negro, le 21/01/19

[

« On confond le monde et la vie »

Henri Gougaud



La vie ne s’écoute pas seulement dans le bruit que l’on fait…

Ecoute le silence, dit la lune

©Véronique Bonnet

L’une


Au cœur de la lune, 

Au clair de la nuit, 

Parlent les histoires de rhunes

Et les ressentis en pluie. 

La marionnette sent le fil de vie la traverser, 

Et le souffle la transformer en être de chair.

La chouette a donné sa plume, 

Et le feu reprend sa place

Là, dans la poitrine,

Dans le cœur de la femme.

Le bois crépite et fume 

Dans le silence de la nuit

En écho aux palmas des musiciens

Les flammes dansent et appellent le lien de vie. 

La robe à volants, la chevelure libre,  

Épousent le mouvement de la flamenca.

La gitane aux mains ondulantes 

Danse avec son ombre.

Je la vois, là…

Le rythme et le son résonnent encore dans mon ventre, 

Ramenant, les pieds, le corps à la force de la terre, à la poussière qui vole

Et les vibrations se font comprendre 

Aux confins de l’être voyageur, dans les zones brûlantes et folles. 

Au cœur de la lune

Au clair de la nuit

Dansent, dansent les brumes

Et la lumière des cœurs éblouit. 

Au cœur de la lune

Au creux de la nuit 

Dans la chaleur de nos bras, 

La danse à deux, le monde en folie

Et la lune luit.

©Véronique Bonnet

Soie?

Je garde un fil…

Au fil du rasoir, mon train,

Au fil de la course,

Je garde un fil…

Le long du paradoxe,

Je garde un fil 

Qui relie mot et âme.

Quel fil garder ?

Je regarde le film,

Je lis les mails, je jette les spams.

A genou, je me sens,

En boule dans une penderie

En drôle de causerie.

Je tire les mailles du fil de soi,

Débobine, rembobine, 

Tisse, et métisse.

Perd et manque,

Vertige consumé.

Les jeux sont-ils faits ?

Pas si lisse, pas si vite…

Déployées, assemblées dans le hasard,

Sont les vibrations, les vies cousues main.

©Véronique Bonnet

Voilà l’horizon

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La géométrie fine tranche le vertigineux camaïeux.

Entre ciel et mer émergent la netteté d’un mât, d’une voile.

Il vient à l’esprit songeur une étrange poésie…

L’homme trace les limites de la nature. 

Il dessine et magnifie les paysages, 

Il crayonne lignes et contours des plages.

Il plante, taille, construit mais laisse flotter les emballages.

Plus belles seront les vacances en absence de pluie.

Il mélange les sons, les odeurs, et goûte à tout. 

Il veut posséder le temps, a une trajectoire de fou` 

Quand l’environnement est rythme de vie.

Il aime à repousser ses limites mais contrôle celles de la nature,

Quitte à stériliser la terre qui le porte.

Il embauche les meilleurs financiers pour ses factures

Mais ne sait pas compter les réserves naturelles.

Mais le paradoxal, c’est « tout le monde et personne »…

Alors,  changement ou lettre morte ?

©Véronique Bonnet

Reflets

Tu peux passer ton chemin ou t’abandonner à l’instant…

Regarder l’envers du décor, et entrer dans un autre plan.

Au travers du reflet scintillant du lac,

Dans le tendre jeu de lumière sur le vert feuillage.

Vois, par-delà la forme, la poésie en voile d’amour qui nimbe ton voyage.

©Véronique Bonnet

Un jour, une nuit

Nulle part, partout,

j’arrache les mauvaises herbes,

Celles qui étouffent.

Et je découvre la fleur vivace. 

Je laisse monter le début d’un chant,

C’est un bourdonnement bienveillant.

Je réponds :  » présente  » à la vie.

     ©Véronique Bonnet

Fût-il essentiel

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Choisis une marche dans l’escalier qui mène au jardin,   

Il y a toujours une marche vers un jardin…

Au creux d’un moment vert qui n’était pas annoncé.

Tout est ouvert …

Pose au loin ton  regard dans cet espace qui te reçoit,

Et tes fesses sur la pierre fraîche. 

Les lavandes et la sauge, côte à côte,

Ont l’effluve vivace qui parle, 

Et les oiseaux, le piaillement chamailleur. 

Un ballon roule, rebondit dans un bruit mat jusqu’à tes pieds.

Il apparaît, là, dans le flottement, 

Le flacon jaune, qui tinte de la petite bille d’acier. 

La boule danse dans le couvercle décoré d’une illustration un peu désuète.

Souffle une bulle au travers de l’anneau, 

Et bats des cils…

C’est juste le temps nécessaire pour que l’air fasse tournoyer l’apparition,

Que le tigre passe le cercle de feu, 

Juste le temps nécessaire pour voir chatoyer les rondes d’enfance en arc en ciel,

Avant que la bulle n’éclate au bout du nez…

Le rire fuse : Te voilà reconnecté à ce futile essentiel,

Du coin des yeux, du fond du coeur…

Là, au fond du fauve,

Te voilà ! Face à ta tendresse!

Ce nid silencieux, tu peux le garder, 

Au sein du plus petit en toi,

Tant il est vrai que dehors,

-Même pas peur-

C’est parfois le vacarme inaudible et nuisible, 

Qui éteint l’essence et arrache un cri au cœur.

 

©Véronique Bonnet

 

 

 

Les forces imaginantes

 

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A côté de la réalité et de ses représentations, Bachelard fait la proposition de la vertu créatrice de l’imaginaire.

Il ouvre à une présence singulière, un regard alterne, entre soi et le monde. François Roustang parle de « perceptude », Hegel « d’âme sentante » qu’il oppose à « l’entendement ».

La poésie et l’art germent probablement de ces moments…  qui tissent entre intérieur et extérieur…

« Les forces imaginantes de notre esprit se développent sur deux axes très différents.

Les unes trouvent leur essor devant la nouveauté ; elles s’amusent du pittoresque, de la variété, de l’évènement inattendu. L’imagination qu’elles animent a toujours un printemps à décrire. Dans la nature, loin de nous, déjà vivantes, elles produisent des fleurs.

Les autres forces imaginantes creusent le fond de l’être ; elles veulent trouver dans l’être, à la fois, le primitif et l’éternel. Elles dominent la saison et l’histoire. Dans la nature, en nous et hors de nous, elles produisent des germes ; des germes où la forme est enfoncée dans une substance, où la forme est interne. »

 Gaston Bachelard

L’eau et les rêves

 

 

Petite boule de terre

 

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                                                                                         Dessin : © A.C

Méditation : suggestion de pratique

 

Il est des questions que j’aime bien poser dans l’écoute intérieure. Je m’assoie, et je médite.

Au moins, j’arrête de soumettre trop de pensées à l’intellect disséquant, jugeant (qui voudra trop contrôler,  normaliser ) ou pour éviter que mon émotion, ma réactivité ne les réduisent en charpie.

L’espace intérieur reçoit, sécurise.

Et je laisse le temps au processus, en acceptant la possibilité qu’il ne se passe rien… Mais la nature a horreur du vide… le bourgeon va se transformer…

Je me laisse plonger  dans le sensoriel. Je repose la question au bout d’un moment.  L’insondable peut créer une forme, comme une petite boule de terre (par exemple, ou une couleur, ou tout autre chose) qui rejoindra le bloc à manier plus globalement, ensuite. Ça respire plus…  Le sensoriel change… le corps aussi.

Il fait l’expérience de la présence.

Une toute petite action adéquate devient plus facile à poser ensuite. Elle est indispensable pour matérialiser ce début de cheminement. 

La tête sait souvent mais c’est le corps qui doit faire une expérience sensorielle pour assimiler, à sa vitesse, comme le dit Eric Bardot à propos de l’hypnose médicale.

Le quotidien propose de nombreuses fascinations qui nous absorbent, ce n’est pas de l’hypnose.

L’espace-temps hypnotique, la méditation sont des processus naturels du vivant où l’on sollicite un mouvement.

 

La poésie et l’art, comme « forces imaginantes », se mêlent là, dans ces paysages aux confins inconnus, ça m’interroge …

 ©Véronique Bonnet

 

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Dessin A.C