Agenda ironique de septembre 2020 : les textes ( et votes)

#agendaironique

Tous les textes : Ce mois-ci, je vous proposais de vous mettre dans la peau d’un animal pour écrire une histoire contenant 4 mots imposés et deux phrases de Lewis Carroll. Les explications ICI. ( les humains étant autorisés par ordonnance express à entrer dans le conte…)

Un début d’Automne lumineux, et ici le panel d’animaux conteurs réels ou imaginaires; défilent : vies de chiens et de chats, un crapaud précieux, silhouettes nocturnes esquissées, éléphants et suricate sur le chemin dérangés, insectes velus en bataille, un certain pangolin qui veut découvrir la ville, un escargot voyageur, Dahu et Haguis, un oiseau qui déploie ses ailes, et une fable pour la route, le corbeau et le chestshire … Vous avez jusqu’au 27 septembre pour déposer votre contribution : LA, dans les commentaires; je la rajouterai dans la liste ( au dessous). Vote (très très sérieux, n’est-ce- pas, comme toujours) en fin de mois. Vous savez tout ! Bonne lecture à vous et belle journée !

Au 27 septembre, nous voilà avec un bestiaire de 12 textes que j’ai eu grand plaisir à découvrir au fur et à mesure. Merci de vos participations toutes originales ( et bon courage pour les votes )… Au 31 pour les résultats et passer le flambeau du prochain organisateur !

  • Errances ( Rowane Mayfair, Eclats de plume )

https://eclatsdeplume.blog/2020/09/05/agenda-ironique-de-septembre-2020-errances/

©Véronique Bonnet

Votes ( jusqu’au 30 septembre) :

Eh bien eh bien… Bravo à carnet paresseux et son fameux corbshire qui a eu le maximum de suffrages… suivi d’Emmanuel Glais et Dominique Hasselmann. Merci pour vos participations et échanges pleins de bulles et de pétillants! D’ailleurs, regardons l’heureux organisateur du mois prochain : Carnets paresseux et, ou Victor Hugotte, nous allons très vite le savoir … Un bel automne à vous

Véronique

Il se peut que tous vaguaient

#agendaironique

photographies Laurent Moreau

Les broussailles et la poussière… Je me roule dedans avec un grognement de contentement au matin, pour retirer les insectes de mon cuir tendre… A peine redressé, mon pied passe sur une flaque de boue bien lisse. La terre sent bon, elle est si douce que je glisse dedans avant de m’enfoncer en hoquetant de bien-être et de fraîcheur. 

C’est alors que je perçois un piaillement derrière les herbes touffues :

« J’ai entendu dire que quand on est perdu le mieux à faire c’est de rester où on est et d’attendre qu’on vienne vous chercher, mais personne ne pensera à venir me chercher ici… Et puis te voilà ! Ballot d’éléphant, au lieu de me dévisager, aide-moi, je suis en train de couler. »

Je tombe nez à nez avec un drôle de suricate empêtré, sauf de la langue… Curieux, je pourfends la boue pour aller vers lui, prête le flanc et laisse le petit à grimper sur mon dos.

-Merci mon grand, je t’ai déjà vu la saison passée près d’ici… 

Aux appels du groupe, je me dégage du marais et accélère, toutes oreilles battantes pour rejoindre l’arrière train de ma mère pendant que le suricate disparaît dans les fourrés où ses semblables l’appellent.  

La longue marche reprend, encore et encore. Les éléphants sentent le chemin à prendre et avancent l’un derrière l’autre. Le soleil est déjà bas quand le convoi passe au milieu d’une construction d’humains. Nous empruntons un trajet ancestral, bien antérieur aux lodges des humains installés là.  Nous passons une grande cour aux objets étranges,  plus drôles que les petits animaux avec lesquels je joue d’habitude, au milieu de villageois qui viennent  d’ailleurs avec leur peau couleur d’ivoire et leurs gros colliers noirs. Ils nous suivent en gloussant comme des autruches. 

Au sol, un bois lisse, brillant, plus doux que les acacias de la savane , que la glaise près de la source. Je me couche un instant, pas plus longtemps que lorsque je me douche dans la rivière. Et je pars loin, immobile et léger, alors que les humains circulent autour… 

-Il dort au milieu du hall d’hôtel ce petit?

L’aïeul bat ses oreilles et de la trompe, se balance, courroucé qu’un jeune accorde sa confiance si facilement. 

– On ne va quand même pas s’éterniser ici. Il dort ou il est en train de gésir? dit le patriarche, dans un long barrissement. 

Ce à quoi l’humain derriere le comptoir répond : 

«  Tout flivoreux vaguaient les borogoves »…

-Évidemment, chef, barète un grand éléphant près de lui,  je ne parierais pas mes oreilles sur ce qu’il raconte mais au moins ils ont l’air d’avoir compris que nous suivons notre route… 

-Oui, pas sûr… Allez me chercher ceux qui sont  partis dans la grande grotte transparente!

Je me redresse à regret, ébroue trompe et oreilles disproportionnées et retrouve l’ombre des grandes pattes de mes congénères.

S’en se presser, ni même rien casser le reste de la troupe progresse dans le hall d’hôtel.

Je vois l’un des nôtres dans une maison transparente comme l’eau  qui s’amuse à tout regarder, tout toucher, puis sort sous l’œil amusé de l’humaine près d’elle. 

Le groupe repart avec lenteur, tout droit… Et le chemin les entraîne vers une autre journée, une autre nuit étoilée, une autre journée, une autre nuit étoilée, un matin éblouissant, un coucher de soleil cramoisi, des baobabs aux branches racines caressant le ciel, des villageois à la poésie sybilline, d’autres pas d’éléphants, d’autres rêves d’éléphants…

Et la ligne les absorbe jusqu’à ce qu’ils soient filigrane dans la lumière du couchant, horizon lointain émouvant, au coeur de l’Afrique, juste un point dans la longue-vue.

Alors la poésie de la savane parle aux hommes de sensations subliminales, d’impressions tendres, de terre rouge comme le coeur, et de force immémoriale tant que passent les familles d’éléphants.

Quoi, suricates, vous dites que tout cela manque l’humour? Ne soyez pas d’humeur chafouin… Imaginez juste ces mastodontes traverser un hôtel en pleine savane parce qu’il est placé pile poil sur leur route ancestrale, fureter dans le magasin de souvenirs pendant qu’un petit s’endort innocemment en plein hall. Regardez-les tendre la trompe aux touristes ébahis puis passer et reprendre leur chemin… Les voir s’éloigner en rythme, petits et grands, en fesses chaloupées est réjouissant. Car du petitou naît le rien qui émeut. Et l’on sait, que le petit tout peut faire vibrer, aussi vrai que « émouvoir » vient du latin  « emovere », « mettre en mouvement ».

Alors, comme dit si bien le griot africain pour qui sagesse est affaire de chacun et de tous :  «  Tout flivoreux vaguaient les borogoves;

Les verchons fourgus bourniflaient. »

©Véronique Bonnet

Voilà pour ma participation à l’agenda ironique de septembre 2020! Organisé ici, sur poesie-de-nature, je proposais de vous mettre dans la peau d’un animal, raconter une histoire contenant les mots : longue-vue, chafoin, gésir, chemin, et utiliser deux phrases d’Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll. Pour toutes les explications, ou pour participer aussi à ce jeu d’écriture hébergé chaque mois par un blog différent : c’est ICI

Rendez-vous à la fin du mois pour lire tous les textes proposés …

Exposition Laurent Moreau Paris Septembre2020 à Janvier 2021

Merci à Laurent de m’avoir autorisé à illustrer par ses photos

Agenda ironique septembre 2020

#agendaironique

(photos Laurent Moreau : Emotions animales)

Ce mois-ci, l’agenda ironique de SEPTEMBRE 2020 se déroule sur poesie-de-nature. Certains sont habitués à participer régulièrement, d’autres pas. Sentez-vous libres de venir!

Il s’agit d’écrire votre texte et le poster ici même dans les commentaires avant le 27 septembre. Nous aurons alors jusqu’au 31 pour lire et choisir (tout-à-fait sérieusement…!) les 2 préférés ( et accessoirement, celui qui organise l’agenda d’après… ).

Pour d’autres infos ou voir les agendas passés : c’est PAR LA et LA

Nous voilà donc à la proposition du sujet du mois : raconter une histoire contenant les 4 mots suivants :

Longue-vue, chafouin, gésir, chemin 

En vous mettant dans la peau d’un animal de votre choix.

Et en intégrant la phrase et les deux strophes suivantes (Lewis Carroll dans Alice au pays des merveilles) :

« J’ai entendu dire que quand on est perdu le mieux à faire c’est de rester où on est et d’attendre qu’on vienne vous chercher, mais personne ne pensera à venir me chercher ici. »

et

«  Tout flivoreux vaguaient les borogoves;

Les verchons fourgus bourniflaient ».

A vos plumes et poils de tous bords pour cet agenda de rentrée, en fables, affabulations, ou autre forme ! Toute la création peut être invitée, les animaux imaginaires bien sûr. Les humains sont autorisés à passer dans le paysage aussi…

Une belle rentrée à vous et à bientôt ! J’attends avec une petite pointe d’impatience le début des textes…

©Véronique Bonnet

Photos : LAURENT MOREAU

exposition 2020

 

Coquillages et coquecigrues

#agendaironique

Cet été, c’était donc retour à la plage… d’une façon ou d’une autre avec le thème proposé par IOTOP, du blog  » le dessous des mots » pour l‘agenda ironique d’Août 2020 (KECEKECE ici l’explication de ce jeu d’écriture ou : ICI). Dans l’envie  de souffler, de partager, de rêver, de laisser  venir l’inspiration, au gré de l’imagination, de marcher, de rire, de bouger, de ne rien faire, de s’émerveiller devant la vitalité de l’été, tout est là. Un thème : la plage, réelle ou pas, des mots imposés en contrainte d’écriture ( flot, argile, perche, monoï).
Donc ma participation, limite dans la plage ( avant le 26/08) , la voici :

Un coquillage posé sur une étagère comme autrefois sur la plage, dans un ailleurs intemporel… Bien sûr que même sans approcher l’oreille de la conque, chuchotent déjà en moi les flots bleus, le ressac et les vagues lentes. Cette danse lancinante que j’aime s’anime.

Plage d’été, plage arrière, plage d’un CD, plage de silence… Sans pause, pas de rythme, pas de musique, pas de respiration. Le retour à la plage, c’est une oscillation, d’une façon ou d’une autre et l’inspiration d’un voyage.

Allongée sur le ventre, dans la chaleur de l’été atlantique, les pieds battent dans le sable et retombent dans le creux frais dégagé par les orteils.

Le chapeau de paille laisse passer une discrète brise. Elle sèche les gouttelettes de sueur qui perlent sur le front, le bord des lèvres… C’est salé. L’océan est si présent en moi que je m’imagine être ce coquillage de la grève, plus près des vagues voluptueuses qui s’écrasent à grand fracas sur le sable fin.

Les cheveux humides ont le parfum du monoï ; l’ombre aérée du chapeau me rafraichit et laisse filtrer des raies de lumière. L’odeur de la paille chaude sur ma peau. Je ne sais plus si je suis à la campagne ou à la mer. Je sais m’étaler mieux que mon chat et je le prouve en m’étirant encore plus…

Une vague fait crier au loin. Je me souviens amusée du temps où j’étais la grande perche qui sautait avec délices dans les vagues. Je lève un coin du chapeau, ouvre un œil, soudain attentive au mouvement, à la couleur changeante des flots.

Le va et vient de l’eau lèche la grève, l’épouse, se retire avant un nouvel assaut. C’est beau la nature… Le coquillage en a été délogé et se fait ravir par une grande lame. Des cris en cascades et des tombés de corps en rafale lorsque les pieds des baigneurs semblent d’argile, pris par un courant. Ils ressortent tout pailletés de sable dans les cheveux et reviennent vers moi.

Je replonge le nez dans la chaleur sèche de mon bord de serviette, pas du tout sûre de vouloir être éclaboussée au creux de ce délice circulaire.

©Véronique Bonnet

Agenda ironique de juillet : haiku argentin

Illustration Zach Mendoza « landscape painting » et « boooom »

Perchés sur l’arbre à Théâtre, ils palabraient. 

De bris de mots en maux tarés, elle se sentait en bords de poème, la rime flottante et la côte mal taillée.  

Pour cause, elle travaillait son haïku argentin. 

Le baron perché prit la suite du logo-rallye. Il tenta une rime bisexuelle qui ne fit réagir personne. 

Il crut voir rouge quand l’un de ses compères vint déclamer sa prose, en chaloupant autour d’un axe de pool danse. Un bris de mots plus tard, il hoquetait sur des locutions introuvables, et alla se réfugier dans le feuillage. Suivit un poème fondu enchaîné et des rubans de couleurs furent déployés dans l’azur du ciel. En bas, tous sautaient de joie. 

Sous le vacarme et la lumière, ils décidèrent alors de faire panache commun…  Le baron dans toute la rousseur de sa crinière, déclama : 

«  Douceur     ET chaleur

Au creux des REINs enfiévrés

Mes bras        TE      serrent.  » (*)

Elle entendit l’étreinte…  

Elle prit le livre près d’elle – Manon Lescaut –  l’ouvrit au hasard et lut la réponse   : 

« Après avoir soupé avec plus de satisfaction que je n’en avais jamais ressenti, je me retirai pour exécuter notre projet. »

©Véronique Bonnet

(*) Haiku argentin : écrit par Remi Ge ( un nom de plume, à coup sûr…)

Voilà pour ma participation, un peu tardive à l’agenda ironique de juillet, le blog itinérant d’écriture, hébergé ce mois-ci par Emmanuel Glais. Emmanuel nous demandait d’imaginer un texte en contrainte d’écriture choisie parmi les oulipos ( ICI) , et de débuter ou terminer par la phrase de l’abbé Prévost dans « Manon Lescaut » : « Après avoir soupé avec plus de satisfaction que je n’en avais jamais ressenti, je me retirai pour exécuter notre projet. », le tout sous l’augure d’une illustration choisie parmi les oeuvres de Zach Mendoza, que j’ai découvert.

Deux Haïku d ‘été

Le jour se lève. 

Sur la ligne à main levée- 

La vie s’étire.

La douceur de l’air

Crapaud au fond du jardin-

Deux peaux en accord.

_

©Véronique Bonnet

Trésor du temps : agenda ironique de juin

#agendaironique , gravure : Escher

« Il venait de se passer tant de choses bizarres, qu’elle en arrivait à penser que fort peu de choses étaient vraiment impossible » … Lewis Caroll

« L’été, la nuit les bruits sont en fête »… E. Allan Poe

« Encore une histoire fantastique ? Si tu veux…

Il était une fois, dans un temps si ancien qu’il est presque oublié – ou peut-être dans une dimension parallèle…ou quelque part dans le futur – il était une fois, donc, une population qui était obnubilée par le temps.

 Le temps était de toutes les discussions : « ma robe couleur du temps », pour l’une « le temps, le temps, le temps et rien d’autre », pour d’autres. L’obsession du temps était partout.
Il vint le jour où l’on donne cette information : Pour sortir de cette nasse, il faut se faire absorber jusqu’au point de libération …

-Posséder le temps ?

-C’est ce que tout le monde croyait , et devant la compétition, restèrent bouche bée. Néanmoins, c’est le début d’un jeu dont leur quotidien est la plate-forme. 

Pratiquement du jour au lendemain, tout est filmé partout, enregistré. On comptabilise tout de façon à avoir des données larges, reproductibles validant l’effet d’un groupe, lissant la singularité de chaque personne. C’est à qui capture le plus de temps. Les humains multiplient leurs activités, enregistrent le maximum de données, sur tous supports. Il faut des preuves tangibles. Ils se prennent en photos partout et par tous les temps ! Le jeu occupent plusieurs saisons télévisées.

-Et qu’est-ce qu’ils gagnent ?

-Un trésor doit se révéler… Le plus fort de ce jeu de télé-réalité géant obtiendrait la maîtrise du temps. Le jeu envahit la terre entière et devient virémique. 

-Tu exagères, grand-mère, il n’est quand même pas contagieux ce jeu…

-Mais pire que contagieux, ma chérie, il change les gens… 

Un des présentateurs tellement populaire devint même président de son pays. Les hommes voulant maitriser, se mettaient à éructer leurs émotions de façon incontrôlable. Ra-tio-na-li-ser, imaginer une procédure. Ça devint maladif.

-Pourquoi ?

-Mon petit, rationaliser c’était vouloir mettre une forme à quelque chose qu’on ne comprenait pas. A vouloir sortir de l’enfermement de leurs pensées, de leurs peur cachées, les hommes entraient dans un contrôle maladif d’un truc qui leur échappait.
Et pendant ce temps, le coffre contenant la solution restait bien caché, tu penses, au fond d’une grotte insondable, racontait-t-on. Mais personne n’avait encore rien vu de ses propres yeux, sauf les rares alchimistes qui osaient mettre le nez dehors. Après le règne du « Ondit » ou du Nondit, vint celui du « Maudit ».

D’ailleurs, la solution échappait à tout le monde car, plus on capture du temps, plus on le calibre, plus on se sent emprisonné par lui. Il y avait bien un jacquemart de ci-delà dans le pays, mais, les pauvres en perdaient leur rythme. Ils étaient sonnés.

Les épreuves se succèdaient d’année en année pour trouver la clé, en versions jeux-vidéos, applis téléphone, plateformes en ligne ClairG.

Une fois par an, un temps fort : l’épreuve du feu! Il s’agissait de sauter sans se brûler au-dessus d’un grand brasero. Puis à chacun de nourrir le feu avec tous les matériaux et autres déchets à sa disposition. Quand le feu est à hauteur, il actionne une porte. Dès qu’elle s’entrebâille, elle conduit au cœur du secret. Les maitres du jeu parlent du cœur des êtres. Mais le cœur déserte, ou viendrait-il à manquer ? Ça, personne ne le comprend vraiment. Un cœur, il y a belle lurette qu’on en n’a pas vu, avec tous ces mutants qui trainent en ville, leurs réactions calibrées comme les feux factices des restaurants, zygomatiques bloqués comme ceux des poupées.
Alors, les maitres du jeu donnent un indice : il est possible d’actionner la clé de vie, comme le faisaient les Egyptiens. 

-Grand-mère, tu mélanges vraiment tout…

-C’est vrai, mais l’esprit est une grande caisse à outils quand l’âme est cristal…Que d’anachronismes, c’est vrai, dans ces temps parallèles. 

-Bref, les gens de ton conte sont fous.

-Encore plus qu’on ne le croit ! De cette folie ordinaire qui leur faisait penser qu’ils pouvaient guérir d’un claquement de doigt, ou en appuyant sur un bouton. 

Certains, à bout, finirent par entrer par effraction dans le lieu qui attisait leur curiosité du toujours plus. S’affranchissant des règles, mus par l’excitation d’exister dans ce jeu, ils grillaient le temps, comme les limites, trichant, et sautant par-dessus le mur d’entrée.

Ils ne savaient pas que ça pouvait leur provoquer une fracture du cœur, ce voyage violent, cette accélération du temps. Un dérèglement du bouton « sentir » parait-il. 

Mais ils s’étaient laisser conter qu’une fois au cœur du jeu, le trésor alchimique se dévoilerait à qui sait écrire des hiéroglyphes avec une plume de serpentaire. On pourrait voir alors dans le miroir cosmique se transformer le plomb de nos histoires en or de la vie. 

Mais les hommes ne savaient plus l’alchimie. Ils avaient perdu une partie des données terrestres en changeant de planète TV et la boite noire du vaisseau n’avait jamais été retrouvée. Elle était restée quelque part dans le désert de la Kaléidoscopie. Et les émissaires des villes proches, Tantaculum et Myriador n’en avaient trouvé aucune trace.

Au fil du temps la transmission se brouilla. On finit par imaginer l’or, en richesse palpable, en fin craquement de billet de banque, en files de chiffres que l’on additionne et qui rassurent. 
-C’est quoi ce jeu?

Une autre histoire de feu qui a tendance à ne voir que lui. Il a si peur de disparaitre qu’il mange tout ce qui peut être brûlé pour grossir comme un soleil. Il brûle les ailes des rêveurs.

-Comme Icare ?

-Un peu. A ce moment, les hommes ne croient plus au soleil comme source de vie et de mort. Ils disent : On a trouvé : le temps, c’est de l’argent. 

Le vent du tant charrie un message si lointain que l’on n’en perçoit que le rythme d’un tambour lancinant et une tête d’indien auréolé de plumes d’aigles blanches et noires.

Ils vont sur la Lune et aussi sur Mars sonder les frontières de l’impossible. Plus ils vont loin, et moins ils voient que la solution est peut-être en eux-mêmes. Faudrait-il une machine plus puissante que tous les scanners, les IRM pour sonder l’étendue des ressources et des terres intérieures ? Pour entrevoir un changement ? Rien à faire, les hommes ne trouvent pas leur limite. Leur monde intime reste invisible. Qui va se souvenir de ce qui est déjà là au fond ? Tam-tam, toum-ta, toum-ta, toum-ta… 

Ils ne sont que projets, idées sans savoir s’ils sont heureux ou malheureux. Ils n’ont plus envie de jouer, juste se faire posséder et déposséder par le jeu.

-Tu me racontes souvent la bataille intérieure. Qui gagne ?

-Ce que tu nourris le plus, tu le sais.

Et là, le feu gagnait et les fascinait. 

« Hommage au feu ! » clamaient les anciens. « Au feu ! » disait la société de cette époque, enfin celle qui étaient restée sur la planète bleue chauffée à blanc. Leurs activités mesurant le temps détruisaient tout leur environnement au fur et à mesure. Et ils brulèrent tout par réactivité.

Vint le temps où cette histoire se raconta dans les livres d’enfants. Le feu devenait une image sur un écran d’ordinateur mural. Raconte-moi l’histoire du feu dira la petite fille à sa grand-mère, quelque part sur une planète. 

Mais on ne les voit pas autre part que dans l’écran, toutes les deux. Autour, tout est vide.

L’enfant se fige, incrédule : Explique- moi comment on en est arrivé là.

-Oui mon petit. Les anciens disaient que le feu crépite à chaque instant en douceur à l’intérieur de chacun d’entre nous, et qu’il nourrit nos liens, les transforme. 

Avant la première année du confinement, les hommes aimaient au solstice d’été, empiler des bûches en forme d’escalier menant à un temple éphémère. Et l’on mettait le feu à cette construction. 

Chacun imaginait aussi ce dont il voulait se débarrasser, et le mettait symboliquement dans le feu. On dansait autour des flammes puissantes, de façon joyeuse, en partage d’amitié, d’amour.

L’homme oublie souvent la plénitude de son âme, pour en faire un concept. La société valorise la consommation, la compétition, génère manque et frustration.

-Et comment ça se termine ton histoire ?

-Cent ans plus tard, le feu du pouvoir avait désincarné la vie entre les gens. 

Mais elle persistait, intacte, sous une forme énergétique que les humains ont pu protéger en l’enfermant dans ces boites, à partir desquelles nous nous déplaçons à la vitesse de la lumière. Pfff, de toutes façons, tu n’écoutes plus, je m’arrête. 

La petite fille avait les yeux dans le vague. Dehors, trois lunes brillaient, magnifiques. La petite dit lentement : 

-Si, continue à expliquer.

-Ici, a court une nouvelle unité de mesure.Toute chose peut être vue non pas par rapport au temps qui passe mais à la vibration qu’elle dégage. Ainsi tu vois parfois des visages parcourus de rides profondes. Des sillons comme des chemins de vie incroyablement vivants et beaux. Ces personnes portent leurs histoires et en préservent l’élan au fond de leur cœur. Leurs yeux semblent plonger dans l’essence des choses et ils irradient. As-tu remarqué que d’autres, jeunes pourtant, paraissent éteints, gris ! Bla bla bla ! Tu me laisses parler, tu dors ?

-Non, grand-mère, je rêve… Et que sont devenus les chercheurs de temps ?

-Un petit groupe de combattants fut dépêché pour explorer une planète lointaine. Ce temps qui échappait fut fait prisonnier par eux qui pourfendaient l’air sans avoir la chanson. Les scientifiques qui fouillaient dûment le cosmos-tétradimentionnel se sont perdus en conjectures. Qu’importe pour ces aventureux…

La vie la plus forte, s’affranchit des luttes. A tout laisser tomber, le temps fut retrouvé. A bien regarder, il avait toujours été là…

La petite fille s’était endormie, le visage retourné vers la fenêtre. Sa grand-mère se mis à chantonner, dans la nuit claire, face aux trois astres, la petite phrase « J’ai rencontré une brouette, et j’ai pensé qu’elle me prêterait une oreille attentive… »

©Véronique Bonnet

Voilà pour ma participation à l’ agenda ironique de juin organisé par Laurence, de Palette d’expressions…

Elle proposait que nous fassions un voyage dans l’impossible, à partir de la phrase de Lewis Caroll « Il venait de se passer tant de choses bizarres, qu’elle en arrivait à penser que fort peu de choses étaient vraiment impossible » … pimentée de quelques contraintes d’écriture en plus… ( toutes les explications, et tous les textes du mois sur sa page )

Décontamination

Fin de matinée.

Cette femme ironise beaucoup sur la situation du moment. Elle évoque ses problèmes de loin, comme à son habitude, faussement détachée. A chacun sa façon de gérer.

Alors que la consultation est terminée, elle dit de but en blanc sur le pas de la porte : «  Et avec tout ça, mon fils, sa femme et mes petits enfants sont bloqués en Angleterre, pas moyen de les voir… » Nous échangeons quelques minutes puis elle coupe court, se met à rire et tourne les talons. Il est midi.

Je sors et fait deux ou trois pas avec elle, au soleil. A gauche les lavandes cavalcadent à la brise du zénith et devant les roses semblent briller de toute leur présence. C’est apaisant.

Je lance un improbable : «  Qu’est ce que les roses ont profité de ce beau temps, regardez, elles sont magnifiques cette année! »

La femme se retourne vers les buissons fleuris, puis vers moi. Son regard tente une ironie. La gaîté essaie de s’accrocher mais seule sa bouche sourit. Elle s’arrête, puis passe le portail.

Il gît au milieu de l’allée une sensation d’inachevée, de vide. Je m’avance encore au milieu des fleurs pour évacuer ce sentiment de vague malaise.

« Tu as planté ce jardin pour les autres mais aussi pour toi… Tu peux nous cueillir si tu le veux !! » disent les roses soudain  !

Je reçois le silence de midi cinq sur cinq, autre chose aussi.

Il est vrai, j’ai toujours préféré garder  les fleurs sur pieds, dans ce jardin où passe du public, tourner autour, les sentir, les regarder.

« Tu as le droit de nous cueillir… »

L’effet est immédiat… Je rentre précipitamment chercher un sécateur; je ressors et coupe sur les quatre rosiers les fleurs qui débordent. Je fais un bouquet énorme, que je ramène chez moi… Le soir, je remets ça… Sécateur, coupe, bouquet, sourire jusqu’ aux oreilles…

Cette fois, j’offre le bouquet à ma fille. Je prélève une fleur que je donne à mon fils en commentant : «  les fleurs, c’est pour nous aussi ! ». Nous éclatons de rire devant l’évidence. 

Depuis, je m’offre plus souvent les fleurs du jardin d’accueil. Les rosiers, quant à eux, s’en portent encore mieux, peut-être aussi parce que je les regarde encore plus.

©Véronique Bonnet

Le confin ne ment

« Je ne me suis jamais sentie vieille, mais grâce au confinement, c’est fait! »

dit Marie, au début de l’atelier de méditation. Adapté avec les outils numériques -qui l’eût cru?-, téléphone pour elle, visio pour les autres, nous voilà suspendus au retour de chacun, avant de commencer la séance. Et Marie est en verve.

Toutes ces règles sur les plus de 70 ans, elle les a vécues comme des mesures qui disent de façon maladroite la protection organisée. 

« En voulant protéger ainsi, vous nous enlevez notre vitalité » semblait dire Marie. 

La situation a révélé ce qui était là, sous l’iceberg. Une société basée sur la peur, engendre le désir du toujours comme le refus de l’aléa. Elle propage aussi la confusion par le paradoxe des annonces. Le monde du doute, de la suspicion, s’en nourrit, s’assombrit, en lieu et place de celui de la confiance et de la lumière. Savons nous ce que nous voulons nourrir, comme dit l’adage?

Que dire de l’effet déshumanisant des annonces des morts en direct, à portée d’oreilles d’enfants, du manque de lien, de la solitude ou au contraire de l’impact de la promiscuité? En retour de ce virus, j’ai fait l’expérience de l’impuissance dans un contexte où je ne pouvais m’appuyer que sur … ma respiration et le lien humain. J’y ai senti, au milieu de tout ça, l’explosion d’une liberté, celle de l’être au delà des murs.  J’ai ouvert mes carnets, mes écrits en attente, et j’ai écris encore, décidée à ne plus attendre. Et j’ai beaucoup aimé partager en visio… Qui l’eût cru? Même pas moi!

Au delà de la cabane, la liberté ressentie me porte. 

Alors, oui , Marie, bien sûr que je les vois tes yeux pétillants de vie, la poésie dont tu parles en t’excusant. 

Regarde, comme tes mots harmonisent  ton corps bandé comme un arc. 

Ce corps a fait des arts martiaux; il s’en souvient parfaitement. Tu le ressens révolté à l’idée d’une confiscation de la liberté d’être.

Le paradoxe dehors agit dehors aussi : « Profitez donc » semble me dire encore une fois l’allée de roses qui n’a jamais été aussi belle que cette année … 

«  Un petit masque, Marie, comme un écran, n’empêchent pas les cœurs de battre ensemble… Nous traversons cela… tu le sais bien, dans l’humour aussi, toi au téléphone et nous en visio, dans le même temps. Et nous ressentons quand même l’être ensemble de façon impressionnante. Un groupe porte et soutien, quel qu’il soit. Le lien est une clé.

 Écris tout ça ! » lui ai-je dis.

©Véronique Bonnet

… Et voici ce qu’elle m’a envoyé : 

Texte : Passage à l’état Vieux des confinés dès 65 ans

V…

« Soleil Vert » décliné en confinement

65 ans – 1 seconde, et à la seconde suivante

La rupture de cycle s’est produite sur le tableur,

Tu ne réponds plus à la scorecard du présent,

Ton mode d’adaptation à la circonstance demeure

Et la valeur française au XXIème siècle : le Vieux

Liée à bien des facteurs t’envoie vers d’autres cieux.

Vétéran, vieux, vieille, vieux con, vénérable, anciens, politiquement correct « seniors » attention

V comme virus, stop, danger, Covid..

A l’annonce, rendez-vous déplacés

Vie organisée sans ennui avec créativité

Action, réaction, bougeons, donnons

Ecoutons, tout simplement vivons.

Petit air d’été en mode Soleil Vert :

Les edelweiss regardaient le ciel

Les choucas battaient des ailes

L’air frais emplissait tes poumons

La neige jouait sur tes crampons

Le vent entonnait son refrain

Tu marchais vers les Ecrins

Petit air médiatisé made in France :

Et soudain, le couperet est tombé « vieux »

Ta forme s’est recroquevillée sous la sentence

Tu n’as pas vu venir les experts en aïeux

Alors que tu vivais avec la pleine conscience

De toute cette actualité tellement nourrie

Par bien des voies différentes et des non-dits

Quelles que soient tes compétences, l’humain est objet

Le sujet est décliné, et malgré ton adaptation

Il s’est généré un processus d’insertion

Pour te faire passer en une seconde de l’état actif

A l’état passif qui pourrait rapidement devenir létal

Si tu ne savais tirer profit de tes expériences en général

Voici venir le temps de continuer à croire à la vie et au présent

Voici venir si nous n’y prêtons pas attention un soleil verdoyant

Vieux tu es nommé mais la valeur n’est qu’une donnée

Vérité, contre-vérité, velléité, volonté, vertige et relativiser.

+1 seconde à la césure de la classification

©Marie Chevet

Voltige silencieuse

https://lmoreau-photographe.com/Photographe : Laurent Moreau


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Et soudain, 

Débrayage… 

Le temps suspend son vol

Oui, le poète, c’est arrivé.

Ça nous laisse la bouche ouverte

La terre qui se dérobe, 

Qui s’exprime dans ses paradoxes, 

Elle, jusque là exploitée. 

Dedans, la respiration peine à ouvrir les poitrines

Et dehors, la nature croit, encore plus verte.

Le ciel renvoie son bleu le plus vif

Aux cœurs étonnés d’être encore frivoles,

Aux têtes en instance de tourner la page.

Déjà la nouvelle peau recouvre l’être dénudé.

C’est au poil dit un bénévole. 

L’aigle qu’on n’avait jamais vu par ici

Apprend le survol.

La respiration au corps défendant

Reprend sa place. 

Le temps s’écoule

Parle de patience et de regard élargi.

Implacable comme la goutte en trop. 

Les yeux encore surpris

Ou peut-être rougis,

Les hommes et les femmes écoutent les bruits de la nuit.

Ajustent là -dans l’échange –

Poreuses, 

Les membranes, en souplesse 

Qui respirent 

La vie généreuse. 

©Véronique Bonnet

Souffler, c’est jouer

Une grande main te scotche par terre, et te mets à l’épreuve de la soustraction, toi qui t’agitais pour faire face, pour soigner. Réduite à l’immobilité. « Nous ça va, on tient bon », dit une amie.

Abasourdie du contexte, tu restes là, à l’écoute des signes et à planter ton drapeau de présence, à économiser ton énergie pour guérir très vite, à vouloir rassurer les autres. Mais le  » oui, ça va aller » ne sort pas. Les proches n’auront qu’à décoder.

A regarder tourner le monde sans pouvoir y ajouter un geste, je sens une nouvelle fois combien la respiration est ténue, essentielle,

Combien elle me fait sourire quand elle me traverse, si ample, 

Combien les oiseaux chantent sans se décourager,  

Combien l’amour durera après nous, 

Combien  – c’est une intervention urgente – je peux laisser tomber, pensées, émotions, qui fatiguent encore , qui saturent. 

Plus je respire, plus je fais entrer ces petites molécules d’oxygène, d’une drôle de façon. En les visualisant je mets leur mouvement, leur restauration, à l’intérieur. Plus j’accompagne vers la sortie, le gaz carbonique en lui donnant une forme, une couleur, plus il draine toutes ces choses inutiles dont je n’ai pas besoin , là, dans l’instant.

Alors le corps s’enfle de l’indéfinissable charme du regard allégé, qu’on appelle profond. Bienveillante densité que voilà… Le corps en entier entre dans une expérience de portance tellement douce. Une évidence vitale balaie le devant de la porte et toute la maison intérieure, une nouvelle fois. Le gardien des lieux fait rapidement le point sur les forces à reprendre, et le corps y croit, le fait sentir. Une vibration, une oscillation suffisent en langage parasympathique du corps. Il est fait pour cette finesse de changement.

Alors tu sais que la patience est guérisseuse et que les distorsions extérieures peuvent rester au delà de ton bouclier de vie. Il n’y a que la respiration et la résolution, l’amour de la vie à partager qui puisse t’atteindre, là, maintenant. 

D’ailleurs, à l’heure où je vous écris, je vais bien …

©Véronique Bonnet

Bleu

Une photo de mer,

Couleur,

Va et vient des vagues,

Patience de l’anneau qui garde le port

Et le souvenir des voyages.

©Véronique Bonnet

Il n’y a plus qu’à se reposer

Au front pensif se pose

Le ciel limpide du petit matin.

La pollution a déserté.

Dans mars 2020,

Un rêve surréaliste incarné :

Le bleu provençal en île de France.

La clarté et la légèreté des oiseaux, 

Dont le chant envahit 

l’espace désert de la rue.

Torrents de pensées dénotent 

En notes sont vite changées. 

Bordure du vieux jardin

Ne résistera pas 

A la poussée des graines

Au soleil de printemps,

Aux tournesols à flanc de parcelle,

Aux vivaces prêtes à s’élancer

A la famille, aux amis réunis.

Les chats gardent la clepsydre. 

Calme étrange derrière les volets

La vie qui sait patienter. 

©Véronique Bonnet

Al bone’s One Man Balkan Brass Band, Vincent Gaertner, Nuria Rovirat Salat
En mode confinés ! Merci les gars, merci Nuria !

Journal d’un confinement

L’occasion de “défaire le confinement par ce qui nous rend humain : la parole partagée”. Le directeur du théatre de la Colline, à Paris, partage sont journal en ligne, dans ce temps d’épidémie de coronavirus ( article Les Inrockuptibles).

Vous avez, au-dessous le lien pour écouter ce texte qui vibre bien.

https://www.lesinrocks.com/2020/03/19/scenes/scenes/le-journal-de-confinement-de-wajdi-mouawad/

Bourgeons

Prends soin de ta peur,

Chéris-là dans ton coeur,

Jusqu’à ce qu’elle puisse éclore en germe de vie

Au lieu de mettre de l’ombre sur ton âme.

©Véronique Bonnet