Agenda ironique de juillet : haiku argentin

Illustration Zach Mendoza « landscape painting » et « boooom »

Perchés sur l’arbre à Théâtre, ils palabraient. 

De bris de mots en maux tarés, elle se sentait en bords de poème, la rime flottante et la côte mal taillée.  

Pour cause, elle travaillait son haïku argentin. 

Le baron perché prit la suite du logo-rallye. Il tenta une rime bisexuelle qui ne fit réagir personne. 

Il crut voir rouge quand l’un de ses compères vint déclamer sa prose, en chaloupant autour d’un axe de pool danse. Un bris de mots plus tard, il hoquetait sur des locutions introuvables, et alla se réfugier dans le feuillage. Suivit un poème fondu enchaîné et des rubans de couleurs furent déployés dans l’azur du ciel. En bas, tous sautaient de joie. 

Sous le vacarme et la lumière, ils décidèrent alors de faire panache commun…  Le baron dans toute la rousseur de sa crinière, déclama : 

«  Douceur     ET chaleur

Au creux des REINs enfiévrés

Mes bras        TE      serrent.  » (*)

Elle entendit l’étreinte…  

Elle prit le livre près d’elle – Manon Lescaut –  l’ouvrit au hasard et lut la réponse   : 

« Après avoir soupé avec plus de satisfaction que je n’en avais jamais ressenti, je me retirai pour exécuter notre projet. »

©Véronique Bonnet

(*) Haiku argentin : écrit par Remi Ge ( un nom de plume, à coup sûr…)

Voilà pour ma participation, un peu tardive à l’agenda ironique de juillet, le blog itinérant d’écriture, hébergé ce mois-ci par Emmanuel Glais. Emmanuel nous demandait d’imaginer un texte en contrainte d’écriture choisie parmi les oulipos ( ICI) , et de débuter ou terminer par la phrase de l’abbé Prévost dans « Manon Lescaut » : « Après avoir soupé avec plus de satisfaction que je n’en avais jamais ressenti, je me retirai pour exécuter notre projet. », le tout sous l’augure d’une illustration choisie parmi les oeuvres de Zach Mendoza, que j’ai découvert.

Trésor du temps : agenda ironique de juin

#agendaironique , gravure : Escher

« Il venait de se passer tant de choses bizarres, qu’elle en arrivait à penser que fort peu de choses étaient vraiment impossible » … Lewis Caroll

« L’été, la nuit les bruits sont en fête »… E. Allan Poe

« Encore une histoire fantastique ? Si tu veux…

Il était une fois, dans un temps si ancien qu’il est presque oublié – ou peut-être dans une dimension parallèle…ou quelque part dans le futur – il était une fois, donc, une population qui était obnubilée par le temps.

 Le temps était de toutes les discussions : « ma robe couleur du temps », pour l’une « le temps, le temps, le temps et rien d’autre », pour d’autres. L’obsession du temps était partout.
Il vint le jour où l’on donne cette information : Pour sortir de cette nasse, il faut se faire absorber jusqu’au point de libération …

-Posséder le temps ?

-C’est ce que tout le monde croyait , et devant la compétition, restèrent bouche bée. Néanmoins, c’est le début d’un jeu dont leur quotidien est la plate-forme. 

Pratiquement du jour au lendemain, tout est filmé partout, enregistré. On comptabilise tout de façon à avoir des données larges, reproductibles validant l’effet d’un groupe, lissant la singularité de chaque personne. C’est à qui capture le plus de temps. Les humains multiplient leurs activités, enregistrent le maximum de données, sur tous supports. Il faut des preuves tangibles. Ils se prennent en photos partout et par tous les temps ! Le jeu occupent plusieurs saisons télévisées.

-Et qu’est-ce qu’ils gagnent ?

-Un trésor doit se révéler… Le plus fort de ce jeu de télé-réalité géant obtiendrait la maîtrise du temps. Le jeu envahit la terre entière et devient virémique. 

-Tu exagères, grand-mère, il n’est quand même pas contagieux ce jeu…

-Mais pire que contagieux, ma chérie, il change les gens… 

Un des présentateurs tellement populaire devint même président de son pays. Les hommes voulant maitriser, se mettaient à éructer leurs émotions de façon incontrôlable. Ra-tio-na-li-ser, imaginer une procédure. Ça devint maladif.

-Pourquoi ?

-Mon petit, rationaliser c’était vouloir mettre une forme à quelque chose qu’on ne comprenait pas. A vouloir sortir de l’enfermement de leurs pensées, de leurs peur cachées, les hommes entraient dans un contrôle maladif d’un truc qui leur échappait.
Et pendant ce temps, le coffre contenant la solution restait bien caché, tu penses, au fond d’une grotte insondable, racontait-t-on. Mais personne n’avait encore rien vu de ses propres yeux, sauf les rares alchimistes qui osaient mettre le nez dehors. Après le règne du « Ondit » ou du Nondit, vint celui du « Maudit ».

D’ailleurs, la solution échappait à tout le monde car, plus on capture du temps, plus on le calibre, plus on se sent emprisonné par lui. Il y avait bien un jacquemart de ci-delà dans le pays, mais, les pauvres en perdaient leur rythme. Ils étaient sonnés.

Les épreuves se succèdaient d’année en année pour trouver la clé, en versions jeux-vidéos, applis téléphone, plateformes en ligne ClairG.

Une fois par an, un temps fort : l’épreuve du feu! Il s’agissait de sauter sans se brûler au-dessus d’un grand brasero. Puis à chacun de nourrir le feu avec tous les matériaux et autres déchets à sa disposition. Quand le feu est à hauteur, il actionne une porte. Dès qu’elle s’entrebâille, elle conduit au cœur du secret. Les maitres du jeu parlent du cœur des êtres. Mais le cœur déserte, ou viendrait-il à manquer ? Ça, personne ne le comprend vraiment. Un cœur, il y a belle lurette qu’on en n’a pas vu, avec tous ces mutants qui trainent en ville, leurs réactions calibrées comme les feux factices des restaurants, zygomatiques bloqués comme ceux des poupées.
Alors, les maitres du jeu donnent un indice : il est possible d’actionner la clé de vie, comme le faisaient les Egyptiens. 

-Grand-mère, tu mélanges vraiment tout…

-C’est vrai, mais l’esprit est une grande caisse à outils quand l’âme est cristal…Que d’anachronismes, c’est vrai, dans ces temps parallèles. 

-Bref, les gens de ton conte sont fous.

-Encore plus qu’on ne le croit ! De cette folie ordinaire qui leur faisait penser qu’ils pouvaient guérir d’un claquement de doigt, ou en appuyant sur un bouton. 

Certains, à bout, finirent par entrer par effraction dans le lieu qui attisait leur curiosité du toujours plus. S’affranchissant des règles, mus par l’excitation d’exister dans ce jeu, ils grillaient le temps, comme les limites, trichant, et sautant par-dessus le mur d’entrée.

Ils ne savaient pas que ça pouvait leur provoquer une fracture du cœur, ce voyage violent, cette accélération du temps. Un dérèglement du bouton « sentir » parait-il. 

Mais ils s’étaient laisser conter qu’une fois au cœur du jeu, le trésor alchimique se dévoilerait à qui sait écrire des hiéroglyphes avec une plume de serpentaire. On pourrait voir alors dans le miroir cosmique se transformer le plomb de nos histoires en or de la vie. 

Mais les hommes ne savaient plus l’alchimie. Ils avaient perdu une partie des données terrestres en changeant de planète TV et la boite noire du vaisseau n’avait jamais été retrouvée. Elle était restée quelque part dans le désert de la Kaléidoscopie. Et les émissaires des villes proches, Tantaculum et Myriador n’en avaient trouvé aucune trace.

Au fil du temps la transmission se brouilla. On finit par imaginer l’or, en richesse palpable, en fin craquement de billet de banque, en files de chiffres que l’on additionne et qui rassurent. 
-C’est quoi ce jeu?

Une autre histoire de feu qui a tendance à ne voir que lui. Il a si peur de disparaitre qu’il mange tout ce qui peut être brûlé pour grossir comme un soleil. Il brûle les ailes des rêveurs.

-Comme Icare ?

-Un peu. A ce moment, les hommes ne croient plus au soleil comme source de vie et de mort. Ils disent : On a trouvé : le temps, c’est de l’argent. 

Le vent du tant charrie un message si lointain que l’on n’en perçoit que le rythme d’un tambour lancinant et une tête d’indien auréolé de plumes d’aigles blanches et noires.

Ils vont sur la Lune et aussi sur Mars sonder les frontières de l’impossible. Plus ils vont loin, et moins ils voient que la solution est peut-être en eux-mêmes. Faudrait-il une machine plus puissante que tous les scanners, les IRM pour sonder l’étendue des ressources et des terres intérieures ? Pour entrevoir un changement ? Rien à faire, les hommes ne trouvent pas leur limite. Leur monde intime reste invisible. Qui va se souvenir de ce qui est déjà là au fond ? Tam-tam, toum-ta, toum-ta, toum-ta… 

Ils ne sont que projets, idées sans savoir s’ils sont heureux ou malheureux. Ils n’ont plus envie de jouer, juste se faire posséder et déposséder par le jeu.

-Tu me racontes souvent la bataille intérieure. Qui gagne ?

-Ce que tu nourris le plus, tu le sais.

Et là, le feu gagnait et les fascinait. 

« Hommage au feu ! » clamaient les anciens. « Au feu ! » disait la société de cette époque, enfin celle qui étaient restée sur la planète bleue chauffée à blanc. Leurs activités mesurant le temps détruisaient tout leur environnement au fur et à mesure. Et ils brulèrent tout par réactivité.

Vint le temps où cette histoire se raconta dans les livres d’enfants. Le feu devenait une image sur un écran d’ordinateur mural. Raconte-moi l’histoire du feu dira la petite fille à sa grand-mère, quelque part sur une planète. 

Mais on ne les voit pas autre part que dans l’écran, toutes les deux. Autour, tout est vide.

L’enfant se fige, incrédule : Explique- moi comment on en est arrivé là.

-Oui mon petit. Les anciens disaient que le feu crépite à chaque instant en douceur à l’intérieur de chacun d’entre nous, et qu’il nourrit nos liens, les transforme. 

Avant la première année du confinement, les hommes aimaient au solstice d’été, empiler des bûches en forme d’escalier menant à un temple éphémère. Et l’on mettait le feu à cette construction. 

Chacun imaginait aussi ce dont il voulait se débarrasser, et le mettait symboliquement dans le feu. On dansait autour des flammes puissantes, de façon joyeuse, en partage d’amitié, d’amour.

L’homme oublie souvent la plénitude de son âme, pour en faire un concept. La société valorise la consommation, la compétition, génère manque et frustration.

-Et comment ça se termine ton histoire ?

-Cent ans plus tard, le feu du pouvoir avait désincarné la vie entre les gens. 

Mais elle persistait, intacte, sous une forme énergétique que les humains ont pu protéger en l’enfermant dans ces boites, à partir desquelles nous nous déplaçons à la vitesse de la lumière. Pfff, de toutes façons, tu n’écoutes plus, je m’arrête. 

La petite fille avait les yeux dans le vague. Dehors, trois lunes brillaient, magnifiques. La petite dit lentement : 

-Si, continue à expliquer.

-Ici, a court une nouvelle unité de mesure.Toute chose peut être vue non pas par rapport au temps qui passe mais à la vibration qu’elle dégage. Ainsi tu vois parfois des visages parcourus de rides profondes. Des sillons comme des chemins de vie incroyablement vivants et beaux. Ces personnes portent leurs histoires et en préservent l’élan au fond de leur cœur. Leurs yeux semblent plonger dans l’essence des choses et ils irradient. As-tu remarqué que d’autres, jeunes pourtant, paraissent éteints, gris ! Bla bla bla ! Tu me laisses parler, tu dors ?

-Non, grand-mère, je rêve… Et que sont devenus les chercheurs de temps ?

-Un petit groupe de combattants fut dépêché pour explorer une planète lointaine. Ce temps qui échappait fut fait prisonnier par eux qui pourfendaient l’air sans avoir la chanson. Les scientifiques qui fouillaient dûment le cosmos-tétradimentionnel se sont perdus en conjectures. Qu’importe pour ces aventureux…

La vie la plus forte, s’affranchit des luttes. A tout laisser tomber, le temps fut retrouvé. A bien regarder, il avait toujours été là…

La petite fille s’était endormie, le visage retourné vers la fenêtre. Sa grand-mère se mis à chantonner, dans la nuit claire, face aux trois astres, la petite phrase « J’ai rencontré une brouette, et j’ai pensé qu’elle me prêterait une oreille attentive… »

©Véronique Bonnet

Voilà pour ma participation à l’ agenda ironique de juin organisé par Laurence, de Palette d’expressions…

Elle proposait que nous fassions un voyage dans l’impossible, à partir de la phrase de Lewis Caroll « Il venait de se passer tant de choses bizarres, qu’elle en arrivait à penser que fort peu de choses étaient vraiment impossible » … pimentée de quelques contraintes d’écriture en plus… ( toutes les explications, et tous les textes du mois sur sa page )

agenda ironique de février

#agenda-ironique

Fragment d’un calendrier romain exposé au musée de Sousse (Tunisie)  
(Ad Meskens via Wikimedia Commons)

Bravo à Laurence de Palettes d’expression qui est arrivée en tête de vos préférences pour l’AI de janvier des villes invisibles (après Jobougon et carnets paresseux)!

Il semble bien que ce soit Jacou, du blog  » les mots autographes » l’organisatrice dévouée de février après étude approfondie des résultats du sondage! Merci à Jacou d’héberger cet agenda vagabond ce mois-ci!!

De quoi s’agira t-il? Et bien, Jacou nous conte d’abord l’histoire de l’organisation des années bissextiles et questionne : où sont donc passés les dix jours retirés au calendrier du seixième siècle? Elle propose de plonger dans une histoire de temps perdu, dont vous trouverez les détails de contraintes d’écriture juste après :

https://jacou33.wordpress.com/2020/02/01/agenda-ironique-de-fevrier-2020/

La recherche du temps perdu va être passionnante !! A très bientôt …

Véronique

Neuf villes invisibles pour l’an neuf …

#agenda-ironique Par ici pour voter…

Pour l’agenda  ironique de janvier, Janus, mois du passage, s’il en est, je vous demandais d’écrire un « road trip », une déambulation , seul(e) ou accompagné(e), dans une ville, connue, inconnue, imaginaire, terrestre, maritime, céleste… Vous pouviez choisir l’endroit que vous arpentez tous les jours, mais aussi le passé ou le futur. Vous pouviez vous inspirer du livre  » les villes invisibles  » d’Italo Calvino, ou pas trop... Bref, tout était possible! … mais…  Les mots suivants devaient figurer : entrechat, rampe, jaquemart, topinambaulx, dents, dindon. Et le texte devait se finir par la célèbre phrase du petit prince  «  L’essentiel est invisible pour les yeux » 

Lien : https://poesie-de-nature.com/2020/01/04/les-villes-invisibles-agenda-ironique-de-janvier/

Neuf villes invisibles ont vu le jour! J’ai eu grand plaisir à les accueillir, dans leurs différences et dimensions singulières… Vous avez jusqu’à la fin du mois pour terminer de lire et choisir les 3 textes que vous préférez, que vous soyez participants au jeu ou lecteurs de passage (bienvenue à vous! ), et désigner le prochain organisateur pour février, à l’aide des SONDAGES TOUT EN BAS… A bientôt !

-Jobougon : La vibration laisse émerger le grain de sable qui est là : https://jobougon.wordpress.com/2020/01/05/la-vibration-laisse-emerger-le-grain-de-sable-qui-est-la/

-Patchcath : De beaux voyages à raconter :

https://patchcath.wordpress.com/2020/01/15/de-beaux-voyages-a-raconter/

-Poesie-de-nature : Orient express :

https://poesie-de-nature.com/2020/01/14/orient-express/

-Poesie-de-nature : Colores del corazon:

https://poesie-de-nature.com/2020/01/19/colores-del-corazon/

-Victorhugotte : Sextine des villes invisibles

https://victorhugotte.com/2020/01/20/sextine-des-villes-invisibles/

-Chachashire : Sijilmassa :

https://chchshr.wordpress.com/2020/01/21/sijilmassa-agenda-ironique-de-janus-2020/

-Carnetsparesseux : noir d’encre :

https://carnetsparesseux.wordpress.com/2020/01/22/noir-dencre/

-Palette d’expressions : De villes visibles en villes invisibles

https://palettedexpressions.wordpress.com/2020/01/22/1464

-Les mots autographes : Guerre et paix

https://jacou33.wordpress.com/2020/01/25/agenda/

+ une hors délai, mais pas des moindres… par Iotop, « le hasard se lève »

https://ledessousdesmots.wordpress.com/2020/03/17/le-hasard-se-leve/

©Véronique Bonnet

Voici Février et les résultats de notre sondage… : c’est donc le texte Laurence de Palettes d’expression qui est choisi en premier, suivi de Jobougon puis Carnets paresseux!

C’était une chouette récolte ! L’agenda continue ses pérégrinations en février : allez voir chez Jacou « les mots autographes », pour découvrir la nouvelle forme du mois, si Jacou veut bien prendre en charge l’organisation du nouvel AI!

Un grand merci et un grand bravo pour vos participations

https://ledessousdesmots.wordpress.com/2020/03/17/le-hasard-se-leve/

A très bientôt !

Véronique

CHOISIR 3 VILLES INVISIBLES :

Villes invisibles ( les textes de l’agenda ironique de janvier)

Et voici les contributions visibles pour le moment… par ordre d’arrivée des émergences, Jo et son texte en vibrations oniriques et ironiques, Cath et son histoire vachement tendre, Véro, votre organisatrice dévouée du mois et la résurgence du voyage, Jacou, baladin de janvier, dont le texte est en cours de flanerie … Véro-Victorhugotte dans une sixtine aquatique, la caravane passe chez Chachashire… et c’est le noir d’encre Soulages chez carnets paresseux. Du côté de chez Laurence de palette d’expressions ça joue du visible en invisible … Et Jo, annonce son retour dans les mots autographes, entre guerre et paix…

Bonne lecture, je reviens vers vous avant la fin du week-end pour vous proposer le tableau des votes !

-Jobougon : La vibration laisse émerger le grain de sable qui est là : https://jobougon.wordpress.com/2020/01/05/la-vibration-laisse-emerger-le-grain-de-sable-qui-est-la/

-Patchcath : De beaux voyages à raconter :

https://patchcath.wordpress.com/2020/01/15/de-beaux-voyages-a-raconter/

-Poesie-de-nature : Orient express :

https://poesie-de-nature.com/2020/01/14/orient-express/

-Poesie-de-nature : Colores del corazon:

https://poesie-de-nature.com/2020/01/19/colores-del-corazon/

-Victorhugotte : Sextine des villes invisibles

https://victorhugotte.com/2020/01/20/sextine-des-villes-invisibles/

-Chachashire : Sijilmassa :

https://chchshr.wordpress.com/2020/01/21/sijilmassa-agenda-ironique-de-janus-2020/

-Carnetsparesseux : Noir d’encre :

https://carnetsparesseux.wordpress.com/2020/01/22/noir-dencre/

-Palette d’expressions : De villes visibles en villes invisibles

https://palettedexpressions.wordpress.com/2020/01/22/1464

-Les mots autographes : Guerre et paix

https://jacou33.wordpress.com/2020/01/25/agenda/

Bienvenue à vos futurs textes ! Vous avez encore jusqu’au 27 janvier pour poster votre contribution à l’agenda du mois; je vous rappelle toutes les infos sur le thème :

https://poesie-de-nature.com/2020/01/04/les-villes-invisibles-agenda-ironique-de-janvier/

©Véronique Bonnet

Colores del corazon

#agenda-ironique

La Giralta brillait dans le parc. Il se mit à chanter. Je cherchai quelques secondes la voix. Là sur la rampe de la lune, je le découvris, enfin, au cœur de la nuit. 

Il se tourna vers moi, et je sentis son chant luire de tant de vies. 

Les villes invisibles dans cette apparition, dans ce corps tendu vers les étoiles et ce coeur ouvert au don … Ça vibrait au fond des ombres. Je m’éclairais de mille vagues de reconnaissance, joyeuses, suspendues dans l’espace entre nous, étirées comme des entrechats. Je fis un pas lent vers lui encore. Sur le palais sévillan, les lions souriaient de toutes leurs dents. Les dindons et topinambaulx plantés de l’autre côté du mur, dansaient, car l’absurde fondait.  Jaquemart magicien du temps descendit jusqu’au pied des orangers, au fil du diapason. La vibration convoquait à la fois, la larme en perle et le soleil qui sèche et éclaire, l’arc en ciel à partager.

Une magie bien subtile, le chant, la surprise et la présence… 

Dingue, ding, dong, dis-donc mais ça résonne  pas pour l’agenda ironique , c’t’ histoire? 

Je n’en sais rien, l’essentiel est de participer et les sens-ciel invisibles pour les yeux. 

©Véronique Bonnet

orient express

#agenda ironique

Je me tais, et hume l’air clair du pont. Accoudée à la rampe, face au jaquemart décati, qui se détache de la lumière, j’ai l’impression d’écouter l’âme des hommes, le fil du temps, en descendant le Nil…

L’eau file sous la coque du bateau. L’air est chaud et ça sent la terre mouillée. Je cligne des yeux, rajuste mon chapeau de paille. Une femme en écharpe de plumes de dindons descend d’une embarcation voisine, à la recherche de quelques topinambaulx exotiques. Une rescapée d’un livre d’Agatha ? il me prend l’envie d’un entrechat, dans cet entre-temps théatral. Le clapotis me pose sur le fleuve dans le délice d’un inconnu connu- ou alors est-ce un connu inconnu ? Quand la confusion apporte la solution, il n’y a plus qu’à se laisser flotter dans la perception… Tiens, il me semble voir le jaquemart doré remonter le temps…

Le rythme d’un quotidien ancestral défile là sur les rives, probablement millénaire. Les enfants jouent en s’ébrouant près de l’eau. J’entends des ânes braire à côté, toutes dents en avant et le brouhaha, la clameur, peut-être d’un marché. Des odeurs de dattes mûres, de miel et d’épices montent jusqu’à nous. Le chant du Muezzin s’élève. Je cale mon menton sur l’avant-bras.

L’écho vibre dans mon intime brumeux, par-delà le tempo du Nil qui s’étire comme le son… Une sagesse bleue s’épand dans le paysage baigné de la lumière douce. Je souris, les fossettes en parenthèses d’amour.

« L’essentiel est invisible pour les yeux »…

©Véronique Bonnet

Voici ma participation à l’agenda ironique de janvier,  » les villes invisibles », organisé par votre dévouée!

Pour le moment, c’est le deuxième texte, les autres sont encore…invisibles… A suivre jusqu’au 27 janvier, résultats le 31

Pour l’explication du thème du mois : c’est ICI

Et pour tout savoir sur l’agenda ironique, jeu vagabond d’écriture, dont l’organisation passe de blog en blog, c’est sur les sites suivants :

https://carnetsparesseux.wordpress.com/lagenda-ironique-kezaco/

https://differencepropre.wordpress.com/agenda-ironique-ou-es-tu/

Nouvelles îles

guide vagabond de Rôme de Marco Lodoli, ed La fosse aux ours

« Ici Rôme se moque du temps qui se consume dans l’essoufflement ».

« Il arrive de vagabonder sans but dans la ville. C’est un égarement confiant car tôt ou tard, il se passera quelque chose, quelque chose surgira à l’improviste : nous n’attendons rien, mais un rien nous attend. »

« Rôme est une ville qui ne fait jamais table rase : les époques, les siècles, les années, les jours s’accumulent. Possible qu’aucune minute enfuie ne se perde entièrement. »

Et soudain, tout est ouvert, tout est possible…

©Véronique Bonnet

Les villes invisibles ( agenda ironique de janvier)

#agenda-ironique




« Les villes comme les rêves sont faites de désirs et de peurs, même si le fil de leur discours est secret, leurs règles absurdes, leurs perspectives trompeuses; et toue chose en cache une autre.

-Moi je n’ai ni désirs ni peurs, déclara le Khan, et mes rêves sont composés soit par mon esprit soit par le hasard.

-Les villes aussi se croient l’oeuvre de l’esprit ou du hasard, mais ni l’un ni l’autre ne suffisent pour faire tenir debout leurs murs. Tu ne jouis pas d’une ville à cause de ses sept ou soixante-dix-sept merveilles, mais de la réponse qu’elle apporte à l’une de tes questions. »

Les villes invisibles , Italo Calvino, ed Folio

Merci de m’avoir désignée pour organiser l’agenda ironique de janvier… Je choisis de poursuivre l’invitation au voyage . De quoi s’agira t-il? 

Les cartes nautiques merveilleuses de Joan Martines proposées par Carnetsparesseux le mois dernier comme thème pour l’AI, m’ont fait dériver sur « les villes invisibles » d’Italo Calvino »… ce merveilleux dialogue imaginaire entre Marco polo et l’empereur Kublai Khan. 

« On ne voit bien qu’avec le coeur. » leur aurait dit le petit prince . 

Pour l’agenda  ironique de janvier, je vous demande donc d’écrire un « road trip », une déambulation , seul(e) ou accompagné(e), dans une ville, connue, inconnue, imaginaire, terrestre, maritime, céleste… Vous pouvez choisir l’endroit que vous arpentez tous les jours, mais aussi le passé ou le futur.

Bref, tout est possible! … mais… 

Les mots suivants devront figurer : entrechat, rampe, jaquemart, topinambaulx, dents, dindon.

Et le texte devra se finir par la célèbre phrase du petit prince 

 «  L’essentiel est invisible pour les yeux » 

A vos claviers si le coeur vous en dit… Nous sommes impatients de vous lire!!

… Pour rappel : Vous pouvez déposer vos textes jusqu’au, disons, 27 janvier, en commentaire, ici. Cela nous laisse temps et loisir de lire, et choisir les 3 que vous préférez. Je ferai une page récapitulative et sondage ( je vais refouiller dans WordPress pour retrouver comment faire le tableau en question …)

A vos plumes! Le premier texte est déjà là, de toute beauté …

Je vous souhaite une belle année 2020!

Véronique

Et pour savoir tout sur l’agenda ironique :

https://carnetsparesseux.wordpress.com/lagenda-ironique-kezaco/

https://differencepropre.wordpress.com/agenda-ironique-ou-es-tu/

Au nom de l’île

voyage au bout-de-l’an

#agenda-ironique décembre

Atlas nautique de Joan Martines 1582

Le nom de l’île lointaine, c’est ce qui m’avait attiré d’abord. Mon doigt dessinait le trajet sur la carte portulan. J’y songeais, depuis des semaines, dans les pleins, les déliés, les cursives à l’encre rouge et noire, entre les bateaux et les drapeaux de l’atlas Gallica. Cette île m’attendait. Là dans la blancheur, sous le soleil éclatant, prête à l’éclate des corps et des sens. Avant j’imaginais des aventures à vingt-cinq kilomètres à l’heure, sur ma mobylette, au côté de mon frère. Maintenant je testais je sentais je goûtais j’absorbais la lumière les couleurs les musiques, les sports, les rencontres, sûr que chacune d’entre elles contenaient un secret. Je voulais le percer, le posséder, le proposer à mes clients. Il m’échappait, je recommençais, il fallait que ça crache, que ça brille, que ce soit singulier et exceptionnel, même dans la simplicité. Et puis quand le soleil tombait, quand la fleur se fanait, quand la musique devenait monotone, après la fête, je restais confusément à sentir l’odeur du vide. Ainsi tout ne serait que feu follet, et moi témoin un peu triste ?

« Tu as une âme d’explorateur », j’ai souvent entendu cette phrase depuis l’enfance. Un peu aventureux, impétueux, peut-être, je vous le concède… C’est bientôt Noël, j’ai le temps de m’offrir nouvelle aventure.  La pulpe de l’index caresse le papier du moulin Richard de Bas. Derrière le secret de ce papier, l’inclusion de ses petites fleurs bleues et jaunes, se cachent la bataille de Samarkand, en 571, le prix des hommes en d’autres temps.  Samarkand… Née au VIIIe siècle avant JC comme Rôme, elle soutient le destin mystérieux, brillant et tragique des villes antiques. Leurs multiples dimensions m’attirent. Les multiples dimensions m’attirent. Entre réel et consommations de sensationnel, j’étudie toute proposition.  « Je n’aime pas l’eau claire, C’est la faute à Voltaire, J’aime le curaçao, C’est la faute à Rousseau. »

Un jour pourtant, j’ai arrêté de tester de sentir de goûter d’absorber. La volition devint collision. Le nez par terre, la faute ni à Voltaire ni à personne. J’ai fais ma révolution, le tour de moi-même. Pas même le temps de ressentir l’amertume… Après le crash, j’étais là, à regarder devant, sans sourciller. Touchant ma peau écrevisse, je me mis à maudire le soleil mordant, moi qui venait pour me dorer à son contact. Je mangeais le sable blanc dont je rêvais, les yeux à hauteur des coquillages, l’écume au bord des lèvres, le reflet vitreux couleur d’huître sur les pupilles. Une place supplémentaire dans ce vol privé avec mes meilleurs potes, c’était une aubaine australe. La tempête qui nous a engloutie, un coup d’arrêt, mortel.

Les soleils et les nuages bleus dansent devant moi. Entre les scialytiques et l’agitation des blouses bleues, l’image de ma famille me poursuit. C’est bientôt Noël. Ils sont si loin, ou alors c’est moi qui le suis déjà … Cet Atlas, la valse des navires autour des continents, les drapeaux tendus … C’est pour le mystère de ces cartes que j’ai tant aimé les voyages, c’est pour l’exploration jamais atteinte, ces villes invisibles, comme ces terres oubliées, ces animaux disparus.  Tant de de temps à sentir le grand livre de cuir, à suivre le contour de l’Afrique, tracée comme une grande roue, à choisir l’esprit un peu tatillon avec quel bateau j’allais chevaucher les océans. Voulais-je voyager ou me perdre dans l’immensité de l’imaginaire ? Voulais-je apprivoiser le chaos, le tranchant de la vie? Tout semble avoir une saveur extrême, là, maintenant, dans la lumière de l’inconnu, une porte, un autre monde à découvrir …. Peut-être… Courte échelle, demain, gouffre… Non sens.

Soudain, la carte disparaît, le paysage aussi.

Quand la croyance meurt, le vernis craque… Homme-ici-deux…

C’est alors que l’homme se réveille, sent sa poitrine monter et descendre, à nouveau. Rien d’autre ne bouge. Le contact du drap rêche lui fait ouvrir les yeux. Et pour la première fois de sa vie, il trouve que les chaussons énormes surmontés de deux oreilles ridicules, posés là sur la table blanche en face sont les plus beaux du monde, les plus drôles aussi…

Une petite voix lui fait lever les yeux.

-Joyeux Noël Papa! Tu nous a tellement manqué… 

©Véronique Bonnet

Ce mois-ci, l’organisation de l’agenda ironique revenait à Carnetsparesseux qui nous proposait d’écrire un texte, un « voyage au bout-de-l’an » dont l’inspiration part des cartes de voyage de Juan Martines, avec quelques contraintes de mots… Les détails du jeu d’écriture et les participations du mois : ICI et LA

Brèves de comptoir : agenda ironique de septembre : À la vôtre

-C’est génial, les palmiers pousseront bientôt en Bretagne 

-Bon c’est la faute au réchauffement climatique mais c’est cool quand même tous ces avions pas chers. Tout le monde doit pouvoir voyager !

-On va finir par le payer cher.

-Tu as vu quelqu’un payer une facture climatique toi?

-En tout cas il faudra payer la construction du nouveau centre ville de Lacanau qui va reculer de 200m pour anticiper la montée des eaux…

-Tu parles, on n’y est pas encore. Les sceptiques ont le pouvoir.

-Déjà la plage a disparu aux grandes marées. 

-Alors il faut avertir de l’autre côté de l’Atlantique, les quartiers de bord de mer se construisent encore…

-Tu sais bien, c’est tabou, comme le nuage de Tchernobyl qui s’est arrêté à notre frontière, la montée du niveau des océans va épargner les côtes américaines, et se rabattre sur les autres pays. C’est évident ! Le plus grand nuage de pollution est dans notre tête ! Le grand blond avec une chaussure noire a fait un pacte avec la force maudite… Après lui le déluge. 

Et puis pour les pollinisateurs, des robots abeilles sont à l’étude. Avec Paniomphe et Achtri, Ils doivent se croire dans Wally. Certains en ont déjà le périmètre abdominal. Pas de problème , les super héros viendront, les robots chasseurs et cueilleurs de fleurs aussi. Enfin une super-production en direct !! 

-Oui mais là, je sens une angoisse monter vraiment fort… File-moi une clope ou je vais tomber en TOC… 

-T’inquiète. Ils ont tout prévu, dès qu’on n’aura plus de pétrole, ils vont sortir les solutions de remplacements. On les a déjà, mais les grandes firmes font du blé sur notre dos jusqu’au bout. Ils gardent ça pour eux… Et le moment venu, ils vont nous vendre la solution alternative…

-Et s’ils n’avaient pas la solution… alternative, mais toujours plus de la même chose ?

-Pas possible, on arrêterait cette course à la consommation quand même…

-Certains font tourner les guéridons et le chandelier avec, d’autres cherchent les clés sous le lampadaire… en laissant le théâtre d’ombres s’agiter, et nous, nous sommes spectateurs impuissants.

-Et les incendies en Amazonie, plus étendus que la surface de notre pays? 

-Ça paraît trop énorme … 

-Et 40% d’insectes en moins cette année!!

Tu ne crois pas qu’ils se foutent de notre gueule?

-Si c’était vrai, il nous l’aurait dit avant ! En tout cas, moi, je n’ai jamais eu autant de piqûres de moustiques que cette année. Et puis il n’y a jamais eu autant de papillons asiatiques, le fameux « paysandia ». Pour nos fruits et légumes, la solution, c’est de rajouter des ruches ! Et le miel est devenu drôlement cher, alors qu’il n’y a rien à faire  !! 

-Mets donc les infos … Les apiculteurs comme les agriculteurs sont en première ligne. Le varroa détruit des colonies d’abeilles si on ne fait rien; les colonies sont épuisées , il faut veiller à leur génétique, à leur cinétique de croissance… 

-Y disent que des conneries… Et puis ça nous stresse, déjà qu’on en a assez au quotidien, du stress … 

-Goûte donc ce vin en bio dynamique. 

-Tu as raison… Pose-toi…

-C’est le lien qui peut soutenir la planète…

Pas le faux lien de l’addiction qui cache le vide relationnel, mais le contact, ce qui se passe entre les gens. Pas l’épouillage verbal comme le geste social des petits singes, mais la sincérité qui admet le silence, la disponibilité et le rythme de l’être ensemble. 

La naïveté du blanc, la folie des couleurs… 

La danse de la vie ou la danse macabre de toutes nos fascinations… 

Ni pouvoir faire autrement, ni pouvoir s’arrêter …

Ni dire, ni se taire ?

Crier, ne rien faire,

La dissociation frise la dissolution… 

La peur sort encore des trous

Et vient en creuser d’autres, dans le bide, 

Dans les cœurs déjà meurtris par le vide. 

Maintenir, tenir quoi encore ??

Alors,  

Nous partons  danser, 

Faire vibrer l’espace vital partagé,

D’un précieux disponible qui s’ouvre sous les pieds.

La danse, le vital, le sacré, le trivial, le tribal, le jeu. 

On part planter des graines , 

Parcourir la campagne. 

Faire fondre les chimères. 

Écouter le jour qui se lève 

Faire le tour de tous les matins du monde

Dans les bras l’un de l’autre.

Le vertige devient valse, 

Devient « nous »!! 

©Véronique Bonnet

Sur le thème « les révélations surviennent au moment même où les conséquences de ce qui est révélé sont inévitables », avec quelques contraintes d’écriture en plus : C’est ma participation à l’agenda ironique de septembre (organisé par Chachashire, du blog DIFFERENCE PROPRE ET SINGULARITES). Vous en avez tous les éléments et explications :

Et pour savoir tout sur l’agenda ironique :

https://carnetsparesseux.wordpress.com/lagenda-ironique-kezaco/

https://differencepropre.wordpress.com/agenda-ironique-ou-es-tu/

Agenda Ironique de Septembre 2019 — sur le blog de Différence Propre et Singularités

Si je comprends bien, ça s’annonce compliqué…Le thème de l’agenda ironique organisé ce mois-ci par DIFFERENCE PROPRE ET SINGULARITES , C’EST JUSTE EN DESSOUS, sens dessus-dessous !

Nous sommes le 9 septembre 2019, soit le neuf neuf 2019. Il ne faut pas mettre tous ses neufs dans le même pas-nié, nous dit le proverbe. Donc déjà nous savons que l’ironie de ce mois portera sur les révélations qui surviennent au moment même où les conséquences de ce qui est révélé sont […]

Agenda Ironique de Septembre 2019 — Différence Propre et Singularités

Paysage d’Août : agenda ironique

Immergée dans ce temps de vacances, découvertes, flemme, respirations, stage de danse, je poste à temps ma participation à l’agenda ironique d’Août organisé de main de maitre par Bastramu, et il reste une semaine pour nous lire !

On était partie en pleine nuit, pour arriver avant la forte chaleur à Sanary-sur-mer. Le rendez-vous annuel… Ça faisait deux jours qu’on avait du mal à dormir, excités par la perspective de revoir la Méditerranée. On avait ressorti les affaires d’été, tout chargé, même le vieux canoé pneumatique que mon père avait eu en cadeau, une année, à la station Fina. Jamais à deux dedans, on y faisait attention. 

Pour l’heure, on dormait à trois sur la banquette arrière de la R16. Tout allait pour le mieux, la plage nous attendait, nos amis, les cornets à la vanille- je préfère chocolat- non, pas tous les jours, tu vas avoir mal au ventre- et nos seaux et râteaux aussi. On n’avait qu’à dormir et se laisser transporter. Au réveil, on serait arrivé.

A l’entrée d’Arles, pourtant la catastrophe nous attend. Mon père le redoutait, ce fameux embouteillage. Le responsable, un noeud routier, un entonnoir – Comprends pas – .

« Il fait déjà 35eC dans la voiture » dit ma mère. On se réveille tout moites à l’arrière, avant la terre promise. Clim, connaît pas encore. La stratégie de partir en pleine nuit, il semble soudain que tout le monde l’ait eue et converge au même endroit. A droite, une Citroën a doublé de hauteur, avec ce qu’il y a sur la galerie. Cette vision du voyage nous fascine.

Cramoisis à l’arrière, les enfants transformés en chiens et chats boufferaient le premier bout de chair à leur portée. Mon frère à la fenêtre leur tire la langue et me décoche un coup de genou. 

L’odeur de vieux plastique du bateau Fina monte dans l’habitacle avec la chaleur et la mauvaise humeur frôle et bouscule. On n’a plus sommeil, mon frère, ma soeur et moi. La voix persuasive de ma mère y croit de moins en moins. La joute verbale commence à fond, il ne manque que les gants de boxe. L’exaspération et l’impuissance sont à leur comble. 

-Marion, pousse ton gros derrière…

-Lucie, essaie de fermer les yeux encore  un peu…

-Mais Maman, Marion met son gros derrière sous mon nez!

-J’ai pas un gros derrière ! 

-Et pousse tes pieds, Laurent!

-Calme toi Lucie!

-Ce n’est pas juste, je suis au milieu, je ne sais pas comment me mettre! 

« Non, je me tourne! » fait le frère narquois devant la vitre à sa disposition.

Jamais eu aussi chaud, surtout après que ma mère confirme « on traverse un four… Ça frôle les 40eC… » . N’y aurait-il donc d’autre à mordre à part la main de mon frère?

On va faire un sort au canoë de plastique, au minimum. On déclare qu’il sent trop mauvais. Là, d’un coup, on se met tous d’accord pour la mutinerie. 

Mon père se tourne vers nous,  hoche la tête, et oblique sur le bas côté, près des marchands de fruits de saisons. On s’arrête boire, manger un bout, se relaxer. Ça sent bon les herbes sèches, les abricots mûrs, les pêches et les brugnons.

Déguster un fruit au ralenti en aspirant la chair mure, sentir le gout d’amande du noyau, entendre de loin que le problème du four n’est pas réglé, s’en moquer, écouter jouer autour, rêver à la plage, surtout rêver à la plage… Le temps s’étire et mon corps tout ramolli ne voit plus qu’il brûle de chaleur. 

-Mais c’est où la Russie?

-C’est là, juste après la clé à molette.

-OK! J’ai besoin de prendre de l’essence, je m’arrête là. 

-Elle est où la station service?

-C’est la bobine de fil à tricoter jaune… Je te l’ai déjà dit!

-Et si on partait ensuite en ballon, comme dans l’île mystérieuse! Accroche-le à la ficelle!

-T’es trop bête, celui-là ne va pas s’envoler … 

-C’est pas grave, viens on lui fait une nacelle, on a une grosse bobine jaune !

-Les enfants, je viens de marcher sur la lettre Y! Qui range la boite de Scrabble? 

-On en a besoin pour la piste de décollage !

Des bruits dans le couloir, des éclats de voix d’enfants… Les yeux papillonnent.

L’air est déjà très chaud, saturé de parfums d’herbes coupées, d’effluves de menthe, de sauge, de pierres sèches et de chênes truffiers. La paupière mi-close observe la chambre autour – connait pas- la respiration revient vers le corps qui se réveille là, posé sur le matelas, les draps en boule.

Des sons d’harmonica et d’accordéon me tirent un peu plus du sommeil. La fête de ce soir se prépare, c’est vrai… C’est pour ça qu’on est venu. Nos corps moites se dénouent, au bord du réveil. Ce matin, mon ile mystérieuse restera inabordée, le Manitoba terre lointaine. Un soupir le regrette. Mais bon…

J’entends jouer les enfants de la maison. Je reste un moment à me délecter de leur fertile imaginaire. Je laisse les embouteillages brumeux des souvenirs s’étirer comme un voile dans l’azur. Je me lève, et dans l’entrée, j’enjambe le pont extraordinaire en Duplo, les pavés de Scrabble, l’ile de Jules Verne et les paysages de l’enfance qui se déroulent au hasard du terrain de jeu, par terre. Les deux aventuriers remarquent à peine mon passage. L’enfance exalte la liberté, l’humour.

J1 après l’embouteillage… Vacances au bout du monde quelque part en France… Ça sent bon le champ des possibles et l’échappée belle.

©Véronique Bonnet

1h01mn30 : « on se découvre en regardant » …

POUR LIRE TOUS LES TEXTES : c’est ICI, ou LA !

Agenda ironique d’août 2019

Par ici, l’agenda ironique d’Août! Il est organisé par Bastramu, qui nous propose un embouteillage cauchemar, en scène d’ouverture, puis un escape game dont elle donne les règles du jeu … Bonne chance à vous !

bastramu

Ah, le mois d’août, les vacances, la chaleur, les embouteillages sur l’autoroute, la plage, l’odeur des frites et des beignets, la glace qui fond trop vite, le doux bruit des vagues, les histoires d’amour éphémères, le sable qui grince entre les dents, les piqûres de méduses, les moustiques, ou bien la montagne, la fraîcheur, le vert cru des vallées cachées entre deux cimes, les campings, les caravanes, l’odeur des barbecues, la guitare qui chante faux, le feu de camp sur des emplacements interdits, les randonneurs, les chaussettes odorantes, les mouches, les nuits étoilées…

Pour cet agenda ironique du mois d’août, je vous propose de partir en vacances. Où vous voudrez, seul ou accompagné, avec la voiture de votre choix. Mais attention, partir ne veut pas forcément dire arriver à destination.

Voici donc les règles du jeu :

1) Vous êtes coincé dans une voiture sur l’autoroute, bloqué depuis un bon…

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Dix lunes, dit l’autre (agenda ironique de juillet)