Agenda ironique de septembre 2020 : les textes ( et votes)

#agendaironique

Tous les textes : Ce mois-ci, je vous proposais de vous mettre dans la peau d’un animal pour écrire une histoire contenant 4 mots imposés et deux phrases de Lewis Carroll. Les explications ICI. ( les humains étant autorisés par ordonnance express à entrer dans le conte…)

Un début d’Automne lumineux, et ici le panel d’animaux conteurs réels ou imaginaires; défilent : vies de chiens et de chats, un crapaud précieux, silhouettes nocturnes esquissées, éléphants et suricate sur le chemin dérangés, insectes velus en bataille, un certain pangolin qui veut découvrir la ville, un escargot voyageur, Dahu et Haguis, un oiseau qui déploie ses ailes, et une fable pour la route, le corbeau et le chestshire … Vous avez jusqu’au 27 septembre pour déposer votre contribution : LA, dans les commentaires; je la rajouterai dans la liste ( au dessous). Vote (très très sérieux, n’est-ce- pas, comme toujours) en fin de mois. Vous savez tout ! Bonne lecture à vous et belle journée !

Au 27 septembre, nous voilà avec un bestiaire de 12 textes que j’ai eu grand plaisir à découvrir au fur et à mesure. Merci de vos participations toutes originales ( et bon courage pour les votes )… Au 31 pour les résultats et passer le flambeau du prochain organisateur !

  • Errances ( Rowane Mayfair, Eclats de plume )

https://eclatsdeplume.blog/2020/09/05/agenda-ironique-de-septembre-2020-errances/

©Véronique Bonnet

Votes ( jusqu’au 30 septembre) :

Eh bien eh bien… Bravo à carnet paresseux et son fameux corbshire qui a eu le maximum de suffrages… suivi d’Emmanuel Glais et Dominique Hasselmann. Merci pour vos participations et échanges pleins de bulles et de pétillants! D’ailleurs, regardons l’heureux organisateur du mois prochain : Carnets paresseux et, ou Victor Hugotte, nous allons très vite le savoir … Un bel automne à vous

Véronique

Il se peut que tous vaguaient

#agendaironique

photographies Laurent Moreau

Les broussailles et la poussière… Je me roule dedans avec un grognement de contentement au matin, pour retirer les insectes de mon cuir tendre… A peine redressé, mon pied passe sur une flaque de boue bien lisse. La terre sent bon, elle est si douce que je glisse dedans avant de m’enfoncer en hoquetant de bien-être et de fraîcheur. 

C’est alors que je perçois un piaillement derrière les herbes touffues :

« J’ai entendu dire que quand on est perdu le mieux à faire c’est de rester où on est et d’attendre qu’on vienne vous chercher, mais personne ne pensera à venir me chercher ici… Et puis te voilà ! Ballot d’éléphant, au lieu de me dévisager, aide-moi, je suis en train de couler. »

Je tombe nez à nez avec un drôle de suricate empêtré, sauf de la langue… Curieux, je pourfends la boue pour aller vers lui, prête le flanc et laisse le petit à grimper sur mon dos.

-Merci mon grand, je t’ai déjà vu la saison passée près d’ici… 

Aux appels du groupe, je me dégage du marais et accélère, toutes oreilles battantes pour rejoindre l’arrière train de ma mère pendant que le suricate disparaît dans les fourrés où ses semblables l’appellent.  

La longue marche reprend, encore et encore. Les éléphants sentent le chemin à prendre et avancent l’un derrière l’autre. Le soleil est déjà bas quand le convoi passe au milieu d’une construction d’humains. Nous empruntons un trajet ancestral, bien antérieur aux lodges des humains installés là.  Nous passons une grande cour aux objets étranges,  plus drôles que les petits animaux avec lesquels je joue d’habitude, au milieu de villageois qui viennent  d’ailleurs avec leur peau couleur d’ivoire et leurs gros colliers noirs. Ils nous suivent en gloussant comme des autruches. 

Au sol, un bois lisse, brillant, plus doux que les acacias de la savane , que la glaise près de la source. Je me couche un instant, pas plus longtemps que lorsque je me douche dans la rivière. Et je pars loin, immobile et léger, alors que les humains circulent autour… 

-Il dort au milieu du hall d’hôtel ce petit?

L’aïeul bat ses oreilles et de la trompe, se balance, courroucé qu’un jeune accorde sa confiance si facilement. 

– On ne va quand même pas s’éterniser ici. Il dort ou il est en train de gésir? dit le patriarche, dans un long barrissement. 

Ce à quoi l’humain derriere le comptoir répond : 

«  Tout flivoreux vaguaient les borogoves »…

-Évidemment, chef, barète un grand éléphant près de lui,  je ne parierais pas mes oreilles sur ce qu’il raconte mais au moins ils ont l’air d’avoir compris que nous suivons notre route… 

-Oui, pas sûr… Allez me chercher ceux qui sont  partis dans la grande grotte transparente!

Je me redresse à regret, ébroue trompe et oreilles disproportionnées et retrouve l’ombre des grandes pattes de mes congénères.

S’en se presser, ni même rien casser le reste de la troupe progresse dans le hall d’hôtel.

Je vois l’un des nôtres dans une maison transparente comme l’eau  qui s’amuse à tout regarder, tout toucher, puis sort sous l’œil amusé de l’humaine près d’elle. 

Le groupe repart avec lenteur, tout droit… Et le chemin les entraîne vers une autre journée, une autre nuit étoilée, une autre journée, une autre nuit étoilée, un matin éblouissant, un coucher de soleil cramoisi, des baobabs aux branches racines caressant le ciel, des villageois à la poésie sybilline, d’autres pas d’éléphants, d’autres rêves d’éléphants…

Et la ligne les absorbe jusqu’à ce qu’ils soient filigrane dans la lumière du couchant, horizon lointain émouvant, au coeur de l’Afrique, juste un point dans la longue-vue.

Alors la poésie de la savane parle aux hommes de sensations subliminales, d’impressions tendres, de terre rouge comme le coeur, et de force immémoriale tant que passent les familles d’éléphants.

Quoi, suricates, vous dites que tout cela manque l’humour? Ne soyez pas d’humeur chafouin… Imaginez juste ces mastodontes traverser un hôtel en pleine savane parce qu’il est placé pile poil sur leur route ancestrale, fureter dans le magasin de souvenirs pendant qu’un petit s’endort innocemment en plein hall. Regardez-les tendre la trompe aux touristes ébahis puis passer et reprendre leur chemin… Les voir s’éloigner en rythme, petits et grands, en fesses chaloupées est réjouissant. Car du petitou naît le rien qui émeut. Et l’on sait, que le petit tout peut faire vibrer, aussi vrai que « émouvoir » vient du latin  « emovere », « mettre en mouvement ».

Alors, comme dit si bien le griot africain pour qui sagesse est affaire de chacun et de tous :  «  Tout flivoreux vaguaient les borogoves;

Les verchons fourgus bourniflaient. »

©Véronique Bonnet

Voilà pour ma participation à l’agenda ironique de septembre 2020! Organisé ici, sur poesie-de-nature, je proposais de vous mettre dans la peau d’un animal, raconter une histoire contenant les mots : longue-vue, chafoin, gésir, chemin, et utiliser deux phrases d’Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll. Pour toutes les explications, ou pour participer aussi à ce jeu d’écriture hébergé chaque mois par un blog différent : c’est ICI

Rendez-vous à la fin du mois pour lire tous les textes proposés …

Exposition Laurent Moreau Paris Septembre2020 à Janvier 2021

Merci à Laurent de m’avoir autorisé à illustrer par ses photos

Agenda ironique septembre 2020

#agendaironique

(photos Laurent Moreau : Emotions animales)

Ce mois-ci, l’agenda ironique de SEPTEMBRE 2020 se déroule sur poesie-de-nature. Certains sont habitués à participer régulièrement, d’autres pas. Sentez-vous libres de venir!

Il s’agit d’écrire votre texte et le poster ici même dans les commentaires avant le 27 septembre. Nous aurons alors jusqu’au 31 pour lire et choisir (tout-à-fait sérieusement…!) les 2 préférés ( et accessoirement, celui qui organise l’agenda d’après… ).

Pour d’autres infos ou voir les agendas passés : c’est PAR LA et LA

Nous voilà donc à la proposition du sujet du mois : raconter une histoire contenant les 4 mots suivants :

Longue-vue, chafouin, gésir, chemin 

En vous mettant dans la peau d’un animal de votre choix.

Et en intégrant la phrase et les deux strophes suivantes (Lewis Carroll dans Alice au pays des merveilles) :

« J’ai entendu dire que quand on est perdu le mieux à faire c’est de rester où on est et d’attendre qu’on vienne vous chercher, mais personne ne pensera à venir me chercher ici. »

et

«  Tout flivoreux vaguaient les borogoves;

Les verchons fourgus bourniflaient ».

A vos plumes et poils de tous bords pour cet agenda de rentrée, en fables, affabulations, ou autre forme ! Toute la création peut être invitée, les animaux imaginaires bien sûr. Les humains sont autorisés à passer dans le paysage aussi…

Une belle rentrée à vous et à bientôt ! J’attends avec une petite pointe d’impatience le début des textes…

©Véronique Bonnet

Photos : LAURENT MOREAU

exposition 2020

 

Coquillages et coquecigrues

#agendaironique

Cet été, c’était donc retour à la plage… d’une façon ou d’une autre avec le thème proposé par IOTOP, du blog  » le dessous des mots » pour l‘agenda ironique d’Août 2020 (KECEKECE ici l’explication de ce jeu d’écriture ou : ICI). Dans l’envie  de souffler, de partager, de rêver, de laisser  venir l’inspiration, au gré de l’imagination, de marcher, de rire, de bouger, de ne rien faire, de s’émerveiller devant la vitalité de l’été, tout est là. Un thème : la plage, réelle ou pas, des mots imposés en contrainte d’écriture ( flot, argile, perche, monoï).
Donc ma participation, limite dans la plage ( avant le 26/08) , la voici :

Un coquillage posé sur une étagère comme autrefois sur la plage, dans un ailleurs intemporel… Bien sûr que même sans approcher l’oreille de la conque, chuchotent déjà en moi les flots bleus, le ressac et les vagues lentes. Cette danse lancinante que j’aime s’anime.

Plage d’été, plage arrière, plage d’un CD, plage de silence… Sans pause, pas de rythme, pas de musique, pas de respiration. Le retour à la plage, c’est une oscillation, d’une façon ou d’une autre et l’inspiration d’un voyage.

Allongée sur le ventre, dans la chaleur de l’été atlantique, les pieds battent dans le sable et retombent dans le creux frais dégagé par les orteils.

Le chapeau de paille laisse passer une discrète brise. Elle sèche les gouttelettes de sueur qui perlent sur le front, le bord des lèvres… C’est salé. L’océan est si présent en moi que je m’imagine être ce coquillage de la grève, plus près des vagues voluptueuses qui s’écrasent à grand fracas sur le sable fin.

Les cheveux humides ont le parfum du monoï ; l’ombre aérée du chapeau me rafraichit et laisse filtrer des raies de lumière. L’odeur de la paille chaude sur ma peau. Je ne sais plus si je suis à la campagne ou à la mer. Je sais m’étaler mieux que mon chat et je le prouve en m’étirant encore plus…

Une vague fait crier au loin. Je me souviens amusée du temps où j’étais la grande perche qui sautait avec délices dans les vagues. Je lève un coin du chapeau, ouvre un œil, soudain attentive au mouvement, à la couleur changeante des flots.

Le va et vient de l’eau lèche la grève, l’épouse, se retire avant un nouvel assaut. C’est beau la nature… Le coquillage en a été délogé et se fait ravir par une grande lame. Des cris en cascades et des tombés de corps en rafale lorsque les pieds des baigneurs semblent d’argile, pris par un courant. Ils ressortent tout pailletés de sable dans les cheveux et reviennent vers moi.

Je replonge le nez dans la chaleur sèche de mon bord de serviette, pas du tout sûre de vouloir être éclaboussée au creux de ce délice circulaire.

©Véronique Bonnet

Agenda ironique de juillet : haiku argentin

Illustration Zach Mendoza « landscape painting » et « boooom »

Perchés sur l’arbre à Théâtre, ils palabraient. 

De bris de mots en maux tarés, elle se sentait en bords de poème, la rime flottante et la côte mal taillée.  

Pour cause, elle travaillait son haïku argentin. 

Le baron perché prit la suite du logo-rallye. Il tenta une rime bisexuelle qui ne fit réagir personne. 

Il crut voir rouge quand l’un de ses compères vint déclamer sa prose, en chaloupant autour d’un axe de pool danse. Un bris de mots plus tard, il hoquetait sur des locutions introuvables, et alla se réfugier dans le feuillage. Suivit un poème fondu enchaîné et des rubans de couleurs furent déployés dans l’azur du ciel. En bas, tous sautaient de joie. 

Sous le vacarme et la lumière, ils décidèrent alors de faire panache commun…  Le baron dans toute la rousseur de sa crinière, déclama : 

«  Douceur     ET chaleur

Au creux des REINs enfiévrés

Mes bras        TE      serrent.  » (*)

Elle entendit l’étreinte…  

Elle prit le livre près d’elle – Manon Lescaut –  l’ouvrit au hasard et lut la réponse   : 

« Après avoir soupé avec plus de satisfaction que je n’en avais jamais ressenti, je me retirai pour exécuter notre projet. »

©Véronique Bonnet

(*) Haiku argentin : écrit par Remi Ge ( un nom de plume, à coup sûr…)

Voilà pour ma participation, un peu tardive à l’agenda ironique de juillet, le blog itinérant d’écriture, hébergé ce mois-ci par Emmanuel Glais. Emmanuel nous demandait d’imaginer un texte en contrainte d’écriture choisie parmi les oulipos ( ICI) , et de débuter ou terminer par la phrase de l’abbé Prévost dans « Manon Lescaut » : « Après avoir soupé avec plus de satisfaction que je n’en avais jamais ressenti, je me retirai pour exécuter notre projet. », le tout sous l’augure d’une illustration choisie parmi les oeuvres de Zach Mendoza, que j’ai découvert.

Trésor du temps : agenda ironique de juin

#agendaironique , gravure : Escher

« Il venait de se passer tant de choses bizarres, qu’elle en arrivait à penser que fort peu de choses étaient vraiment impossible » … Lewis Caroll

« L’été, la nuit les bruits sont en fête »… E. Allan Poe

« Encore une histoire fantastique ? Si tu veux…

Il était une fois, dans un temps si ancien qu’il est presque oublié – ou peut-être dans une dimension parallèle…ou quelque part dans le futur – il était une fois, donc, une population qui était obnubilée par le temps.

 Le temps était de toutes les discussions : « ma robe couleur du temps », pour l’une « le temps, le temps, le temps et rien d’autre », pour d’autres. L’obsession du temps était partout.
Il vint le jour où l’on donne cette information : Pour sortir de cette nasse, il faut se faire absorber jusqu’au point de libération …

-Posséder le temps ?

-C’est ce que tout le monde croyait , et devant la compétition, restèrent bouche bée. Néanmoins, c’est le début d’un jeu dont leur quotidien est la plate-forme. 

Pratiquement du jour au lendemain, tout est filmé partout, enregistré. On comptabilise tout de façon à avoir des données larges, reproductibles validant l’effet d’un groupe, lissant la singularité de chaque personne. C’est à qui capture le plus de temps. Les humains multiplient leurs activités, enregistrent le maximum de données, sur tous supports. Il faut des preuves tangibles. Ils se prennent en photos partout et par tous les temps ! Le jeu occupent plusieurs saisons télévisées.

-Et qu’est-ce qu’ils gagnent ?

-Un trésor doit se révéler… Le plus fort de ce jeu de télé-réalité géant obtiendrait la maîtrise du temps. Le jeu envahit la terre entière et devient virémique. 

-Tu exagères, grand-mère, il n’est quand même pas contagieux ce jeu…

-Mais pire que contagieux, ma chérie, il change les gens… 

Un des présentateurs tellement populaire devint même président de son pays. Les hommes voulant maitriser, se mettaient à éructer leurs émotions de façon incontrôlable. Ra-tio-na-li-ser, imaginer une procédure. Ça devint maladif.

-Pourquoi ?

-Mon petit, rationaliser c’était vouloir mettre une forme à quelque chose qu’on ne comprenait pas. A vouloir sortir de l’enfermement de leurs pensées, de leurs peur cachées, les hommes entraient dans un contrôle maladif d’un truc qui leur échappait.
Et pendant ce temps, le coffre contenant la solution restait bien caché, tu penses, au fond d’une grotte insondable, racontait-t-on. Mais personne n’avait encore rien vu de ses propres yeux, sauf les rares alchimistes qui osaient mettre le nez dehors. Après le règne du « Ondit » ou du Nondit, vint celui du « Maudit ».

D’ailleurs, la solution échappait à tout le monde car, plus on capture du temps, plus on le calibre, plus on se sent emprisonné par lui. Il y avait bien un jacquemart de ci-delà dans le pays, mais, les pauvres en perdaient leur rythme. Ils étaient sonnés.

Les épreuves se succèdaient d’année en année pour trouver la clé, en versions jeux-vidéos, applis téléphone, plateformes en ligne ClairG.

Une fois par an, un temps fort : l’épreuve du feu! Il s’agissait de sauter sans se brûler au-dessus d’un grand brasero. Puis à chacun de nourrir le feu avec tous les matériaux et autres déchets à sa disposition. Quand le feu est à hauteur, il actionne une porte. Dès qu’elle s’entrebâille, elle conduit au cœur du secret. Les maitres du jeu parlent du cœur des êtres. Mais le cœur déserte, ou viendrait-il à manquer ? Ça, personne ne le comprend vraiment. Un cœur, il y a belle lurette qu’on en n’a pas vu, avec tous ces mutants qui trainent en ville, leurs réactions calibrées comme les feux factices des restaurants, zygomatiques bloqués comme ceux des poupées.
Alors, les maitres du jeu donnent un indice : il est possible d’actionner la clé de vie, comme le faisaient les Egyptiens. 

-Grand-mère, tu mélanges vraiment tout…

-C’est vrai, mais l’esprit est une grande caisse à outils quand l’âme est cristal…Que d’anachronismes, c’est vrai, dans ces temps parallèles. 

-Bref, les gens de ton conte sont fous.

-Encore plus qu’on ne le croit ! De cette folie ordinaire qui leur faisait penser qu’ils pouvaient guérir d’un claquement de doigt, ou en appuyant sur un bouton. 

Certains, à bout, finirent par entrer par effraction dans le lieu qui attisait leur curiosité du toujours plus. S’affranchissant des règles, mus par l’excitation d’exister dans ce jeu, ils grillaient le temps, comme les limites, trichant, et sautant par-dessus le mur d’entrée.

Ils ne savaient pas que ça pouvait leur provoquer une fracture du cœur, ce voyage violent, cette accélération du temps. Un dérèglement du bouton « sentir » parait-il. 

Mais ils s’étaient laisser conter qu’une fois au cœur du jeu, le trésor alchimique se dévoilerait à qui sait écrire des hiéroglyphes avec une plume de serpentaire. On pourrait voir alors dans le miroir cosmique se transformer le plomb de nos histoires en or de la vie. 

Mais les hommes ne savaient plus l’alchimie. Ils avaient perdu une partie des données terrestres en changeant de planète TV et la boite noire du vaisseau n’avait jamais été retrouvée. Elle était restée quelque part dans le désert de la Kaléidoscopie. Et les émissaires des villes proches, Tantaculum et Myriador n’en avaient trouvé aucune trace.

Au fil du temps la transmission se brouilla. On finit par imaginer l’or, en richesse palpable, en fin craquement de billet de banque, en files de chiffres que l’on additionne et qui rassurent. 
-C’est quoi ce jeu?

Une autre histoire de feu qui a tendance à ne voir que lui. Il a si peur de disparaitre qu’il mange tout ce qui peut être brûlé pour grossir comme un soleil. Il brûle les ailes des rêveurs.

-Comme Icare ?

-Un peu. A ce moment, les hommes ne croient plus au soleil comme source de vie et de mort. Ils disent : On a trouvé : le temps, c’est de l’argent. 

Le vent du tant charrie un message si lointain que l’on n’en perçoit que le rythme d’un tambour lancinant et une tête d’indien auréolé de plumes d’aigles blanches et noires.

Ils vont sur la Lune et aussi sur Mars sonder les frontières de l’impossible. Plus ils vont loin, et moins ils voient que la solution est peut-être en eux-mêmes. Faudrait-il une machine plus puissante que tous les scanners, les IRM pour sonder l’étendue des ressources et des terres intérieures ? Pour entrevoir un changement ? Rien à faire, les hommes ne trouvent pas leur limite. Leur monde intime reste invisible. Qui va se souvenir de ce qui est déjà là au fond ? Tam-tam, toum-ta, toum-ta, toum-ta… 

Ils ne sont que projets, idées sans savoir s’ils sont heureux ou malheureux. Ils n’ont plus envie de jouer, juste se faire posséder et déposséder par le jeu.

-Tu me racontes souvent la bataille intérieure. Qui gagne ?

-Ce que tu nourris le plus, tu le sais.

Et là, le feu gagnait et les fascinait. 

« Hommage au feu ! » clamaient les anciens. « Au feu ! » disait la société de cette époque, enfin celle qui étaient restée sur la planète bleue chauffée à blanc. Leurs activités mesurant le temps détruisaient tout leur environnement au fur et à mesure. Et ils brulèrent tout par réactivité.

Vint le temps où cette histoire se raconta dans les livres d’enfants. Le feu devenait une image sur un écran d’ordinateur mural. Raconte-moi l’histoire du feu dira la petite fille à sa grand-mère, quelque part sur une planète. 

Mais on ne les voit pas autre part que dans l’écran, toutes les deux. Autour, tout est vide.

L’enfant se fige, incrédule : Explique- moi comment on en est arrivé là.

-Oui mon petit. Les anciens disaient que le feu crépite à chaque instant en douceur à l’intérieur de chacun d’entre nous, et qu’il nourrit nos liens, les transforme. 

Avant la première année du confinement, les hommes aimaient au solstice d’été, empiler des bûches en forme d’escalier menant à un temple éphémère. Et l’on mettait le feu à cette construction. 

Chacun imaginait aussi ce dont il voulait se débarrasser, et le mettait symboliquement dans le feu. On dansait autour des flammes puissantes, de façon joyeuse, en partage d’amitié, d’amour.

L’homme oublie souvent la plénitude de son âme, pour en faire un concept. La société valorise la consommation, la compétition, génère manque et frustration.

-Et comment ça se termine ton histoire ?

-Cent ans plus tard, le feu du pouvoir avait désincarné la vie entre les gens. 

Mais elle persistait, intacte, sous une forme énergétique que les humains ont pu protéger en l’enfermant dans ces boites, à partir desquelles nous nous déplaçons à la vitesse de la lumière. Pfff, de toutes façons, tu n’écoutes plus, je m’arrête. 

La petite fille avait les yeux dans le vague. Dehors, trois lunes brillaient, magnifiques. La petite dit lentement : 

-Si, continue à expliquer.

-Ici, a court une nouvelle unité de mesure.Toute chose peut être vue non pas par rapport au temps qui passe mais à la vibration qu’elle dégage. Ainsi tu vois parfois des visages parcourus de rides profondes. Des sillons comme des chemins de vie incroyablement vivants et beaux. Ces personnes portent leurs histoires et en préservent l’élan au fond de leur cœur. Leurs yeux semblent plonger dans l’essence des choses et ils irradient. As-tu remarqué que d’autres, jeunes pourtant, paraissent éteints, gris ! Bla bla bla ! Tu me laisses parler, tu dors ?

-Non, grand-mère, je rêve… Et que sont devenus les chercheurs de temps ?

-Un petit groupe de combattants fut dépêché pour explorer une planète lointaine. Ce temps qui échappait fut fait prisonnier par eux qui pourfendaient l’air sans avoir la chanson. Les scientifiques qui fouillaient dûment le cosmos-tétradimentionnel se sont perdus en conjectures. Qu’importe pour ces aventureux…

La vie la plus forte, s’affranchit des luttes. A tout laisser tomber, le temps fut retrouvé. A bien regarder, il avait toujours été là…

La petite fille s’était endormie, le visage retourné vers la fenêtre. Sa grand-mère se mis à chantonner, dans la nuit claire, face aux trois astres, la petite phrase « J’ai rencontré une brouette, et j’ai pensé qu’elle me prêterait une oreille attentive… »

©Véronique Bonnet

Voilà pour ma participation à l’ agenda ironique de juin organisé par Laurence, de Palette d’expressions…

Elle proposait que nous fassions un voyage dans l’impossible, à partir de la phrase de Lewis Caroll « Il venait de se passer tant de choses bizarres, qu’elle en arrivait à penser que fort peu de choses étaient vraiment impossible » … pimentée de quelques contraintes d’écriture en plus… ( toutes les explications, et tous les textes du mois sur sa page )

agenda ironique de février

#agenda-ironique

Fragment d’un calendrier romain exposé au musée de Sousse (Tunisie)  
(Ad Meskens via Wikimedia Commons)

Bravo à Laurence de Palettes d’expression qui est arrivée en tête de vos préférences pour l’AI de janvier des villes invisibles (après Jobougon et carnets paresseux)!

Il semble bien que ce soit Jacou, du blog  » les mots autographes » l’organisatrice dévouée de février après étude approfondie des résultats du sondage! Merci à Jacou d’héberger cet agenda vagabond ce mois-ci!!

De quoi s’agira t-il? Et bien, Jacou nous conte d’abord l’histoire de l’organisation des années bissextiles et questionne : où sont donc passés les dix jours retirés au calendrier du seixième siècle? Elle propose de plonger dans une histoire de temps perdu, dont vous trouverez les détails de contraintes d’écriture juste après :

https://jacou33.wordpress.com/2020/02/01/agenda-ironique-de-fevrier-2020/

La recherche du temps perdu va être passionnante !! A très bientôt …

Véronique

Neuf villes invisibles pour l’an neuf …

#agenda-ironique Par ici pour voter…

Pour l’agenda  ironique de janvier, Janus, mois du passage, s’il en est, je vous demandais d’écrire un « road trip », une déambulation , seul(e) ou accompagné(e), dans une ville, connue, inconnue, imaginaire, terrestre, maritime, céleste… Vous pouviez choisir l’endroit que vous arpentez tous les jours, mais aussi le passé ou le futur. Vous pouviez vous inspirer du livre  » les villes invisibles  » d’Italo Calvino, ou pas trop... Bref, tout était possible! … mais…  Les mots suivants devaient figurer : entrechat, rampe, jaquemart, topinambaulx, dents, dindon. Et le texte devait se finir par la célèbre phrase du petit prince  «  L’essentiel est invisible pour les yeux » 

Lien : https://poesie-de-nature.com/2020/01/04/les-villes-invisibles-agenda-ironique-de-janvier/

Neuf villes invisibles ont vu le jour! J’ai eu grand plaisir à les accueillir, dans leurs différences et dimensions singulières… Vous avez jusqu’à la fin du mois pour terminer de lire et choisir les 3 textes que vous préférez, que vous soyez participants au jeu ou lecteurs de passage (bienvenue à vous! ), et désigner le prochain organisateur pour février, à l’aide des SONDAGES TOUT EN BAS… A bientôt !

-Jobougon : La vibration laisse émerger le grain de sable qui est là : https://jobougon.wordpress.com/2020/01/05/la-vibration-laisse-emerger-le-grain-de-sable-qui-est-la/

-Patchcath : De beaux voyages à raconter :

https://patchcath.wordpress.com/2020/01/15/de-beaux-voyages-a-raconter/

-Poesie-de-nature : Orient express :

https://poesie-de-nature.com/2020/01/14/orient-express/

-Poesie-de-nature : Colores del corazon:

https://poesie-de-nature.com/2020/01/19/colores-del-corazon/

-Victorhugotte : Sextine des villes invisibles

https://victorhugotte.com/2020/01/20/sextine-des-villes-invisibles/

-Chachashire : Sijilmassa :

https://chchshr.wordpress.com/2020/01/21/sijilmassa-agenda-ironique-de-janus-2020/

-Carnetsparesseux : noir d’encre :

https://carnetsparesseux.wordpress.com/2020/01/22/noir-dencre/

-Palette d’expressions : De villes visibles en villes invisibles

https://palettedexpressions.wordpress.com/2020/01/22/1464

-Les mots autographes : Guerre et paix

https://jacou33.wordpress.com/2020/01/25/agenda/

+ une hors délai, mais pas des moindres… par Iotop, « le hasard se lève »

https://ledessousdesmots.wordpress.com/2020/03/17/le-hasard-se-leve/

©Véronique Bonnet

Voici Février et les résultats de notre sondage… : c’est donc le texte Laurence de Palettes d’expression qui est choisi en premier, suivi de Jobougon puis Carnets paresseux!

C’était une chouette récolte ! L’agenda continue ses pérégrinations en février : allez voir chez Jacou « les mots autographes », pour découvrir la nouvelle forme du mois, si Jacou veut bien prendre en charge l’organisation du nouvel AI!

Un grand merci et un grand bravo pour vos participations

https://ledessousdesmots.wordpress.com/2020/03/17/le-hasard-se-leve/

A très bientôt !

Véronique

CHOISIR 3 VILLES INVISIBLES :

Villes invisibles ( les textes de l’agenda ironique de janvier)

Et voici les contributions visibles pour le moment… par ordre d’arrivée des émergences, Jo et son texte en vibrations oniriques et ironiques, Cath et son histoire vachement tendre, Véro, votre organisatrice dévouée du mois et la résurgence du voyage, Jacou, baladin de janvier, dont le texte est en cours de flanerie … Véro-Victorhugotte dans une sixtine aquatique, la caravane passe chez Chachashire… et c’est le noir d’encre Soulages chez carnets paresseux. Du côté de chez Laurence de palette d’expressions ça joue du visible en invisible … Et Jo, annonce son retour dans les mots autographes, entre guerre et paix…

Bonne lecture, je reviens vers vous avant la fin du week-end pour vous proposer le tableau des votes !

-Jobougon : La vibration laisse émerger le grain de sable qui est là : https://jobougon.wordpress.com/2020/01/05/la-vibration-laisse-emerger-le-grain-de-sable-qui-est-la/

-Patchcath : De beaux voyages à raconter :

https://patchcath.wordpress.com/2020/01/15/de-beaux-voyages-a-raconter/

-Poesie-de-nature : Orient express :

https://poesie-de-nature.com/2020/01/14/orient-express/

-Poesie-de-nature : Colores del corazon:

https://poesie-de-nature.com/2020/01/19/colores-del-corazon/

-Victorhugotte : Sextine des villes invisibles

https://victorhugotte.com/2020/01/20/sextine-des-villes-invisibles/

-Chachashire : Sijilmassa :

https://chchshr.wordpress.com/2020/01/21/sijilmassa-agenda-ironique-de-janus-2020/

-Carnetsparesseux : Noir d’encre :

https://carnetsparesseux.wordpress.com/2020/01/22/noir-dencre/

-Palette d’expressions : De villes visibles en villes invisibles

https://palettedexpressions.wordpress.com/2020/01/22/1464

-Les mots autographes : Guerre et paix

https://jacou33.wordpress.com/2020/01/25/agenda/

Bienvenue à vos futurs textes ! Vous avez encore jusqu’au 27 janvier pour poster votre contribution à l’agenda du mois; je vous rappelle toutes les infos sur le thème :

https://poesie-de-nature.com/2020/01/04/les-villes-invisibles-agenda-ironique-de-janvier/

©Véronique Bonnet

Colores del corazon

#agenda-ironique

La Giralta brillait dans le parc. Il se mit à chanter. Je cherchai quelques secondes la voix. Là sur la rampe de la lune, je le découvris, enfin, au cœur de la nuit. 

Il se tourna vers moi, et je sentis son chant luire de tant de vies. 

Les villes invisibles dans cette apparition, dans ce corps tendu vers les étoiles et ce coeur ouvert au don … Ça vibrait au fond des ombres. Je m’éclairais de mille vagues de reconnaissance, joyeuses, suspendues dans l’espace entre nous, étirées comme des entrechats. Je fis un pas lent vers lui encore. Sur le palais sévillan, les lions souriaient de toutes leurs dents. Les dindons et topinambaulx plantés de l’autre côté du mur, dansaient, car l’absurde fondait.  Jaquemart magicien du temps descendit jusqu’au pied des orangers, au fil du diapason. La vibration convoquait à la fois, la larme en perle et le soleil qui sèche et éclaire, l’arc en ciel à partager.

Une magie bien subtile, le chant, la surprise et la présence… 

Dingue, ding, dong, dis-donc mais ça résonne  pas pour l’agenda ironique , c’t’ histoire? 

Je n’en sais rien, l’essentiel est de participer et les sens-ciel invisibles pour les yeux. 

©Véronique Bonnet

orient express

#agenda ironique

Je me tais, et hume l’air clair du pont. Accoudée à la rampe, face au jaquemart décati, qui se détache de la lumière, j’ai l’impression d’écouter l’âme des hommes, le fil du temps, en descendant le Nil…

L’eau file sous la coque du bateau. L’air est chaud et ça sent la terre mouillée. Je cligne des yeux, rajuste mon chapeau de paille. Une femme en écharpe de plumes de dindons descend d’une embarcation voisine, à la recherche de quelques topinambaulx exotiques. Une rescapée d’un livre d’Agatha ? il me prend l’envie d’un entrechat, dans cet entre-temps théatral. Le clapotis me pose sur le fleuve dans le délice d’un inconnu connu- ou alors est-ce un connu inconnu ? Quand la confusion apporte la solution, il n’y a plus qu’à se laisser flotter dans la perception… Tiens, il me semble voir le jaquemart doré remonter le temps…

Le rythme d’un quotidien ancestral défile là sur les rives, probablement millénaire. Les enfants jouent en s’ébrouant près de l’eau. J’entends des ânes braire à côté, toutes dents en avant et le brouhaha, la clameur, peut-être d’un marché. Des odeurs de dattes mûres, de miel et d’épices montent jusqu’à nous. Le chant du Muezzin s’élève. Je cale mon menton sur l’avant-bras.

L’écho vibre dans mon intime brumeux, par-delà le tempo du Nil qui s’étire comme le son… Une sagesse bleue s’épand dans le paysage baigné de la lumière douce. Je souris, les fossettes en parenthèses d’amour.

« L’essentiel est invisible pour les yeux »…

©Véronique Bonnet

Voici ma participation à l’agenda ironique de janvier,  » les villes invisibles », organisé par votre dévouée!

Pour le moment, c’est le deuxième texte, les autres sont encore…invisibles… A suivre jusqu’au 27 janvier, résultats le 31

Pour l’explication du thème du mois : c’est ICI

Et pour tout savoir sur l’agenda ironique, jeu vagabond d’écriture, dont l’organisation passe de blog en blog, c’est sur les sites suivants :

https://carnetsparesseux.wordpress.com/lagenda-ironique-kezaco/

https://differencepropre.wordpress.com/agenda-ironique-ou-es-tu/

Nouvelles îles

guide vagabond de Rôme de Marco Lodoli, ed La fosse aux ours

« Ici Rôme se moque du temps qui se consume dans l’essoufflement ».

« Il arrive de vagabonder sans but dans la ville. C’est un égarement confiant car tôt ou tard, il se passera quelque chose, quelque chose surgira à l’improviste : nous n’attendons rien, mais un rien nous attend. »

« Rôme est une ville qui ne fait jamais table rase : les époques, les siècles, les années, les jours s’accumulent. Possible qu’aucune minute enfuie ne se perde entièrement. »

Et soudain, tout est ouvert, tout est possible…

©Véronique Bonnet

Les villes invisibles ( agenda ironique de janvier)

#agenda-ironique




« Les villes comme les rêves sont faites de désirs et de peurs, même si le fil de leur discours est secret, leurs règles absurdes, leurs perspectives trompeuses; et toue chose en cache une autre.

-Moi je n’ai ni désirs ni peurs, déclara le Khan, et mes rêves sont composés soit par mon esprit soit par le hasard.

-Les villes aussi se croient l’oeuvre de l’esprit ou du hasard, mais ni l’un ni l’autre ne suffisent pour faire tenir debout leurs murs. Tu ne jouis pas d’une ville à cause de ses sept ou soixante-dix-sept merveilles, mais de la réponse qu’elle apporte à l’une de tes questions. »

Les villes invisibles , Italo Calvino, ed Folio

Merci de m’avoir désignée pour organiser l’agenda ironique de janvier… Je choisis de poursuivre l’invitation au voyage . De quoi s’agira t-il? 

Les cartes nautiques merveilleuses de Joan Martines proposées par Carnetsparesseux le mois dernier comme thème pour l’AI, m’ont fait dériver sur « les villes invisibles » d’Italo Calvino »… ce merveilleux dialogue imaginaire entre Marco polo et l’empereur Kublai Khan. 

« On ne voit bien qu’avec le coeur. » leur aurait dit le petit prince . 

Pour l’agenda  ironique de janvier, je vous demande donc d’écrire un « road trip », une déambulation , seul(e) ou accompagné(e), dans une ville, connue, inconnue, imaginaire, terrestre, maritime, céleste… Vous pouvez choisir l’endroit que vous arpentez tous les jours, mais aussi le passé ou le futur.

Bref, tout est possible! … mais… 

Les mots suivants devront figurer : entrechat, rampe, jaquemart, topinambaulx, dents, dindon.

Et le texte devra se finir par la célèbre phrase du petit prince 

 «  L’essentiel est invisible pour les yeux » 

A vos claviers si le coeur vous en dit… Nous sommes impatients de vous lire!!

… Pour rappel : Vous pouvez déposer vos textes jusqu’au, disons, 27 janvier, en commentaire, ici. Cela nous laisse temps et loisir de lire, et choisir les 3 que vous préférez. Je ferai une page récapitulative et sondage ( je vais refouiller dans WordPress pour retrouver comment faire le tableau en question …)

A vos plumes! Le premier texte est déjà là, de toute beauté …

Je vous souhaite une belle année 2020!

Véronique

Et pour savoir tout sur l’agenda ironique :

https://carnetsparesseux.wordpress.com/lagenda-ironique-kezaco/

https://differencepropre.wordpress.com/agenda-ironique-ou-es-tu/

Au nom de l’île

voyage au bout-de-l’an

#agenda-ironique décembre

Atlas nautique de Joan Martines 1582

Le nom de l’île lointaine, c’est ce qui m’avait attiré d’abord. Mon doigt dessinait le trajet sur la carte portulan. J’y songeais, depuis des semaines, dans les pleins, les déliés, les cursives à l’encre rouge et noire, entre les bateaux et les drapeaux de l’atlas Gallica. Cette île m’attendait. Là dans la blancheur, sous le soleil éclatant, prête à l’éclate des corps et des sens. Avant j’imaginais des aventures à vingt-cinq kilomètres à l’heure, sur ma mobylette, au côté de mon frère. Maintenant je testais je sentais je goûtais j’absorbais la lumière les couleurs les musiques, les sports, les rencontres, sûr que chacune d’entre elles contenaient un secret. Je voulais le percer, le posséder, le proposer à mes clients. Il m’échappait, je recommençais, il fallait que ça crache, que ça brille, que ce soit singulier et exceptionnel, même dans la simplicité. Et puis quand le soleil tombait, quand la fleur se fanait, quand la musique devenait monotone, après la fête, je restais confusément à sentir l’odeur du vide. Ainsi tout ne serait que feu follet, et moi témoin un peu triste ?

« Tu as une âme d’explorateur », j’ai souvent entendu cette phrase depuis l’enfance. Un peu aventureux, impétueux, peut-être, je vous le concède… C’est bientôt Noël, j’ai le temps de m’offrir nouvelle aventure.  La pulpe de l’index caresse le papier du moulin Richard de Bas. Derrière le secret de ce papier, l’inclusion de ses petites fleurs bleues et jaunes, se cachent la bataille de Samarkand, en 571, le prix des hommes en d’autres temps.  Samarkand… Née au VIIIe siècle avant JC comme Rôme, elle soutient le destin mystérieux, brillant et tragique des villes antiques. Leurs multiples dimensions m’attirent. Les multiples dimensions m’attirent. Entre réel et consommations de sensationnel, j’étudie toute proposition.  « Je n’aime pas l’eau claire, C’est la faute à Voltaire, J’aime le curaçao, C’est la faute à Rousseau. »

Un jour pourtant, j’ai arrêté de tester de sentir de goûter d’absorber. La volition devint collision. Le nez par terre, la faute ni à Voltaire ni à personne. J’ai fais ma révolution, le tour de moi-même. Pas même le temps de ressentir l’amertume… Après le crash, j’étais là, à regarder devant, sans sourciller. Touchant ma peau écrevisse, je me mis à maudire le soleil mordant, moi qui venait pour me dorer à son contact. Je mangeais le sable blanc dont je rêvais, les yeux à hauteur des coquillages, l’écume au bord des lèvres, le reflet vitreux couleur d’huître sur les pupilles. Une place supplémentaire dans ce vol privé avec mes meilleurs potes, c’était une aubaine australe. La tempête qui nous a engloutie, un coup d’arrêt, mortel.

Les soleils et les nuages bleus dansent devant moi. Entre les scialytiques et l’agitation des blouses bleues, l’image de ma famille me poursuit. C’est bientôt Noël. Ils sont si loin, ou alors c’est moi qui le suis déjà … Cet Atlas, la valse des navires autour des continents, les drapeaux tendus … C’est pour le mystère de ces cartes que j’ai tant aimé les voyages, c’est pour l’exploration jamais atteinte, ces villes invisibles, comme ces terres oubliées, ces animaux disparus.  Tant de de temps à sentir le grand livre de cuir, à suivre le contour de l’Afrique, tracée comme une grande roue, à choisir l’esprit un peu tatillon avec quel bateau j’allais chevaucher les océans. Voulais-je voyager ou me perdre dans l’immensité de l’imaginaire ? Voulais-je apprivoiser le chaos, le tranchant de la vie? Tout semble avoir une saveur extrême, là, maintenant, dans la lumière de l’inconnu, une porte, un autre monde à découvrir …. Peut-être… Courte échelle, demain, gouffre… Non sens.

Soudain, la carte disparaît, le paysage aussi.

Quand la croyance meurt, le vernis craque… Homme-ici-deux…

C’est alors que l’homme se réveille, sent sa poitrine monter et descendre, à nouveau. Rien d’autre ne bouge. Le contact du drap rêche lui fait ouvrir les yeux. Et pour la première fois de sa vie, il trouve que les chaussons énormes surmontés de deux oreilles ridicules, posés là sur la table blanche en face sont les plus beaux du monde, les plus drôles aussi…

Une petite voix lui fait lever les yeux.

-Joyeux Noël Papa! Tu nous a tellement manqué… 

©Véronique Bonnet

Ce mois-ci, l’organisation de l’agenda ironique revenait à Carnetsparesseux qui nous proposait d’écrire un texte, un « voyage au bout-de-l’an » dont l’inspiration part des cartes de voyage de Juan Martines, avec quelques contraintes de mots… Les détails du jeu d’écriture et les participations du mois : ICI et LA

Brèves de comptoir : agenda ironique de septembre : À la vôtre

-C’est génial, les palmiers pousseront bientôt en Bretagne 

-Bon c’est la faute au réchauffement climatique mais c’est cool quand même tous ces avions pas chers. Tout le monde doit pouvoir voyager !

-On va finir par le payer cher.

-Tu as vu quelqu’un payer une facture climatique toi?

-En tout cas il faudra payer la construction du nouveau centre ville de Lacanau qui va reculer de 200m pour anticiper la montée des eaux…

-Tu parles, on n’y est pas encore. Les sceptiques ont le pouvoir.

-Déjà la plage a disparu aux grandes marées. 

-Alors il faut avertir de l’autre côté de l’Atlantique, les quartiers de bord de mer se construisent encore…

-Tu sais bien, c’est tabou, comme le nuage de Tchernobyl qui s’est arrêté à notre frontière, la montée du niveau des océans va épargner les côtes américaines, et se rabattre sur les autres pays. C’est évident ! Le plus grand nuage de pollution est dans notre tête ! Le grand blond avec une chaussure noire a fait un pacte avec la force maudite… Après lui le déluge. 

Et puis pour les pollinisateurs, des robots abeilles sont à l’étude. Avec Paniomphe et Achtri, Ils doivent se croire dans Wally. Certains en ont déjà le périmètre abdominal. Pas de problème , les super héros viendront, les robots chasseurs et cueilleurs de fleurs aussi. Enfin une super-production en direct !! 

-Oui mais là, je sens une angoisse monter vraiment fort… File-moi une clope ou je vais tomber en TOC… 

-T’inquiète. Ils ont tout prévu, dès qu’on n’aura plus de pétrole, ils vont sortir les solutions de remplacements. On les a déjà, mais les grandes firmes font du blé sur notre dos jusqu’au bout. Ils gardent ça pour eux… Et le moment venu, ils vont nous vendre la solution alternative…

-Et s’ils n’avaient pas la solution… alternative, mais toujours plus de la même chose ?

-Pas possible, on arrêterait cette course à la consommation quand même…

-Certains font tourner les guéridons et le chandelier avec, d’autres cherchent les clés sous le lampadaire… en laissant le théâtre d’ombres s’agiter, et nous, nous sommes spectateurs impuissants.

-Et les incendies en Amazonie, plus étendus que la surface de notre pays? 

-Ça paraît trop énorme … 

-Et 40% d’insectes en moins cette année!!

Tu ne crois pas qu’ils se foutent de notre gueule?

-Si c’était vrai, il nous l’aurait dit avant ! En tout cas, moi, je n’ai jamais eu autant de piqûres de moustiques que cette année. Et puis il n’y a jamais eu autant de papillons asiatiques, le fameux « paysandia ». Pour nos fruits et légumes, la solution, c’est de rajouter des ruches ! Et le miel est devenu drôlement cher, alors qu’il n’y a rien à faire  !! 

-Mets donc les infos … Les apiculteurs comme les agriculteurs sont en première ligne. Le varroa détruit des colonies d’abeilles si on ne fait rien; les colonies sont épuisées , il faut veiller à leur génétique, à leur cinétique de croissance… 

-Y disent que des conneries… Et puis ça nous stresse, déjà qu’on en a assez au quotidien, du stress … 

-Goûte donc ce vin en bio dynamique. 

-Tu as raison… Pose-toi…

-C’est le lien qui peut soutenir la planète…

Pas le faux lien de l’addiction qui cache le vide relationnel, mais le contact, ce qui se passe entre les gens. Pas l’épouillage verbal comme le geste social des petits singes, mais la sincérité qui admet le silence, la disponibilité et le rythme de l’être ensemble. 

La naïveté du blanc, la folie des couleurs… 

La danse de la vie ou la danse macabre de toutes nos fascinations… 

Ni pouvoir faire autrement, ni pouvoir s’arrêter …

Ni dire, ni se taire ?

Crier, ne rien faire,

La dissociation frise la dissolution… 

La peur sort encore des trous

Et vient en creuser d’autres, dans le bide, 

Dans les cœurs déjà meurtris par le vide. 

Maintenir, tenir quoi encore ??

Alors,  

Nous partons  danser, 

Faire vibrer l’espace vital partagé,

D’un précieux disponible qui s’ouvre sous les pieds.

La danse, le vital, le sacré, le trivial, le tribal, le jeu. 

On part planter des graines , 

Parcourir la campagne. 

Faire fondre les chimères. 

Écouter le jour qui se lève 

Faire le tour de tous les matins du monde

Dans les bras l’un de l’autre.

Le vertige devient valse, 

Devient « nous »!! 

©Véronique Bonnet

Sur le thème « les révélations surviennent au moment même où les conséquences de ce qui est révélé sont inévitables », avec quelques contraintes d’écriture en plus : C’est ma participation à l’agenda ironique de septembre (organisé par Chachashire, du blog DIFFERENCE PROPRE ET SINGULARITES). Vous en avez tous les éléments et explications :

Et pour savoir tout sur l’agenda ironique :

https://carnetsparesseux.wordpress.com/lagenda-ironique-kezaco/

https://differencepropre.wordpress.com/agenda-ironique-ou-es-tu/