Ecris

Écris

Écriture 

Ecrit tue

Écrit dure

Écritoire 

Écris-toi

Écris joie

Écris vain

Écris tout

Essuie tout

©Véronique Bonnet

Paysage d’Août : agenda ironique

Immergée dans ce temps de vacances, découvertes, flemme, respirations, stage de danse, je poste à temps ma participation à l’agenda ironique d’Août organisé de main de maitre par Bastramu, et il reste une semaine pour nous lire !

On était partie en pleine nuit, pour arriver avant la forte chaleur à Sanary-sur-mer. Le rendez-vous annuel… Ça faisait deux jours qu’on avait du mal à dormir, excités par la perspective de revoir la Méditerranée. On avait ressorti les affaires d’été, tout chargé, même le vieux canoé pneumatique que mon père avait eu en cadeau, une année, à la station Fina. Jamais à deux dedans, on y faisait attention. 

Pour l’heure, on dormait à trois sur la banquette arrière de la R16. Tout allait pour le mieux, la plage nous attendait, nos amis, les cornets à la vanille- je préfère chocolat- non, pas tous les jours, tu vas avoir mal au ventre- et nos seaux et râteaux aussi. On n’avait qu’à dormir et se laisser transporter. Au réveil, on serait arrivé.

A l’entrée d’Arles, pourtant la catastrophe nous attend. Mon père le redoutait, ce fameux embouteillage. Le responsable, un noeud routier, un entonnoir – Comprends pas – .

« Il fait déjà 35eC dans la voiture » dit ma mère. On se réveille tout moites à l’arrière, avant la terre promise. Clim, connaît pas encore. La stratégie de partir en pleine nuit, il semble soudain que tout le monde l’ait eue et converge au même endroit. A droite, une Citroën a doublé de hauteur, avec ce qu’il y a sur la galerie. Cette vision du voyage nous fascine.

Cramoisis à l’arrière, les enfants transformés en chiens et chats boufferaient le premier bout de chair à leur portée. Mon frère à la fenêtre leur tire la langue et me décoche un coup de genou. 

L’odeur de vieux plastique du bateau Fina monte dans l’habitacle avec la chaleur et la mauvaise humeur frôle et bouscule. On n’a plus sommeil, mon frère, ma soeur et moi. La voix persuasive de ma mère y croit de moins en moins. La joute verbale commence à fond, il ne manque que les gants de boxe. L’exaspération et l’impuissance sont à leur comble. 

-Marion, pousse ton gros derrière…

-Lucie, essaie de fermer les yeux encore  un peu…

-Mais Maman, Marion met son gros derrière sous mon nez!

-J’ai pas un gros derrière ! 

-Et pousse tes pieds, Laurent!

-Calme toi Lucie!

-Ce n’est pas juste, je suis au milieu, je ne sais pas comment me mettre! 

« Non, je me tourne! » fait le frère narquois devant la vitre à sa disposition.

Jamais eu aussi chaud, surtout après que ma mère confirme « on traverse un four… Ça frôle les 40eC… » . N’y aurait-il donc d’autre à mordre à part la main de mon frère?

On va faire un sort au canoë de plastique, au minimum. On déclare qu’il sent trop mauvais. Là, d’un coup, on se met tous d’accord pour la mutinerie. 

Mon père se tourne vers nous,  hoche la tête, et oblique sur le bas côté, près des marchands de fruits de saisons. On s’arrête boire, manger un bout, se relaxer. Ça sent bon les herbes sèches, les abricots mûrs, les pêches et les brugnons.

Déguster un fruit au ralenti en aspirant la chair mure, sentir le gout d’amande du noyau, entendre de loin que le problème du four n’est pas réglé, s’en moquer, écouter jouer autour, rêver à la plage, surtout rêver à la plage… Le temps s’étire et mon corps tout ramolli ne voit plus qu’il brûle de chaleur. 

-Mais c’est où la Russie?

-C’est là, juste après la clé à molette.

-OK! J’ai besoin de prendre de l’essence, je m’arrête là. 

-Elle est où la station service?

-C’est la bobine de fil à tricoter jaune… Je te l’ai déjà dit!

-Et si on partait ensuite en ballon, comme dans l’île mystérieuse! Accroche-le à la ficelle!

-T’es trop bête, celui-là ne va pas s’envoler … 

-C’est pas grave, viens on lui fait une nacelle, on a une grosse bobine jaune !

-Les enfants, je viens de marcher sur la lettre Y! Qui range la boite de Scrabble? 

-On en a besoin pour la piste de décollage !

Des bruits dans le couloir, des éclats de voix d’enfants… Les yeux papillonnent.

L’air est déjà très chaud, saturé de parfums d’herbes coupées, d’effluves de menthe, de sauge, de pierres sèches et de chênes truffiers. La paupière mi-close observe la chambre autour – connait pas- la respiration revient vers le corps qui se réveille là, posé sur le matelas, les draps en boule.

Des sons d’harmonica et d’accordéon me tirent un peu plus du sommeil. La fête de ce soir se prépare, c’est vrai… C’est pour ça qu’on est venu. Nos corps moites se dénouent, au bord du réveil. Ce matin, mon ile mystérieuse restera inabordée, le Manitoba terre lointaine. Un soupir le regrette. Mais bon…

J’entends jouer les enfants de la maison. Je reste un moment à me délecter de leur fertile imaginaire. Je laisse les embouteillages brumeux des souvenirs s’étirer comme un voile dans l’azur. Je me lève, et dans l’entrée, j’enjambe le pont extraordinaire en Duplo, les pavés de Scrabble, l’ile de Jules Verne et les paysages de l’enfance qui se déroulent au hasard du terrain de jeu, par terre. Les deux aventuriers remarquent à peine mon passage. L’enfance exalte la liberté, l’humour.

J1 après l’embouteillage… Vacances au bout du monde quelque part en France… Ça sent bon le champ des possibles et l’échappée belle.

©Véronique Bonnet

1h01mn30 : « on se découvre en regardant » …

POUR LIRE TOUS LES TEXTES : c’est ICI, ou LA !

La face cachée de la lune : agenda ironique de juillet


-Creusez encore plus vite !

-ici!

-J’aurais dit plutôt par là, Howard …

-C’est vrai, mais ne me faites par attendre, Howard, vous voyez quelque chose ?

-Lord Carnevon, là, nous touchons au but. Ça fait vingt jours que je fouille autour des marches d’entrée du tombeau, puis nous avons découvert une première porte. Elle était intacte depuis l’inhumation puisqu’elle portait le sceau… Vous n’êtes là que depuis trois jours et nous voilà devant l’antichambre…

-Pas encore …

-Rendez-vous compte, peut-être si proche d’une tombe jamais visitée…Quelle chance fabuleuse que ce berger nous ait indiqué sa trouvaille, des marches dans le désert… Si nous parvenons à notre but, je lui accorde une photo avec l’un des bijoux du pharaon autour du cou !

Que voyez vous Howard Carter?

-My god…

-Carter, que voyez vous? Laissez moi passer !

-Regardez par le petit trou…

-C’est incroyable…

-Oui, d’abord, la Coupe des souhaits, en calcite, magnifique…Quelle finesse !

Dégageons un peu l’entrée…

-Attendez-moi ! Et ne la saisissez pas toute suite, avec toutes ces histoires de malédictions, on ne sait jamais; prenez d’abord le temps de jeter un œil tout autour.

-Mais qu’est-ce qui vous prend Lord, de colporter ces croyances archaïques? Bientôt il va vous pousser des poils entre chair et peau et vous ferez un parfait loup garou au sortir de cette grotte…

-Ne riez pas Carter, je ne plaisante pas. Mais vous, avec votre fâcheuse tendance à vous zébrer de rouge quand vous vous grattez, vous auriez bien le rôle du sorcier, il me semble! La marque du diable, disaient les inquisiteurs… Le bûcher direct !

-Comment savez vous que j’ai un dermographisme?

-Je n’en sais rien, mais avec toutes les piqûres de moustiques dont nous souffrons, je vois bien, cher ami,  vos avant-bras comme fouettés par des orties !

-Allez-y … attrapez la coupe …

-Quelle merveille… C’est la coupe des souhaits… Celui de Toutankhamon était d’être à jamais éternel! C’est chose faite,  maintenant que son nom va faire le tour du monde !

-Approchez les torches ! Par l’amour de Dieu… tous ces objets…

-On dirait que pharaon ne voyagera pas tout seul en Europe ! Sa majesté a toute une cour !

-Et ses protections : regardez cet oudjat! C’est l’œil gauche d’Horus… Son œil droit est le soleil … Puissant symbole associé aux rites funéraires, l’oudjat est associé à la lune et ses phases.

L’œil gauche, blessé par Seth puis guéri par Thot, c’est l’astre nocturne qui disparaît et réapparaît dans le ciel. La lune, dans son cycle de régénération représente l’espoir de la renaissance pour les défunts égyptiens.

-La face cachée de la lune, devient révélation de vie, union des contraires… pas vers l’unité. C’est prodigieux… Howard, nous sommes bénis des Dieux, et ces égyptiens parlent de vie pour aller dans le monde des morts. Quelle universalité …

©Véronique Bonnet

Symbole de renaissance : Le dieu-soleil empruntait différentes formes : un homme, un faucon, un bélier, un homme à tête de faucon ou de bélier. Al’aube, il prenait la forme d’un scarabée. Tous les soirs au crépuscule, les scarabées s’enfouissent dans le sol pour n’en ressortir qu’au lever du jour, poussant devant eux une grosse boule de bouse. Chaque matin, le dieu-scarabée Ré-Khépri réapparait et dans un même geste pousse le disque du soleil au-dessus de l’horizon. ( extrait de l’exposition Toutankhamon, Paris, grande halle de la Villette, juillet 2019)

Je connaissais moins la face lunaire d’Horus…

Voici donc ma contribution à l’agenda ironique de Juillet organisé par Louise de Mathurinades et Coquecigrues .

André Malraux, à l’occasion de l’exposition Toutankhamon, en 1967, au petit palais où 50 des 5318 pièces avaient été exposées déclare dans son discours :

« Ce qui parait ici, dans cette présentation si particulière, c’est l’incroyable leçon que l’Égypte aura pu donner sur la vie. On a écrit depuis Champolllion que c’était le pays de la mort . Cet art , qui est si souvent funéraire , n’est jamais proprement funèbre, autrement dit, l’Egypte n’a jamais connu le squelette. Ce qu’elle allait chercher dans la mort, c’est précisément la suppression de la mort, le fait de concevoir la vie humaine comme une éternité. »

Photo de début de page : Sculpture dans la jardin de Marta pan , Saint-Rémy les Chevreuse

slam ironique

Le thème de l’AGENDA IRONIQUE de juin que je vous propose : Voilà l’été !! TOUTES LES FOLIES ET DERISIONS SONT BIENVENUES, MAIS… votre texte fera suite à ce début de la chanson « les mots » de la rue Kétanou).

Voilà ma tentative à l’agenda … Pas si facile de raccrocher le propos, j’avoue…

« Approchez, approchez mesdames et messieurs car aujourd’hui grande vente aux enchères! Dans quelques instants de jeunes apprentis saltimbanques vont vous présenter des mots! Un mot pour tous, tous pour un mot!
Des gros mots, pour les grossistes,
Des mots de tête, pour les charlatans,
Des jeux de mots pour les artistes,
Des mots d’amour pour les amants. »

« Un mot pour tous, tous pour un mot »… L’air a commencé à me reprendre sur le site de Chachashire, « différences propres et singularité ». De hameau d’amour en maquis-art et zones portuaires, aux limites limites, je me suis souvenue d’un petit rien composé pour des amis, après un voyage qui nous avait rendu à notre propre solidarité. Le petit « rien » à partager qui apparaissait là-bas si naturel, l’était moins ici dès le retour. Alors un slalom biz-art plus qu’un slam vrai j’avais composé, pour leur témoigner une tendresse, un machin, un baz-art. Allez, c’est l’été, j’ouvre la fenêtre du truc à l’air libre, des mots courts qui vont plus vite :

J’suis là dans mon falzart 

Je vous lis et ça repart

Non c’est pas biz-art

C’est sm-art, smurf, c’est du trip -art

Chacun sa quote part

Cot cot cot? 

Ça sonne comme un faire-part

Rancart, encarts, flambart 

Tout ça c’est plein de brocart

D’amour, pas de traquenard!

Pas de rempart mais un nouveau départ ! 

Salut les gaies- parts, les guêpes-arts, les guépards, les queutards !

J’en perds le nard! Même pas fumé d’pétard! Même pas d’cafard!

Alors, qu’on soit les arpions en éventail, 

Ou à arpenter la vie dans ses artifices, 

Nous voilà, sans sacrifice, sans rockstar,

A sortir de notre coltard !      

Top départ !

©Véronique Bonnet

Organisé sur le site ce mois-ci, infos et participation :

) :https://poesie-de-nature.com/2019/06/02/agenda-ironique-de-juin-la-brocante-dete-cest-ici/

Agenda ironique de juin : la brocante d’été! c’est ici

A  mon tour d’accueillir l’Agenda ironique de juin, ce que je fais avec le plaisir anticipé de vous rencontrer dans vos bouquets variés…

Chers auteurs, lecteurs, abonnés, jongleurs de mots, oyez! oyez !
« Des mots de passe pour les méfiants et des mots clés pour les prisonniers», en attendant la caravane, voilà l’été et brocante de mots. Les négresses vertes et la rue Ketanou donnent le ton! ( le lien est au bas de la page pour les écouter). Laissez vous inspirer par leur ambiance…



Voilà l’été !! TOUTES LES FOLIES ET DERISIONS SONT BIENVENUES, MAIS… votre texte fera suite à ce paragraphe ( début de la chanson « les mots » de la rue Kétanou) :
« Approchez, approchez mesdames et messieurs car aujourd’hui grande vente aux enchères! Dans quelques instants de jeunes apprentis saltimbanques vont vous présenter des mots! Un mot pour tous, tous pour un mot! Des gros mots, pour les grossistes, Des mots de tête, pour les charlatans, Des jeux de mots pour les artistes, Des mots d’amour pour les amants. »
Il suffit de reporter le lien de votre texte ici, et n’oubliez pas, sur votre blog, de reporter le lien de cette page. Rendez-vous ici tout le mois pour découvrir les écrits et à la fin du mois pour les votes!
À très bientôt
Véronique

De l’explosion à l’éclosion

drapeaux de prières au Tibet, « les chevaux du vent »

De l’explosion à l’éclosion, de la colère à la fulguration créative

Un texte écrit il y a plusieurs années, ce soir j’y repense, je le poste…

Un repas de famille qui tourne à la mauvaise humeur générale, une nouvelle qui hérisse, un accident qui énerve, un désaccord dans la relation, une société réactive. Mais que dit la colère? Un texte en fusion de moments qui cherchent à dire…

L’azur est là, en beauté évidente, dans l’après-midi d’été. Le bord de mer se laisse écouter, inspirer. Tout comme la brise qui circule et rafraichit la peau, fait sécher les gouttes d’eau, laisse un goût salé au bord des lèvres. Le temps s’étire sur la plage, soupire, le corps somnole, sous un soleil aussi éclatant qu’écrasant. Soudain, il me semble percevoir un écho…Là-bas, une querelle dans la rue, ou peut-être un cinéma, qui s’anime : 

Quand tu te sens démuni, quand tu ne comprends pas ce qui arrive, écoute la vie qui circule en toi. 

C’est comme un flux le long d’une île assiégée par les vagues, où l’eau trouve toujours son chemin, comme tout problème une solution.

Tentative de solution échouée ? Peut-être pas la bonne solution.

Ça commence par une poubelle lancée violemment par le Mistral sur la voiture en marche, dans une rue, au centre de la Ciotat. Evitée de justesse, elle explose le rétroviseur droit. Sortie de je ne sais quelle impasse. C’est curieux. Un effroi silencieux saisit les passagers puis une colère éclate.

Pourquoi, ce volcan dévoreur réveille-t-il en miroir, l’homme et la femme ?

Où sont les besoins à dire ? Sont-ils mangés ? 

Et puis le vent, soudain semble injurier les arbres, les secouer comme les épaules d’un ennemi… Brouillon, mauvais caractère provençal. L’homme en est prisonnier.

La guerrière est réveillée, même si elle préfère vivre le cœur ouvert sur la souplesse des mots. La rafale attise le simple mégot tiède du négligeant, la braise du contrebandier, du pyromane des collines. La montagne s’embrase, sans discernement lorsque vent et flamme folle s’enlacent. Le tourbillon des danseurs est désastreux. 

Les mauvais feux solaires du masculin et du féminin brûlent stérilement, ignorants la profondeur de leur être.

L’un provoque, allume la flamme, et l’autre souffle sur la braise, comme avant, sur le foyer du camp. Mais où est passé le gardien du feu ? 

Quel mot perdu, quels maux, l’explosion cache-t-elle ? 

Et ce vent, dans sa façon insistante et répétitive de secouer les volets, semble une entité malfaisante. Les serpents sortent des trous et les langues s’aiguisent. 

Amenée par une tornade d’un ancien temps, la colère avait besoin de corps pour s’embraser. 

Aussi vrai que l’amour a besoin de corps pour enlacer, embrasser.  

Pauvres marionnettes. 

La mer toute ridée hier, comme soucieuse, est d’allure magnifique ce matin. 

Que pourrait calciner ce feu pour être régénérateur ? La répétition du scénario ? 

Mais, regarde, regarde, voyageur, gare à la forge maléfique où peut se fabriquer un soufflet amplificateur plus grand encore. Personne n’en bénéficiera. Quoi que… Qui se nourrit du mauvais tison, d’une trace ancestrale, à son corps défendant ? 

Un écho, un ego sans signification se perpétue dans le couloir du temps.

Ça commence par une poubelle lancée violemment puis la terre éructe en désordre son indigestion. 

Alors, comme tout est dit, tout est libre de repousser, si l’intention est posée. Ouvrir la porte du malentendu. Mal entendu ? Pardon, c’est entendu.

Une résolution.

La Méditerranée nargue l’homme et la femme, le cap Canaille aussi.

Enfin, les corps peuvent respirer, se remplir de douceurs, comme l’oreiller du matin que l’on tapote. 

Faire ensemble, il leur semble.

Ouvrir le cœur, comme on ouvre les volets, sur la surprise d’un beau paysage, d’une chevauchée à deux aux parfums sauvages et au vent caressant.  

La terre accouche d’un couple.   

Comme les compagnons d’Ulysse, il avait ouvert l’outre d’Eole par imprudence, et libéré les vents contraires.    

Combien de volcans les hommes de cette terre, de Méditerranée et d’ailleurs auront-ils besoin de faire exploser avant de faire la paix ?

Avant même de commencer la guerre, la paix les attend déjà. 

Et patiente, encore, silencieuse.

Regarde, regarde, cette lumière au reflet singulier. Ça change tout ! Un arc en ciel ? Il semble si proche, c’est doux, un cœur de soie ? Non, au cœur de soi ! Oui, toujours, l’élan vital jaillit de quelque part et de toute part.

Peut-être sera-t-il seul sur une terre polluée, stérile et déserte, peut-être est-il déjà partout, semant, comme des petites graines fantaisistes, ici la paix et là, l’amour, l’humour aussi, et toutes ces couleurs singulières, en chaque être humain !

C’est un air qui colle et fait décoller, de Charybde en Scylla, jusqu’à la découverte du passage, du pas sage, c’est possible, car ce n’est pas sérieux, de l’arme honnie à toujours plus d’harmonie. Ecoute, écoute ! 

©Véronique Bonnet

Sensoriel

Energumène, maringouin et lambrusque schizophrène: c’est l’agenda ironique de mai!

Des draps blancs bleutés dans la lumière

Une chambre aux couleurs naissantes,

Les corps se réveillent en sensations pressantes

Qui descendent dans la chair,

En orange en rouge carmin,

Dans le clair-obscur du matin.

L’appel pour l’homme, la femme 

A laisser le naturel, le sensoriel, le pluriel, 

Prendre là, tout l’espace en jeu.

Le froissement du drap, 

Le premier chant d’oiseau

Le frisson juste après le baiser furtif, 

Un soupir,

Le miaulement des chats, les griffes sur le fauteuil en osier

-Arrêtez, espèces d’énergumènes ! 

Le ron-ron qui approche.

Les corps, doucement se sentent, se mêlent, 

Se dissolvent, se résolvent, 

Vers de schizophrènes scènes

Zappent vers de grandes contrées,

Aux images tendues vue d’avion, 

Dunes alanguies d’un pays lointain, 

Paysages verdoyants sans nom.

Champs de blés qui divaguent, 

Peaux léchées par les vagues, 

Plages sublimes où le maringoin vient s’échouer,

Vaincu par la chaleur torride et les embruns salés.

Tissus chamarrés de mille vies

D’ondulations en contorsions de lambrusques 

Les lianes courent sous la peau

Les sens, les corps et l’esprit en fusion,

C’est si beau

Quand la montagne rejoint la vallée, 

L’espace d’un calin

Dans un grand frisson,

Un plongeon opalin.

                                   ©Véronique Bonnet

Merci de votre passage ! Des mots inusités ne vous auront pas échappés : Ce texte est ma participation à l’agenda ironique de Mai, organisé par le blog de La plume fragile, et Laurence, de Palette d’expressions :

https://wordpress.com/read/blogs/138660189/posts/777

https://palettedexpressions.wordpress.com/2019/05/01/voici-le-mois-de-mai-agenda-ironique/comment-page-1/#comment-19938

En quoi cela consiste ? Écrire un texte, une ligne ou deux, ou plus si l’inspiration s’envole, sur un thème donné en essayant d’user d’une imagination florissante pour placer quelques mots ubuesques, méconnus ou peu usités dans notre vie de tous les jours.
Car, en mai, fais ce qu’il te plaît ! MAIS !… MAIS ! Un peu de folie fait toujours du bien à l’esprit. Ces mots ce mois-ci sont : énergumèneschizophrènemaringouinlambrusque

Instant d’équilibre

I

Quand la conscience du fil grandit,

Quand l’intérieur s’accorde, 

Et les liens se tissent au dehors,

Quand l’imaginaire dessine des ponts et des merveilles,

Des monts, et des cristaux,

Des terres à délices, des prémices d’Alice,

Quand le moment est capturé, non pas par une photo 

Mais par les filtres sensoriels et l’invisible subtil, 

L’instant peut alors se respirer

Et le corps s’allonger en étoile sur la pelouse…

Magique comme le violoncelle de Yo-Yo Ma jouant les suites de Bach…

Perdre la notion du temps n’est pas loin. 

Entre lâcher prise et discernement, 

Equilibriste de vie, 

Profite!

©Véronique Bonnet


suites pour violoncelle seul de Bach

Chut…

Eclipse de lune sur le lac Majeur, photo Alberto Negro, le 21/01/19

[

« On confond le monde et la vie »

Henri Gougaud



La vie ne s’écoute pas seulement dans le bruit que l’on fait…

Ecoute le silence, dit la lune

©Véronique Bonnet

L’une


Au cœur de la lune, 

Au clair de la nuit, 

Parlent les histoires de rhunes

Et les ressentis en pluie. 

La marionnette sent le fil de vie la traverser, 

Et le souffle la transformer en être de chair.

La chouette a donné sa plume, 

Et le feu reprend sa place

Là, dans la poitrine,

Dans le cœur de la femme.

Le bois crépite et fume 

Dans le silence de la nuit

En écho aux palmas des musiciens

Les flammes dansent et appellent le lien de vie. 

La robe à volants, la chevelure libre,  

Épousent le mouvement de la flamenca.

La gitane aux mains ondulantes 

Danse avec son ombre.

Je la vois, là…

Le rythme et le son résonnent encore dans mon ventre, 

Ramenant, les pieds, le corps à la force de la terre, à la poussière qui vole

Et les vibrations se font comprendre 

Aux confins de l’être voyageur, dans les zones brûlantes et folles. 

Au cœur de la lune

Au clair de la nuit

Dansent, dansent les brumes

Et la lumière des cœurs éblouit. 

Au cœur de la lune

Au creux de la nuit 

Dans la chaleur de nos bras, 

La danse à deux, le monde en folie

Et la lune luit.

©Véronique Bonnet

Voilà l’horizon

`


La géométrie fine tranche le vertigineux camaïeux.

Entre ciel et mer émergent la netteté d’un mât, d’une voile.

Il vient à l’esprit songeur une étrange poésie…

L’homme trace les limites de la nature. 

Il dessine et magnifie les paysages, 

Il crayonne lignes et contours des plages.

Il plante, taille, construit mais laisse flotter les emballages.

Plus belles seront les vacances en absence de pluie.

Il mélange les sons, les odeurs, et goûte à tout. 

Il veut posséder le temps, a une trajectoire de fou` 

Quand l’environnement est rythme de vie.

Il aime à repousser ses limites mais contrôle celles de la nature,

Quitte à stériliser la terre qui le porte.

Il embauche les meilleurs financiers pour ses factures

Mais ne sait pas compter les réserves naturelles.

Mais le paradoxal, c’est « tout le monde et personne »…

Alors,  changement ou lettre morte ?

©Véronique Bonnet

Reflets

Tu peux passer ton chemin ou t’abandonner à l’instant…

Regarder l’envers du décor, et entrer dans un autre plan.

Au travers du reflet scintillant du lac,

Dans le tendre jeu de lumière sur le vert feuillage.

Vois, par-delà la forme, la poésie en voile d’amour qui nimbe ton voyage.

©Véronique Bonnet

Un jour, une nuit

Nulle part, partout,

j’arrache les mauvaises herbes,

Celles qui étouffent.

Et je découvre la fleur vivace. 

Je laisse monter le début d’un chant,

C’est un bourdonnement bienveillant.

Je réponds :  » présente  » à la vie.

     ©Véronique Bonnet

Tu es

11 novembre 2018

Tu es…

Le temps s’est tu, il a chu, le long d’une pente vertigineuse, boueuse, sanglante.

De ce grand silence après la guerre, il reste des pierres froides gravées,

Presque inhumaines, normalisées, dressées au milieu des villes…

Et  ces statistiques qui noient le singulier, le précieux…

Tout juste après la déflagration, les confidences sont chuchotées aux sourds,

Et les films comiques revêtent l’impensable d’un sourire…

La nausée  ravalée…

Aujourd’hui, tu es parole retrouvée, flamme choyée…

©Véronique Bonnet

Fût-il essentiel

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Choisis une marche dans l’escalier qui mène au jardin,   

Il y a toujours une marche vers un jardin…

Au creux d’un moment vert qui n’était pas annoncé.

Tout est ouvert …

Pose au loin ton  regard dans cet espace qui te reçoit,

Et tes fesses sur la pierre fraîche. 

Les lavandes et la sauge, côte à côte,

Ont l’effluve vivace qui parle, 

Et les oiseaux, le piaillement chamailleur. 

Un ballon roule, rebondit dans un bruit mat jusqu’à tes pieds.

Il apparaît, là, dans le flottement, 

Le flacon jaune, qui tinte de la petite bille d’acier. 

La boule danse dans le couvercle décoré d’une illustration un peu désuète.

Souffle une bulle au travers de l’anneau, 

Et bats des cils…

C’est juste le temps nécessaire pour que l’air fasse tournoyer l’apparition,

Que le tigre passe le cercle de feu, 

Juste le temps nécessaire pour voir chatoyer les rondes d’enfance en arc en ciel,

Avant que la bulle n’éclate au bout du nez…

Le rire fuse : Te voilà reconnecté à ce futile essentiel,

Du coin des yeux, du fond du coeur…

Là, au fond du fauve,

Te voilà ! Face à ta tendresse!

Ce nid silencieux, tu peux le garder, 

Au sein du plus petit en toi,

Tant il est vrai que dehors,

-Même pas peur-

C’est parfois le vacarme inaudible et nuisible, 

Qui éteint l’essence et arrache un cri au cœur.

 

©Véronique Bonnet